Jeunes diplômés : les conditions d'emploi s'améliorent

Par Grégoire Normand  |   |  1082  mots
L’amélioration des conditions d’emploi va de pair avec une augmentation de la rémunération. Le salaire annuel brut médian passe ainsi de 28.000 € pour la promotion 2015 à 30.000 € pour la promotion 2016. (Crédits : Reuters/Gonzalo Fuentes)
Les jeunes diplômés de l'enseignement supérieur profitent pleinement de la reprise avec des taux d'insertion professionnelle élevés selon les derniers chiffres de l'Apec. Malgré ces bons chiffres, 25% des diplômés interrogés considèrent leur emploi comme un job alimentaire.

L'insertion professionnelle des jeunes diplômés du supérieur est au beau fixe. Selon le dernier baromètre de l'Apec, 94% des jeunes diplômés niveau Bac+5 qui ont fini leurs études en 2016 ont déjà occupé un premier emploi 12 mois après l'obtention de leur diplôme, soit une hausse de deux points par rapport à 2015. Pour Jean-Marie Marx, directeur général de l'association :

"Les jeunes profitent d'un marché de l'emploi cadre particulièrement porteur, où tous les indicateurs sont au vert. Les entreprises prévoient autour de 50.000 recrutements de débutants au statut cadre pour 2018 [..] Le diplôme reste donc un bon passeport pour l'insertion professionnelle".

De tels résultats s'expliquent principalement par un niveau de croissance relativement élevé (2% en 2017 selon les derniers chiffres de l'Insee) et "une confiance retrouvée des entreprises", ajoute le dirigeant de l'Apec.

83% des jeunes diplômés Bac +5 sont en emploi

Une très grande majorité (83%) des jeunes diplômés de niveau Bac +5 et plus sont en emploi 12 mois après l'obtention de leur diplôme selon les personnes interrogées par l'association. Cette part est en hausse de deux points par rapport à la promotion de 2015. Six mois après leurs diplôme, la progression est encore plus considérable. Le taux d'emploi est passé de 64% à 70% entre les deux promotions.

Parmi les jeunes en emploi 12 mois après leur diplôme, la part de celles et ceux qui occupent toujours leur premier emploi a fortement augmenté (de 49% à 60%). "Et puisque le taux d'insertion a progressé, la part des jeunes diplômés en recherche de leur premier emploi a reculé".

Enfin, le taux d'insertion 12 mois après l'obtention du diplôme varie en fonction des filières. Le taux atteint 95% en sciences, technologie et santé contre 91% en lettres, langues et arts (LLA). Les jeunes diplômés en LLA dont la promotion 2015 était bien insérée sur le marché de l'emploi voient leur situation se détériorer légèrement, "avec un taux d'insertion en baisse de 4 points, le plus bas parmi l'ensemble des disciplines".

Des conditions d'emploi plus favorables

Les jeunes diplômés de la promotion 2016 de niveau Bac +5 et plus connaissent des conditions d'emploi plus favorables que les promotions antérieures. Parmi ceux qui sont salariés, la part de jeunes diplômés en CDD recule au profit du CDI, qui augmente de 7 points. La part des CDD passe de 38% à 31% entre la promotion de 2015 et celle de 2016.

Par ailleurs, d'avantage de diplômés en poste bénéficient du statut de cadre.

"La part des jeunes cadres augmente de 6 points entre la promotion 2015 et celle de 2016. Ainsi près de 6 jeunes diplômés sur 10 à Bac+5 et plus en emploi ont obtenu le statut de cadre" contre 53% pour la promotion 2015.

L'amélioration des conditions d'emploi est également visible dans l'évolution des rémunérations. Le salaire annuel brut médian est passé de 28.000 euros pour la promotion 2015 à 30.000 euros pour la promotion 2016.

Si les derniers chiffres de l'Apec illustrent une meilleure insertion et de meilleures conditions pour les jeunes diplômés sur le marché du travail, l'étude rappelle "qu'un quart considère tout de même leur emploi comme un 'job alimentaire', occupé en attendant de trouver un poste qui corresponde davantage à leur diplôme et à leurs aspirations". Une proportion non négligeable à l'heure où une part des cadres évoquent parfois des reconversions professionnelles.

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Diplômés Bac+3/+4 : des conditions d'emploi moins favorables

L'insertion professionnelle des titulaires d'une licence ou d'un master 1 est stable avec un taux quasi similaire entre les deux échantillons interrogés. 82% des diplômés sont en emploi douze mois après la fin de leurs études pour la promotion 2016 contre 83% pour celle de 2015.

En revanche, les conditions d'emploi pour les Bac +3/4 sont moins favorables que pour les jeunes diplômés Bac +5. La part des jeunes en CDI titulaires d'un Bac +3 est bien inférieure à celle titulaire d'un bac +5 (49% contre 62%).

En ce qui concerne la rémunération, les disparités sont également prononcées.

"La rémunération médiane des jeunes diplômés en emploi progresse. Toutefois, cette augmentation est moindre pour les jeunes les moins diplômés par rapport à celle que connaissent les Bac +5 et plus".

Montée en puissance de l'alternance

L'alternance, qui regroupe les contrats de professionnalisation et les contrats d'apprentissage, a connu un essor très important depuis le début des années 2000.

"Ainsi, le nombre d'apprentis de niveau Bac +2 et plus a été multipliée par trois entre 2000 et 2016" selon l'étude de l'Apec.

La force de l'alternance repose sur l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.

"93% des diplômés Bac +5 ou plus qui ont y eu recours sont en poste au bout de deux ans. C'est sept points de mieux que les autres diplômés."

Au total, le ministère du Travail a recensé 288.000 entrées en apprentissage dans la France entière pour l'année 2016 dans le secteur public et le secteur privé. Cela représente une hausse de 1,9% par rapport à 2015. Parmi ces entrées, l'administration note une vraie progression des contrats d'apprentissage dans le supérieur au détriment des niveaux inférieurs.

Les conditions d'emploi sont également meilleures en termes de rémunération (un salaire brut médian annuel de 32.000 euros contre 30.400 euros pour ceux qui n'ont pas réalisé leurs études en alternance) et de situation. Ils sont plus fréquemment en CDI (73% contre 61%) et ont davantage de responsabilité.

Les auteurs de l'étude notent cependant que le dispositif de l'alternance présente quelques limites. Ils expliquent par exemple qu'il y a un véritable "manque d'accueil. Une difficile adéquation entre enseignement académique, temps en entreprise et un rythme de l'alternance plus ou moins adapté est également soulignée [...] Enfin, on observe une maturité inégale des secteurs d'activité sur le sujet."

Le recours à l'alternance pourrait prendre de l'ampleur dans les mois à venir. Il y a quelques semaines, la ministre du Travail Muriel Penicaud a présenté les grands axes de la réforme de l'apprentissage pour endiguer le taux de chômage des jeunes. Si cette volonté est saluée par de nombreux acteurs du marché du travail, plusieurs questions restent à l'ordre du jour sur la mise en application de ce dispositif.

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