Renault-PSA : la Bourse change son fusil d'épaule !

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Les courbes se sont inversées sur les deux titres faisant penser à un jeu de vase communiquant.
Les courbes se sont inversées sur les deux titres faisant penser à un jeu de vase communiquant. (Crédits : Benoit Tessier)
La vente des titres Renault détenus par l'État a été le point de bascule des investisseurs qui ont décidé de tourner le dos à PSA, jugé survalorisé. Ce dernier est également mis sous pression depuis le rachat d'Opel dont on craint désormais que le redressement soit plus long que prévu. De son côté, Renault a pris du retard par rapport à la moyenne du secteur, malgré des fondamentaux extrêmement solides.

Quelle année pour les constructeurs automobiles français ! Jamais depuis la crise, PSA et Renault n'ont affiché de résultats financiers aussi reluisants. Des marges au plus haut, des ventes record, des dettes quasi effacées et des projets d'internationalisation ambitieux... Pourtant, les deux constructeurs automobiles français ont suivi des trajectoires très asymétriques cette année sur les marchés. Les deux titres sont passés quasi simultanément d'une tendance haussière à baissière du côté de PSA, et inversement chez Renault... Ces trajectoires asymétriques devraient se maintenir dans les mois prochains tant les profils financiers, mais également stratégiques de nos deux champions tricolores sont différents.

« La fin d'année approche, les marchés plafonnent, les investisseurs sont plus pointilleux et cherchent donc des valeurs qui pourraient opérer des rattrapages. Ce qui explique l'effet de vase communiquant entre la baisse de valeur de PSA, qui correspond à la hausse enregistrée par Renault », note Nicolas Chéron responsable marché chez Binck.fr.

L'État a libéré le titre Renault

Depuis le début de l'année, le titre Renault est effectivement resté sous pression. Il a quasiment fait du surplace... Il a fallu attendre la cession par l'État de sa part de 4,73% acquise deux ans auparavant lorsque celui-ci avait voulu imposer les droits de vote double en assemblée générale. Les investisseurs craignaient alors qu'un afflux de titre ne fasse flancher le titre et ont donc préférer attendre. Début novembre c'était chose faite, et Ô surprise, le titre a tenu le coup. Selon Xavier de Buhren, gérant actions françaises chez Mirabaud Asset Management, « la vente des titres Renault par l'État s'est faite quasiment sans décote, c'est dire à quel point l'attente était forte. Cette vente a assurément libéré le titre ». Depuis, le titre est en hausse de 7%, effaçant au passage les pertes du début d'année. Il faut dire que Renault n'avait pas profité des effets de ses excellents résultats financiers ni de ceux de son plan stratégique 2022.

« Renault a acquis des positions clés sur des marchés émergents à très forts potentiels comme la Chine, l'Inde, la Russie ou l'Iran. Cela va dans le sens des objectifs de génération de cash-flow donnés par Carlos Ghosn qui, dans le même temps, a optimisé les dépenses de R&D grâce aux synergies avec Nissan et maintenant Mitsubishi. Enfin, Renault distribuera dorénavant l'intégralité des dividendes reçus de Nissan et de Daimler », observe Xavier de Buhren.

La question de la succession de Carlos Ghosn, ou du moins celle de la nomination d'un plan de succession à la tête de Renault et au niveau de l'Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, semble même avoir été mise sous le boisseau. Alors que le patron du constructeur français doit renouveler son mandat à la prochaine assemblée générale des actionnaires, les marchés réclament une autre stratégie managériale fondée sur une séparation des pouvoirs. Or Carlos Ghosn continue de cumuler les titres de patron de l'alliance, PDG de Renault, président du conseil de surveillance de Nissan et Président non exécutif de Mitsubishi. Cependant, pour Xavier de Buhren de chez Mirabaud AM, « Renault a donné une bonne visibilité stratégique avec son plan 2022. Cela tempère nettement le risque managérial ».

Un fort potentiel sur Renault

Débarrassé de ces contraintes, le titre Renault offre de belles perspectives de croissance surtout si l'on en croit son PER puisque la capitalisation vaut moins de 6 fois ses bénéfices alors que la moyenne du secteur en Europe culmine à 7 fois les bénéfices. « Le secteur est déjà bien valorisé, il ne faut pas s'attendre à des progressions euphoriques, mais Renault pourrait tirer son épingle du jeu et continuer à surperformer dans les prochains mois », estime Nicolas Chéron de Binck.fr.

Chez PSA, c'est une autre histoire puisque la capitalisation vogue déjà très au-dessus de la moyenne avec 8,3 fois les bénéfices avec un titre qui a fortement augmenté depuis le début de l'année.

« Chez PSA, une grande partie du rattrapage est déjà accomplie. Les marges et la valorisation sont déjà très élevées et il est peu probable qu'elles augmentent encore. Le véritable levier de croissance pour PSA c'est le pari fait avec Opel », explique Xavier de Buhren. « Chez Opel tout est à faire d'un point de vue cycle produits, outils de production et optimisation des coûts notamment de R&D », ajoute le gérant.

