Hervé Le Bras : "Raoult, c'est un terrible retour au temps des gourous"

Denis Lafay
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... n et débat publics d'un flot incontrôlé de fantasmes et d'interprétations fallacieuses. Troisième instruction, c'est qu'en matière statistique et démographique, les "trésors" de l'histoire sont singulièrement signifiants. Ainsi Hervé Le Bras déchiffre un séisme "total", qu'il appréhende par des biais éclairants : cellule familiale, risques des métiers, photographie populationnelle et migratoire, espaces de vie, mobilités, architecture, territoires... et aussi interdépendance des progrès médicaux, des protocoles sanitaires et des procédures statistiques. Laquelle convoque le "cas" Didier Raoult et déclenche le courroux du directeur d'études à l'EHESS : "Ses pantalonnades ne me font pas rire. C'est un terrible retour en arrière, au temps des gourous et du prétendu sens commun. C'est ainsi que l'on croyait que la peste était causée par les miasmes ou par les Juifs". Et de mettre en garde contre la tentation, délétère, d'esquiver ou de contester les méthodes traditionnelles de preuve. Le fait, rien que le fait, revendique le chercheur émérite à l'INED, pour élucider la réalité.
La Tribune : Ce moment si particulier de début de confinement, comment l'éprouvez-vous intimement, comment l'interprétez-vous intellectuellement ?
Hervé Le Bras : Je me méfie un peu des interprétations à base de psychologie d'autant plus que je ne suis pas familier de cette discipline. Je serai donc prudent ! Professionnellement, les contraintes de la pandémie ne me pèsent guère. Grâce aux ordinateurs et à l'accès à des bases de données et à des textes très nombreux, un chercheur en démographie et en sciences sociales peut continuer à travailler à son rythme.
En revanche, les relations personnelles sont bouleversées. Avec une partie de ma famille et de mes amis confinés comme moi, l'emploi des technologies de visioconférences est assez décevant à l'expérience, surtout lorsque les intervenants sont en nombre.
Certes, nous pouvons nous apercevoir et mener des discussions, mais il manque ce je-ne-sais-quoi qui est le sel d'un débat : les apartés, les connivences, les gestes, ces à-côtés qui contribuent à l'atmosphère d'une réunion. Zoom ou Skype tendent à réduire notre apparence à celle d'une photo d'identité vaguement animée. Enfin c'est mieux que rien.
Denis Lafay
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