IDEES. Étienne Klein, physicien, professeur à l’École centrale à Paris et directeur du laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) était l'invité d'un Seb Talks, hier. Un pas en dehors de ses sujets de prédilection, c'est cette fois-ci sur le thème de la confiance qu'il a été invité à disserter. Un sujet d'actualité en temps de pandémie, où la notion de confiance prend une toute autre perspective."Je suis ravi et embarrassé d'être ici, car la confiance ne fait pas partie de mes sujets, je n'ai jamais écris dessus", admet Étienne Klein en guise de préambule de la conférence organisée dans le cadre des Seb Talks, au sein de l'entreprise éponyme, à Écully (69) il y a quelques jours.
Devant des salariés en présentiel et en distanciel, le physicien, philosophe des sciences et directeur du laboratoire de recherche sur les sciences de la matière au CEA, a tout de même rapidement dévoilé ses pistes de réflexion sur la confiance, à commencer par celle que nous plaçons dans la science, un sujet hautement révélateur en période de Covid-19.
"La confiance, c'est d'abord une croyance, qui va de la naïveté à l'arrogance"
Car alors que les discours se déchirent depuis plusieurs mois sur le virus, son origine, le vaccin, son efficacité, la gestion de la crise, etc... la question de la confiance revêt une symbolique particulière.
A son propre niveau, à qui accorde-t-on sa confiance ? A ses pairs ? A soi-même ? Et pourquoi ? "La confiance, c'est d'abord une croyance, qui va de la naïveté à l'arrogance", affirme le physicien, qui en profité pour donner un exemple à titre personnel. "Avant de faire l'alpinisme, j'ai commencé par la randonnée. A ce moment, je n'ai jamais pensé que je pourrais faire comme les alpinistes. [...] Au début, j'ai fait confiance à un guide, j'ai délégué. Mais avec la cordée, la relation est symétrique : la vie de l'un dépend de celle de l'autre."
Or, au tout début de la crise, quand les connaissances sur le Covid-19 étaient encore assez limitées, de nombreux "experts" se sont exprimés sur ces sujets, sur les plateaux de télévision, comme le note le physicien. "Aujourd'hui, il y a beaucoup de thèses et d'antithèses, le tout est de savoir à quel discours et à qui on accorde sa confiance", résume ainsi Etienne Klein.
Et ce, alors que la réserve scientifique exigerait d'attendre, de croiser les études, soumettre ses résultats à ses pairs :
"Si un expert dit qu'il ne sait pas, il ne sera plus jamais réinvité, il sera remplacé par des gens qui ont plus confiance en eux",se désole Étienne Klein.