La sécurité, obsession avant les Jeux de Sotchi
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par Alissa de Carbonnel
MOSCOU (Reuters) - A l'approche des Jeux olympiques d'hiver en février à Sotchi, les agences de sécurité russes procèdent à des prélèvements d'ADN sur les populations du Nord-Caucase dans le cadre d'un plan de sécurisation de la région ordonné par Vladimir Poutine.
L'objectif est de constituer, par des prélèvements de salive, un fichier qui permettrait d'identifier les auteurs d'éventuels attentats suicide, une des hantises des responsables de la sécurité.
Cette pratique a été confirmée par huit femmes qui, contactées par Reuters, disent avoir dû fournir un échantillon de leur salive. La police n'a fait aucun commentaire sur ce fichier ADN dont la création aurait été décidée après un attentat suicide commis en mai dernier à Makhachkala, la capitale du Daguestan.
Depuis la fin de la deuxième guerre de Tchétchénie, en 2000, le Nord-Caucase est en proie à un conflit de basse intensité entre les forces de sécurité russes et l'insurrection islamiste.
La situation est particulièrement tendue dans la république du Daguestan, dont la capitale se trouve à 650 km à l'est des sites olympiques de Sotchi. Au cours des neuf premiers mois de l'année, 239 morts liés à l'insurrection y ont été recensés par le site Caucasian Knot, qui compile les données liées à la situation. Pratiquement un par jour.
"On peut se faire tuer simplement parce qu'on porte un uniforme de la police. Je répète à mon fils que je peux me faire tuer demain", dit un colonel de la police locale.
EFFET CONTRAIRE ?
Le président russe a réclamé une sécurisation maximale des Jeux d'hiver, qui auront lieu du 7 au 23 février.
"D'ici les Jeux de Sotchi, le plus important pour notre image, c'est que la situation soit calme et normale au Daguestan", dit Ramazan Djafarov, vice-Premier ministre du gouvernement régional.
Mais cette normalisation a un prix.
Selon ses détracteurs, la manière forte utilisée par les forces de sécurité irait à l'encontre des buts recherchés en alimentant le ressentiment des populations musulmanes du Nord-Caucase et, de ce fait, l'insurrection.
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Au début de l'année, Vladimir Poutine a révoqué le président de la République du Daguestan, Magomedsalam Magomedov, qui avait tenté d'instaurer le dialogue avec les chefs salafistes.
Ouverture de madrassas, création d'une commission de réinsertion des militants armé s: "Ils voulaient donner aux jeunes gens une solution alternative pour réaliser leurs aspirations religieuses non plus dans les bois (les maquis insurgés, NDLR) mais à la mosquée", souligne Iekaterina Sokirianskaïa, directrice pour le Nord-Caucase de l'International Crisis Group (ICG).
L'initiative, ajoute-t-elle, semblait payer : moins de jeunes recrues dans les rangs islamistes et une baisse de 15% des homicides liés à l'insurrection.
Mais après le limogeage de Magomedov, la commission a été démantelée et de nombreux salafistes modérés se sont exilés.
LES "VEUVES NOIRES"
En juillet, Dokou Oumarov, l'"émir" de l'insurrection islamiste en Russie, a appelé ses moudjahidine à tout faire pour saboter les Jeux de Sotchi, que l'homme le plus recherché de Russie qualifie de "danse satanique sur les tombes de nos ancêtres".
Le 21 octobre, une femme originaire du Daguestan s'est fait exploser dans un bus de Volgograd. L'attentat a fait six morts et une trentaine de blessés.
Hormis dans le Nord-Caucase, la Russie n'avait pas connu d'attentats aussi meurtriers depuis l'attaque à la bombe qui a fait 37 morts en janvier 2011 à l'aéroport Domededovo de Moscou. En 2010, 40 personnes avaient péri dans un double attentat dans le métro moscovite.
Au cours des treize dernières années, 49 femmes kamikazes, surnommées les "veuves noires", seraient passées à l'action sur le territoire russe, d'après le site Caucasian Knot.
En représailles, les maisons de leurs proches sont rasées, des villages entiers interdits d'accès et des jeunes gens soupçonnés de liens avec l'insurrection salafiste arrêtés.
En vertu d'une loi adoptée en 2002 à l'initiative de Vladimir Poutine, les familles des auteurs d'attentat suicide ne sont plus autorisées à récupérer leur corps et à leur donner une sépulture digne.
"UNE FOIS POUR TOUTES"
Pour le pouvoir central, l'enjeu est à la hauteur du budget des Jeux de Sotchi, 50 milliards de dollars qui doivent accroître le prestige international de la Russie.
Les spécialistes de la sécurité jugent improbable que des commandos islamistes puissent percer les dispositifs de sécurité protégeant la station touristique sur la mer Noire autour de laquelle graviteront les Jeux d'hiver. En revanche, ils pourraient frapper des villes voisines, comme Volgograd.
Présentant en septembre un durcissement de la législation antiterroriste, Vladimir Poutine a cité un diplomate de l'époque tsariste. "Nous devons une fois pour toutes établir l'ordre dans le Caucase", a-t-il dit, avant de commenter : "C'était le cas à l'époque, ça l'est toujours aujourd'hui."
La réforme, qui prévoit notamment que les familles des auteurs d'attentat seront financièrement responsables des dommages provoqués, a été adoptée vendredi dernier par les députés, devant lesquels le ministre de l'Intérieur, Vladimir Kolokoltsev, a fait état d'"informations alarmantes" et indiqué que les forces de sécurité oeuvraient à l'élimination des chefs et des combattants des groupes islamistes armés.
"Il n'y a tout simplement pas d'autre moyens de combattre ces monstres dénués d'humanité", a-t-il ajouté.
Avec Ian Bateson, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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