Cadavres dans les placards d'Opel

D'ailleurs, le titre PSA est sanctionné depuis l'annonce du plan de redressement d'Opel, la marque allemande rachetée en début d'année au groupe américain General Motors. Il semblerait que PSA ait découvert des cadavres dans le placard, notamment le retard de la marque sur les objectifs de CO2 pour 2020 qui la menaçait, selon Carlos Tavares PDG de PSA, « d'aller droit dans le mur ». Il y a également les ventes au Royaume-Uni, son second marché, qui se tasse, sans parler des taux de change... Ainsi, avant l'annonce du plan stratégique, le titre PSA grimpait de 34% depuis le début de l'année, contre une hausse de 20% désormais.

Les investisseurs se demandent si le redressement d'Opel ne risque d'être plus long que prévu, ou en tout cas, plus long que ne l'avait été celui de PSA dans le cadre du plan Back to the Race. Chez PSA, on rappelle que ce plan avait rempli ses objectifs deux ans avant la date fixée... On espère ainsi créer le même miracle chez Opel. Les marchés vont donc réserver leur verdict à l'évolution des résultats de ce plan. Mais compte tenu de la survalorisation du titre, ils ne devraient pas être très pressés, et le titre pourrait rester sous pression quelque temps encore. « Lorsque l'on regarde les graphiques de long terme sur l'action PSA, on s'aperçoit que 22 euros pourrait être un pivot de long terme très fort, le potentiel semble donc restreint sur ce titre », d'après Nicolas Chéron.

Les résultats commerciaux, le prochain rendez-vous des marchés

En attendant, les prochains rendez-vous financiers seront probablement les résultats commerciaux qui seront publiés début janvier. Les investisseurs regarderont de près la dynamique des deux constructeurs sur les grands marchés émergents. En Amérique Latine, les deux constructeurs seront jugés sur leur capacité à profiter du rebond d'un marché qui semble enfin tourner la page de plusieurs années de chute libre. Renault sera apprécié sur ses performances en Russie et en Inde, deux pays où il a acquis de bonnes bases. En Chine, la marque au losange sera également scrutée, mais c'est surtout les performances de PSA qui seront regardées à la loupe. Les analystes espèrent que le groupe ait réussi à colmater la dangereuse chute des ventes, au moins sur la fin de l'année.

Les investisseurs s'intéresseront également aux mix produits, c'est-à-dire le niveau de gamme et de finitions des ventes. Jusqu'ici, PSA a réussi à convaincre sur sa stratégie fondée sur une montée en gamme de ses produits, lui assurant une bonne rentabilité. Le succès du 3008 avec des finitions haut-de-gamme à plus de 80% pourrait être renforcé par l'arrivée en juin du 5008, un SUV encore plus haut de gamme. De son côté, Renault pourrait être pénalisé par les ventes décevantes de son Espace, mais également de la Talisman, et l'absence de finition haut de gamme sur son Kadjar.

Renault, référent industriel de l'automobile

Pour les analystes, la question de la rentabilité est toutefois moins tactique chez Renault qui profite de son alliance avec Nissan et Mitsubishi (soit près de 10 millions de voitures) pour amortir chacun de ses investissements. Pour Xavier de Buhren : « Renault est devenu le référent du monde industriel automobile en termes d'efficacité de production, de partage de plateforme avec ses partenaires. Ces synergies sont solides et structurent un groupe de fait très compétitif ».

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Commentaires
a écrit le 22/11/2017 à 12:42 :
RENAULT et PSA font des voitures si on les compare à VW groupe qui fait des caisses à roulettes, ça se voit dans la rue et dans la presse en regardant les chiffres...

Il est donc normal que ça monte!
a écrit le 22/11/2017 à 11:11 :
L’état c’est comme Attila ... la ou il passe il n’y a rien qui «  repousse »...

L’etat -attila va sûrement «  investir » dans les titres de l’automobile autonome...

Affaire à suivre...
a écrit le 22/11/2017 à 9:00 :
Des véhicules haut de gamme avec des moteurs Diesel ou essence bien polluants....et des élus qui tous les jours menacent les automobilistes d'interdictions, de taxations diverses et variées pour punir....alors très honnêtement mettre plus de 40000 € a minima dans un vehicule qui est d'avance condamné à mort....non merci, finition haut de gamme ou pas...😁
Réponse de le 22/11/2017 à 10:54 :
@Delahaut
Pour 3 fois moins cher, on trouve d'excellentes occasions qui offrent le même service que l'on peut attendre d'une voiture moderne. A savoir, se déplacer dans de bonnes conditions de confort, de sécurité. Beaucoup "d'innovations" sur les véhicules neufs ne sont souvent que des gadgets.

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