Famille et politiques se disputent la "marque" Mandela
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par Peroshni Govender et David Dolan
JOHANNESBURG (Reuters) - Des affiches politiques aux étiquettes de bouteilles de vin et aux tabliers de cuisine, le visage bienveillant de Nelson Mandela est omniprésent en Afrique du Sud, où le "père de la nation arc-en-ciel" est de longue date la "marque" politique et commerciale la plus puissante du pays.
Avec sa mort, jeudi à l'âge de 95 ans, la bataille pour le contrôle de son héritage qui oppose les membres de sa famille et les dirigeants de son parti, le Congrès national africain, ne peut que s'intensifier.
Aux yeux de l'ANC, la force de Mandela, son statut d'icône de la lutte contre l'apartheid et de figure incorruptible sont une garantie de succès électoraux pour les années à venir.
"Mandela appartient d'abord à l'ANC et ensuite au pays tout entier", déclarait il y a quelques mois Jackson Mthembu, le porte-parole du parti, dans les colonnes du Sunday Times.
Aux yeux de certains membres de sa famille, le nom et l'image de "Madiba" sont devenus une arme de commercialisation massive.
Le Nelson Mandela Centre of Memory, gardien officiel de son nom, vend des vêtements sous la griffe "46664", le numéro de matricule du prisonnier Mandela lors de ses 27 années de détention. Créée à l'origine en 2002 dans le cadre de la lutte contre le sida, la marque "46664" se retrouve également sur des bracelets et des téléphones portables.
Sa fille aînée, Makaziwe, et l'une de ses propres filles ont lancé une gamme de vins commercialisés sous le nom "House of Mandela".
Certains de ses petits-enfants, au mépris de ce que lui-même souhaitait, vendent des casquettes et des tee-shirts à son effigie sous la marque "Long Walk to Freedom", le titre de son autobiographie ("Un long chemin vers la liberté", pour sa version française).
Aux Etats-Unis, deux de ses descendants sont même les personnages centraux d'une émission de téléréalité, "Being Mandela", largement décriée par les critiques.
LA "MAGIE DE MANDELA", UN ENJEU ÉLECTORAL
La force de la "marque" Mandela vient de sa capacité à unifier les Sud-Africains dans un pays aussi divisé, explique Doug de Villiers, directeur pour l'Afrique de l'agence de marketing Interbrand. "Voir son visage partout renvoie à une notion de réconfort. C'est un homme que tout le monde aime et respecte."
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Le droit sud-africain de la propriété intellectuelle favorise cette tendance : c'est le créateur d'un objet ou d'un vêtement, et non la personnalité choisie en motif de décoration, qui détient les droits.
Entre la sphère familiale et la sphère politique, les frictions ont débuté avant même sa mort.
En avril, le clan Mandela n'a pas du tout apprécié que le président Jacob Zuma se rende au chevet du patriarche et fasse diffuser des images de sa visite sur lesquelles "Madiba" apparaissait considérablement affaibli, le visage figé, le regard ailleurs.
Initiative "indigne et de mauvais goût", avait jugé Makaziwe tandis que des commentateurs accusaient le président Zuma d'avoir cherché à se refaire une image positive dans l'opinion en s'affichant au côté du patriarche.
Tout au long de sa vie publique, la réputation de Nelson Mandela n'a jamais été entachée d'allégations de corruption qui ont touché certains membres de son cercle de proches et d'intimes.
Même l'Alliance démocratique, le parti d'opposition encore considéré par certains comme le parti des privilégiés blancs, s'est servi de son portrait en campagne électorale, suscitant l'indignation de l'ANC.
A l'approche des élections générales de l'année prochaine, il y a fort à parier que les deux partis vont s'ingénier à attirer sur eux-mêmes une partie de la "Magie de Mandela".
"On pourrait bien assister au spectacle sordide de partis politiques concurrents faisant de Mandela un outil de propagande", prévient Aubrey Matshiqi, politologue à la Helen Suzman Foundation.
"Le transformer en une marchandise politique dont ils pourraient tirer profit sera la pire des insultes, surtout si ces partis lient son héritage à leurs promesses mensongères visant à séduire l'électorat", ajoute-t-il.
Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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