OR, LA FIÈVRE JAUNE (3/3). L’entreprise assume la dépollution des eaux autour de ses anciennes mines d’or au sud du Limousin. Le procédé génère quantité de boues chargées en métaux lourds, si bien que les fosses de stockage sont arrivées à saturation. Les déchets sont exportés en attendant de trouver une solution sur place.Un panneau de signalisation sur fond jaune indique le chemin qui mène à la mine du Bourneix. La route goudronnée descend vers une combe sous les arbres et à l’abri des regards. Au bout, un terrain vague gardé par un portail, une benne et, en contrebas, une pente grillagée en arc de cercle. Dans ce croissant, six bassins de décantation au fond bâché font successivement glisser les eaux vers le lit de l’Isle, la rivière qui s’écoulera ensuite sur 200 kilomètres pour rejoindre la Dordogne.
En cet après-midi de la mi-juin, il y a de l’activité sur le site. Dotés de longs tuyaux aspirants, les camions excavateurs défilent pour curer les boues toxiques. Sur la départementale, on en croise trois en dix minutes. Impossible dans ces conditions de visiter la station, les techniciens sur place nous renvoient. « À voir la couleur de l’eau, les gens s’imaginent des choses. Mais ça, c’est le chlorure ferrique qui nous permet de fixer l’arsenic », réagit l’un d’eux, montrant les bouillonnements rougeâtres. « À la fin, les eaux qu’on relâche sont moins concentrées en arsenic que les cours d’eau eux-mêmes », recadre-t-il.
Les eaux traitées sont captées à la sortie de l’ancienne mine souterraine à quelques mètres de là. L’antre a été bouché après avoir délivré près de huit tonnes d’or en vingt ans d’activité. L’entreprise applique une recette qui tient en une série de réactions chimiques, aidées par la décantation : absorption des métaux lourds par chlorure ferrique, injection d’un floculant polymère agglomérant les particules indésirables puis traitement à la soude pour retrouver un pH neutre.
Les déchets doivent rester sur place
Les stations comme celle de Cros Gallet sont les derniers témoins encore actifs de l’extraction aurifère. Aux confins de la Haute-Vienne et de la Dordogne, trois installations filtrent en continu les eaux crachées par les anciennes mines souterraines et de surface. Chargées en métaux lourds, elles sont la responsabilité d’Orano, groupe français aujourd’hui concentré sur le nucléaire mais qui fut chercheur d’or au siècle dernier sous le nom de Cogema puis d’Areva.