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Portrait : Jessica Medza Allogo, ingénieure pétrolière reconvertie à l’agrobusiness

Photo de Ristel Tchounand

Ristel Tchounand

Publié le 21 octobre 2018 à 06:33 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:24

Jessica Medza Allogo

Jessica Medza Allogo

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Jessica Medza Allogo est à la tête de «Les Petits pots de l’Ogooué», une confiserie artisanale gabonaise qui, après avoir conquis le marché local, concocte ses plans pour l’international. Mais cette agrobusinesswoman promotrice du «Made in Gabon» est une ancienne ingénieure pétrolière.

Un air engageant, le regard vif et la voix bien timbrée, c'est une jeune cheffe d'entreprise «bien dans sa veste» que nous avons rencontrée. Jessica Medza Allogo a fondé et dirige au Gabon Les Petits pots de l'Ogooué, une confiserie artisanale devenue célèbre dans le pays en seulement deux ans d'activité. Pour certains Gabonais, ses pots de confitures sont encore assimilés à des produits de luxe, en raison de leur prix (5 000 Fcfa, soit environ 9 dollars le pot de 250 g), dans un pays dont le PIB par habitant est le deuxième plus important d'Afrique, avec une moyenne de 19,8 dollars par jour. Une vision des choses que l'entrepreneure réfute.

«Dès le départ, j'ai plutôt voulu faire un bon et beau produit, le positionnant sur le haut de gamme, sans forcément le rattacher au luxe», nous confie-t-elle avant d'ajouter : «Il y a évidemment les charges de production, quand on sait par exemple que les fruits coûtent plus chers que le sucre. Donc, quand on fait des produits très fruités et moins sucrés, les coûts de revient sont beaucoup plus élevés qu'une confiture moins fruitée». En effet, chaque petit pot contient 70% de fruits, précise-t-elle, principalement la mangue, le fruit de la passion, l'ananas et la papaye.

«Quelle idée ! Je travaille chez Total quand même !»

Si Jessica Medza Allogo s'accomplit désormais en tant qu'agrobusinesswoman, elle vit une issue professionnelle impensable lorsque cette native de Libreville s'envole, son bac en poche, pour le Canada. Après son diplôme d'Ingénieur en Chimie à Polytechnique Montréal, elle travaille quelques années dans la capitale du Québec dans le recherche et développement, avant de retourner à son Gabon natal.

Immédiatement recruté chez Total, elle y poursuivra une carrière d'ingénieure pétrolière pendant dix ans, dont deux d'expatriation en Asie du Sud-Est, plus précisément au Myanmar. Un pays riche en diversités de mangues que l'ingénieure, passionnée de fruits, découvre tout au long de son séjour. Et c'est à la fin de son expatriation que naîtra l'histoire de son entreprise.

«Un ami, qui savait que j'aimais ce fruit, m'a offert un cageot de mangues de 40 kg quand je rentrais définitivement au Gabon», se souvient la jeune femme. A son arrivée, plusieurs mangues sont déjà trop mûres. Ne voulant pas les jeter, elle pense à en faire des confitures. «Je n'en avais jamais fait. Je me suis alors inspirée de recettes sur Internet», confie-t-elle. Le résultat est apprécié.

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Des mois plus tard, c'est après avoir offert à des proches une confiture d'ananas que l'un deux en appréciera particulièrement la qualité. «Il m'a demandé si je les vends. Sur le coup, je me suis dit : ''Quelle idée'' ! Comment vais-je me mettre à vendre les confitures ? Je travaille chez Total quand même...», lance-t-elle dans un éclat de rire.

Huit mois en «mode immersion»

Les choses prennent une nouvelle tournure lorsque Jessica participe «pour le plaisir» à une foire du 8 mars organisée par une association féminine. Surprise ! Au bout de deux heures, tous ses pots de confitures sont écoulés et après l'événement, les commandes s'enchaînent. «J'ai commencé à faire des confitures régulièrement, me coucher à 4h du matin, aller au boulot à 6h et un jour je me suis demandé pourquoi je n'en ferais pas un business ?». Et c'est ainsi qu'elle créera son entreprise.

Au départ, son atelier est installé dans une cuisine privée. Un proche, restaurateur de formation, la rejoint dans l'aventure. Pendant huit mois, elle travaillera sur la marque et le packaging. En décembre 2016, lorsque l'activité prend son envol, elle démissionne de son poste d'ingénieure pour se consacrer à son business. Ce sera également la porte ouverte à la participation à plusieurs concours d'entrepreneurs dont elle sortira lauréate, notamment l'édition 2017 de la fondation Tony Elumelu.

105 000 dollars de bénéfices rien qu'au Gabon

Depuis lors, Jessica a réussi à vendre près de 14 000 pots de confitures, distribués dans les supermarchés, les restaurants, les épiceries fines, les boulangeries et les boutiques cadeaux. Ses clients : le consommateur gabonais en général et surtout les entreprises avec qui elle travaille beaucoup d'ailleurs.

En 2017, «premier vrai exercice» de son entreprise, comme elle aime le préciser, Jessica a compté 60 millions de Fcfa de chiffre d'affaires -soit environ 105 000 dollars- sur le seul marché gabonais. De telles résultats, Jessica ne les doit pas à une virulente campagne médiatique, mais plutôt à Internet. «C'est vraiment le digital qui nous a propulsés. En plus de l'événementiel bien sûr, Facebook en l'occurrence a été notre principal outil pour nous faire connaître», explique la businesswoman.

Au Gabon, Jessica Medja Allogo est devenue une des références de l'entreprenariat jeune réussi. Outre les concours remportés au niveau national et international, elle a notamment accompagné -avec trois autres Gabonais- le président Ali Bongo Onbdimba au Forum mondial de la jeunesse en novembre 2017 à Sharm el-Sheikh en Egypte.

Prochaine étape : développer son affaire à l'international. C'est d'ailleurs ce qui explique sa participation au Programme 54 du WIA Philantropy, dont elle a été lauréate pour le Gabon. Cela a été une précieuse occasion pour cette patronne -qui a déjà exposé au Cameroun, au Maroc ou en France- de tisser des partenariats avec d'autres cheffes d'entreprises installées ailleurs sur le Continent, obtenant ainsi de potentielles représentations de sa marque.

Au-delà du challenge

Son entreprise est jeune, Jessica en a conscience. Toutefois, la jeune CEO reste confiante pour l'avenir. Son principal défi reste encore le packaging. Car si la conception est gabonaise, la fabrication est étrangère, ce qui alourdit considérablement ses coûts d'exploitation. «C'est une vraie difficulté en Afrique. Que ce soit pour les pots ou les sacs, quand on veut faire du haute de gamme, on ne trouve pas de fournisseurs locaux. On est donc contraint de faire de gros stocks et cela génère des coûts logistiques énormes. Or, on n'a pas encore un important fonds de roulement», explique la dirigeante.

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Prenant le défi à sa hauteur, elle vient de lancer un projet social dans lequel elle fait travailler les artisans de la vannerie pour la fabrication d'emballages spéciaux qu'elle utilise pour certains contrats. En attendant de trouver le moyen de fabriquer localement son packaging, Jessica Medza Allogo explore aujourd'hui l'enrichissement de sa gamme de produits.

Ristel Tchounand

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