Une époque formidable : Pour défendre la liberté !
Elise Moreau

UEF
Laurent Cerino/ADE
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Bousculer nos certitudes, nous donner les moyens d'être optimiste, de nous engager : C'était la raison d'être de cette troisième édition du forum "Une époque formidable".
Tout citoyen, s'il veut être créateur de mouvement, doit au préalable apprendre à se connaître :
S'engager, quelle que soit son origine sociale ou son âge. Apprendre de l'autre et ne surtout pas rentrer dans le conflit de générations : "Il faut quitter cette notion de clivage : c'est un débat du passé", estime Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé.
(crédits : Laurent Cerino)
L'avenir, estiment les deux spécialistes, est à bâtir ensemble, en revenant à un système plus solidaire : "Faire société, c'est apporter ses qualités au projet collectif, indique Jean-Paul Delevoye. Pour le haut-commissaire chargé de préparer un nouveau système de retraite, ce qui compte désormais, c'est la potentialité des humains et pas la performance".
Chaque voix compte, y compris celle des "oubliés de la République", ces citoyens des quartiers populaires : "Il y a besoin d'un retournement de regard. Nous devons comprendre que les banlieues sont une ressource nécessaire", a d'ailleurs rappelé le sociologue Jean Viard.
Agir dans toutes les sphères de la société, ne laisser personne de côté. Des valeurs humanistes doivent être enseignées dès la petite enfance, à l'école, "clé pour la construction d'une société", rappelle Yves Michaud. Une institution malmenée, déstabilisée : "Nous avons une école fragmentée, émiettée. Mais pas de partout", nuance le philosophe.
Trois bases sont selon lui essentielles à revoir pour mieux accueillir le savoir : "L'autorité des enseignants, les programmes et la laïcité."
"Le rôle des enseignants, comme celui des parents est de savoir mettre des limites", résume Cynthia Fleury. Pour la philosophe et psychanalyste, "être attentif aux autres, c'est la base."
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Y compris envers les animaux : "C'est un questionnement très général sur notre rapport à l'altérité, aux autres formes d'intelligence", analyse le paléoanthropologue Pascal Picq.
"L'homme règne sur la planète et nous avons une responsabilité : reconnaitre des droits particuliers aux animaux", indique Louis Schweitzer, président de la fondation Droit animal, éthique et sciences. Assurer le bien-être des animaux est un devoir, tout comme celui de veiller sur les plus fragiles d'entre nous.
En bref, c'est toute notre société qui est à repenser, à reconstruire, et l'entreprise doit y participer. "C'est quoi l'entreprise ? Cela parait simple mais détrompez-vous, il est très difficile de la définir", admet Jean-Dominique Sénard, patron de Michelin.
Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, l'entreprise n'a d'autre choix que de changer :
Patron et leader syndical, réunis sur la scène du théâtre des Célestins, se rejoignent sur la nécessité d'anticiper les bouleversements à venir, comme la disparition d'emplois consécutive à la robotisation et à la digitalisation des tâches : "Il n'y aucun doute que le sujet est à prendre en main par les entreprises, indique Jean-Dominique Sénard. Notre responsabilité est lourde. »
Autre impératif pour Laurent Berger : ne pas rater le virage de la transition écologique : "Il y a des choix assez radicaux à faire : il faut bouger ! Il faut réorienter un certain nombre de moyens pour investir dans cette transition écologique, investir dans les compétences et les process de production."
Une vision défendue par Dominique Meda. La philosophe et sociologue propose d'intégrer deux nouveaux indicateurs au PIB (produit intérieur brut) : "Nous devons le compléter par un indicateur sur le patrimoine naturel et un autre sur l'indice de santé sociale. Cela permettrait de piloter notre développement économique."
La spécialiste chiffre à vingt milliards par an pendant au moins dix ans les dépenses essentielles pour engager la transition écologique. "C'est cette voie qu'il faut emprunter, y compris vis-à-vis de l'Europe."
Une Europe profondément fragilisée par la montée en puissance du nationalisme et des extrêmes. Dans sept mois, les électeurs seront appelés aux urnes pour renouveler le parlement. L'occasion pour Jean-Marie Cavada, député européen, de rappeler l'importance du vote :
"L'Europe redémarrera s'il n'y a pas, dans cette salle, un seul abstentionniste !" a-t-il prévenu, s'adressant aux plus jeunes dans un vibrant plaidoyer.
Éric Dupond-Moretti et Nicolas Baverez déplorent cette tendance au repli sur soi et le recul des libertés : "Nous sommes confrontés à l'une de ces périodes de grands bouleversements ou la démocratie souffre et est contestée ", analyse l'avocat et essayiste Nicolas Baverez.
Les deux avocats dénoncent le déferlement des passions collectives sur les réseaux sociaux et le lynchage médiatique qui en découle : "Nous vivons une époque d'hyper-moralisation. Elle nous contraint à nous positionner pour ou contre. La palette de nuances s'est considérablement réduite", regrette l'avocat pénaliste Eric Dupond-Moretti.
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"La démocratie est loin d'avoir perdu mais le travail à faire est extrêmement ample. Un combat s'engage aujourd'hui pour la liberté. Il va falloir se défendre face aux démocratures et au djihadisme" conclut Nicolas Baverez, comme en écho au fil conducteur de cette journée : pas de liberté sans débat, pas de liberté sans engagement, pas de liberté sans humanisme.
Elise Moreau
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