L'opposition ukrainienne tente de présenter un front uni
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par Richard Balmforth
KIEV (Reuters) - Un ex-boxeur champion du monde des poids lourds, un avocat sans grande envergure et un chirurgien à la tête d'un parti nationaliste d'extrême droite : l'improbable "troïka" des chefs de file de la contestation ukrainienne est menacée par ses propres rivalités qui pèsent sur la suite du mouvement.
Pour certains analystes, Vitali Klitschko, Arseni Iatseniouk et Oleh Tiahnibok seraient comme le cygne, le brochet et le crabe du conte pour enfants célèbre à l'époque soviétique. Tous trois veulent déplacer une charrette, mais le cygne tire vers le haut, le brochet veut l'emmener vers le fond de l'étang et le crabe la traîne de côté. La charrette ne bouge pas d'un pouce.
Des trois, seul Klitschko, ancien champion du monde des poids lourds aujourd'hui président du parti d'opposition Udar, semble acquérir dans ces manifestations la crédibilité d'un possible rival du président Viktor Ianoukovitch dans les urnes.
Mais pas davantage qu'Iatseniouk, ancien ministre de l'Economie, ou Tiahnibok, qui dirige le parti Svoboda (Liberté), Vitali Klitschko n'a démontré ses capacités à galvaniser les foules, comme le fit en pleine "Révolution orange" l'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko, dont la personnalité et l'éloquence conduisirent des dizaines de milliers de manifestants à braver dans la rue les rigueurs de l'hiver 2004-2005.
Pour l'heure, les trois chefs de file de la contestation ont su mobiliser. Dimanche, ils étaient près de 350.000 à être revenus sur la place de l'Indépendance, dans Kiev, pour dénoncer la volte-face européenne du président Ianoukovitch et entendre les appels à sa démission lancés de la tribune.
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Ils peuvent aussi se targuer d'avoir obtenu mardi du Premier ministre, Mikola Azarov, des excuses pour le comportement des forces de l'ordre qui sont violemment intervenues dans la nuit de vendredi à samedi pour dégager la place, frappant des manifestants et des journalistes.
Mais ils semblent aussi n'être unis que par leur objectif commun : en finir avec le pouvoir Ianoukovitch.
Pour le reste, par leur programme ou leur personnalité, ils forment un curieux attelage.
"L'UNITÉ, UNE QUESTION DE SURVIE POUR L'OPPOSITION"
Si le parti de la Mère-Patrie que dirige formellement Iatseniouk en l'absence de sa présidente, Ioulia Timochenko, emprisonnée, et la formation de Klitschko relèvent du camp libéral, il n'en va pas de même pour le parti nationaliste de Tiahnibok, dont l'hostilité à l'égard du voisin russe se teinte, même s'il s'en défend, d'antisémitisme et d'homophobie.
La préférence que le leader du parti Svoboda, 45 ans, professe pour l'action collective plutôt que la résistance passive irrite aussi les partisans des deux premiers. Au point que lorsque Oleh Tiahnibok tient le micro, seuls ses partisans l'acclament.
A l'inverse, ses nationalistes, dont l'organisation et la capacité de mobilisation sont largement supérieures aux autres composantes de l'opposition, éprouvent peu de respect pour Arseni Iatseniouk, 39 ans, qui peine à se défaire d'une image d'intellectuel technocrate, avec sa calvitie précoce et ses lunettes sur le nez.
La relation entre Iatseniouk et Klitschko, 42 ans, qui le domine largement de sa haute stature et dont la virilité compense en partie une expérience politique et un charisme limités, se complique dans la perspective de la prochaine échéance présidentielle, fixée en 2015.
"La concurrence de Klitschko rend Iatseniouk très nerveux. Il a le sentiment que Klitschko est en train de tirer la couverture à lui. Son autorité progresse. Il s'est imposé comme un leader des manifestations. Il a conduit les foules et les gens l'ont suivi", relève Volodimir Fesenko, du groupe d'études et de réflexions Penta.
"La question de leur unité est une question de survie pour l'opposition", ajoute-t-il, disant cependant percevoir des contradictions croissantes au sein de la "troïka".
Avec Pavel Polityuk, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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