En Afrique, un nouveau Mandela pour lutter contre la pauvreté ?
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par Edmund Blair et Drazen Jorgic
NAIROBI (Reuters) - Endeuillés par la mort de celui qui avait su surmonter les divisions raciales de l'Afrique du Sud, de nombreux Africains espèrent que leur classe dirigeante trouvera en Nelson Mandela l'inspiration pour surmonter un autre fossé : celui des inégalités croissantes entre riches et pauvres.
"On a besoin d'un nouveau Mandela pour combattre au nom des pauvres", dit Thomas Kozzih, 30 ans, animateur social à Kibera, le grand bidonville de Nairobi dont les cabanes en tôle ondulée jouxtent de nouveaux programmes immobiliers de grand standing, comme un reflet de la croissance inégale de l'Afrique.
"Il nous faut une personne qui ne soit pas accroché à ses propres richesses, une personne normale. Les pauvres sont marginalisés", ajoute-t-il, se faisant l'écho des sentiments éprouvés par de nombreux Africains face au décalage des richesses entre les dirigeants et l'immense majorité des peuples.
En Afrique du Sud, Nelson Mandela a accompli ce que l'on pensait impossible après sa libération de prison, en 1990 : édifier une démocratie "arc-en-ciel" loin d'être parfaite mais qui a échappé aux violences ethniques.
Vingt ans après son élection à la présidence pour un seul et unique mandat, en 1994, certains lui reprochent d'avoir accepté un accord tacite donnant à la majorité noire la prédominance politique mais laissant à la minorité blanche les manettes de l'économie et des grandes entreprises.
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"Si je dois trouver un domaine dans lequel Mandela ne m'a pas tant impressionné que cela, c'est son incapacité à aider les Noirs à accéder à un bon niveau de vie", dit Joel Tugume, 28 ans, qui gère un café internet à Kampala, la capitale de l'Ouganda.
"Il a permis aux Blancs de conserver le contrôle de l'économie, et ça entretiendra à jamais l'énorme écart économique qu'on voit entre les Noirs et les Blancs en Afrique du Sud", poursuit-il. "Je pense qu'il aurait pu faire bien plus pour l'émancipation économique des Noirs."
ESSOR AFRICAIN ?
L'Afrique sub-saharienne a considérablement changé depuis que Nelson Mandela a quitté sa cellule de prison, à l'âge de 71 ans, le 11 février 1990.
Guerre, famine et corruption, si elles sont toujours présentes comme le montre aujourd'hui la Centrafrique, ne résument plus à elles seules l'actualité africaine et sont concurrencées par le thème porteur d'un "essor africain", avec des pays qui connaissent des taux de croissance annuelle de l'ordre de 6, 7 ou 8% et dont les marchés sont observés avec gourmandise par les nations industrialisées.
Et si les dirigeants élus sont bien rares à suivre l'exemple de Mandela, qui avait promis de ne présider l'Afrique du Sud que le temps d'un seul mandat et a respecté cet engagement, la démocratie elle aussi a progressé.
Mais Catherine Ochieng, une enseignante kényane de 32 ans, en est certaine : "Personne ne reprendra le flambeau de Mandela. Des dictateurs avides de pouvoir vont tuer le rêve africain", dit-elle.
En Guinée-Equatoriale, en Angola, au Zimbabwe et au Cameroun, les présidents sont en place depuis au moins trente ans. Dans une demi-douzaine d'autres pays, dont l'Ouganda, le Soudan, le Tchad ou le Burkina Faso, on en est à vingt ans ou plus de pouvoir sans discontinuer.
En République démocratique du Congo, au Gabon et au Kenya, les présidents actuels sont les fils d'anciens présidents.
"Ce qui me fait de la peine, c'est que les Africains n'ont rien appris de la lutte menée par Nelson Mandela. Regardez par exemple nos dirigeants. Ils considèrent le pouvoir non pas comme une charge à céder, mais à transmettre à leur descendance", déplore Moussa Diabaté, un chauffeur ivoirien.
Avec Alain Amontchi à Abidjan, Elias Biryabarema à Kampala et Hezron Ochiel à Nairobi, Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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