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Décideurs - La Tribune Afrique

Nicole Sulu : « La RDC a une sérieuse carte à jouer dans l’ère post-Covid »

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 03 juin 2020 à 12:50 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 06:52

Nicole Sulu, fondatrice et présidente de Sultani Makutano, pense que la RDC a le potentiel pour se positionner stratégiquement dans le monde post-coronavirus.

Nicole Sulu, fondatrice et présidente de Sultani Makutano, pense que la RDC a le potentiel pour se positionner stratégiquement dans le monde post-coronavirus.

DR

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Figure de proue de l’entrepreneuriat en République démocratique du Congo (RDC), Nicole Sulu est fondatrice et présidente du réseau d’affaires Sultani Makutano. Dans cet entretien avec La Tribune Afrique, elle revient notamment sur le vécu des milieux d’affaires pendant cette pandémie, évoque les réalités du business congolais indépendamment de la crise et livre son analyse prospective de l’après-coronavirus.

Si l'aura de Nicole Sulu dépasse désormais les frontières de la République démocratique du Congo (RDC), le développement de son réseau d'affaires fondé en 2015, Sultani Makutano -le premier de son pays-, y a énormément contribué. Avec le temps, cette dirigeante d'entreprise en a fait une messe d'envergure avec la participation de personnalités de premier plan telles que le tycoon nigérian Tony Elumelu. La cinquième édition du Makutano en 2019 inaugurée par le président Félix Tshisékédi, rassemblait également des têtes d'affiche dont l'ex-présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, l'ex-président ghanéen John Dramani Mahama, le président nigérien Mahamadou Issoufou et l'ex-star de football Samuel Eto'o Fils. C'est d'ailleurs à Kinshasa que l'ancien international camerounais annonce sa retraite.

La Tribune Afrique - Comment êtes-vous parvenue à cette vision d'émergence d'un business congolais fort et tourné vers l'Afrique ?

Nicole Sulu - Je pense que la vision qui m'anime est née de la conviction que toute volonté de repli national serait dommageable pour le développement de nos pays africains. Nous avons tout à gagner à œuvrer, ensemble, pour le développement global de l'Afrique. Cela passe notamment par plus de complémentarités économiques, mais aussi par un regain de confiance entre nous. Il est difficilement acceptable que nous fassions travailler des entreprises en Europe ou aux Etats-Unis lorsque nous avons la même offre, en termes de rapport prix/qualité, sur le continent.

Comment les milieux d'affaires en RD Congo -qui n'a connu qu'un confinement partiel- vivent-ils la crise économique liée au coronavirus ?

Le confinement est certes partiel mais, comme vous le savez, Kinshasa, et principalement Gombe, le quartier d'affaires, est le centre névralgique de notre économie. Le confinement de Gombe depuis bientôt deux mois a ralenti l'ensemble de l'activité ou presque au niveau national.

Les entreprises bénéficient-elles d'autant de soutien (de part de l'Etat, des banques, ...) qu'elles en ont besoin pour faire face à la crise, selon vous ?

Plusieurs mesures positives ont été mises en place pour aider les entreprises à tenir le coup, et notamment de la part des banques commerciales et de certains fonds dédiés, qui ont reçu un réel soutien de la banque centrale ou de l'Etat. Mais contrairement à de nombreux pays, les capacités financières de la RDC ne permettent pas de plan massif de soutien et ne permettront donc pas la mise en œuvre d'un plan de relance ambitieux. Je reste néanmoins confiante en notre capacité à trouver de solutions innovantes...

Votre organisation, Sultani Makutano, est également un Think Tank. Comment abordez-vous la question du secteur informel qui constitue -comme dans la majorité des pays africains- un maillon important du tissu économique en RDC ?

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Nous nous battons depuis des années pour rénover la relation entre les acteurs du secteur informel, l'Etat en général, et l'administration fiscale en particulier, pour favoriser une intégration du secteur informel dans les circuits économiques classiques. Les choses sont loin d'être évidentes, mais de sérieux progrès ont été faits via la bancarisation notamment, et c'est très encourageant pour l'avenir.

La RDC s'est démarquée en 2019 parmi les 42 économies à travers le monde qui ont mis en œuvre des réformes réglementaires facilitant les affaires dans 3 ou plus des 10 critères déterminant le score global du Doing Business. Mais le pays est toujours classé au bas du tableau (183è sur 190 pays). Que vous inspire cela ?

Oui, ces lois et réformes adoptées par le législateur congolais sont autant de pas en avant ; et cela montre que notre gouvernement va dans la bonne direction. Ceci dit, voter des lois ne suffit pas... Et chacun sait que les experts de la Banque mondiale qui produisent ce classement Doing business regardent de près l'effectivité desdites réformes sur le terrain. Or, il semble que de ce côté-là, de sérieux progrès restent à faire en RDC.

Grâce à la richesse quasi-incomparable de son sous-sol, la RDC est pourtant une destination privilégiée pour d'importants investisseurs. Quelles prérequis, à votre avis, pour que la RDC remonte dans ce classement Doing Business ?

Les géants industriels qui pourraient favoriser la création de chaines de valeur en RDC via la transformation de nos matières premières, il est vrai abondantes, ne sont malheureusement pas au rendez-vous. Ces géants auxquels vous faites allusion sont principalement les géants miniers de la Copperbelt ou les opérateurs bancaires et télécom. Malheureusement, notre économie reste à 90 % dépendante de l'export de matières premières brutes, ce qui est très dommageable à l'activité industrielle en général, et à l'emploi en particulier.

Pour ce qui est des prérequis pouvant permettre à la RDC de remonter dans le classement DB, je poserais en priorité une amélioration effective - j'insiste sur « effective » - du climat des affaires, et notamment une refonte de nos pratiques en termes d'arbitrage et de justice des affaires.

Qu'est-ce qui manque encore au business congolais, selon vous ?

Une des choses qui manquent cruellement au business congolais est le marché des capitaux. Lever des fonds en RDC tient du parcours du combattant, et je n'aborderai pas ici les questions douloureuses des taux d'intérêts prohibitifs ou des difficultés pour ouvrir le capital de l'entreprise...

En tant qu'actrice économique, comment envisagez-vous l'ère post-Covid pour les entreprises et entrepreneurs de RDC ?

A mon avis, la RDC a une sérieuse carte à jouer dans l'ère post-Covid à court terme et elle peut profiter à plein des bouleversements géopolitiques et économiques mondiaux qui se profilent. Sa situation de pays immense au carrefour des Afrique Centrale et Australe, francophone et anglophone, de l'Est et de l'Ouest, mais aussi le fait qu'elle est au cœur des enjeux de la transition écologique, avec sa forêt et son bassin hydrographique gigantesques, doit être plus que jamais mise en valeur pendant cette renégociation générale des équilibres planétaires.

Ristel Tchounand

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