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L'Ukraine face au poids de son histoire

reuters.com

Publié le 06 décembre 2013 à 17:50 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 14:54

L'Ukraine face au poids de son histoire

L'Ukraine face au poids de son histoire

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par Gareth Jones et Thomas Grove

DONETSK/LVIV, Ukraine (Reuters) - Le drame politique qui se joue en Ukraine a Kiev pour scène principale mais son scénario s'est écrit le long des frontières du pays.

Si la capitale convulse au rythme des manifestations, les tensions Est-Ouest qui tiraillent l'Ukraine sont plus franchement perceptibles à Donetsk et à Lviv, deux villes distantes d'un millier de kilomètres que l'Histoire, et aussi la vision de l'avenir, séparent au moins autant que la géographie.

Dans la première, les manifestations contre Viktor Ianoukovitch sont perçues comme une menace contre le pays. Dans la seconde, on considère que le mouvement de contestation relève de l'instinct de préservation après la volte-face du président ukrainien au sujet d'un rapprochement avec l'Union européenne, abandonné au profit d'une relance des relations avec Moscou.

"Ces manifestations sont une honte", s'indigne Viktor Tchernov, mécanicien dans une aciérie de Donetsk, ville industrielle proche de la frontière avec la Russie. "Si elles continuent encore deux semaines, les retraites et les salaires ne seront pas versés, toute l'économie va s'effondrer."

Cette anxiété teintée de mépris à l'égard des contestataires est largement partagée à Donetsk, fief électoral de Viktor Ianoukovitch dans cette région du Donbass étroitement liée à la Russie culturellement, linguistiquement et économiquement.

FOSSÉ

Le contraste est saisissant avec Lviv, à une soixantaine de kilomètres de la frontière avec la Pologne et l'Union européenne. Elu au parlement régional, Andriy Kornat passe ses journées à envoyer des hommes à Kiev pour participer aux rassemblements contre le pouvoir.

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Environ 7.000 personnes ont effectué le déplacement au cours de la semaine écoulée, dit-il, essentiellement des hommes de plus de 21 ans avec une expérience militaire. La place centrale de Lviv est ornée de toiles blanches portant le voeu de nombre d'habitants: "Noël sans Ianoukovitch".

Andriy Kornat insiste sur les différences entre l'est russophone de l'Ukraine et l'ouest, dont une grande partie faisait partie de l'empire austro-hongrois jusqu'à son démantèlement à l'issue de la Première Guerre mondiale.

"Nous avons une mentalité totalement différente", dit-il. "Nous faisions partie de l'empire des Habsbourg. A l'Est, nous avons toujours eu les Russes. Nous avons toujours senti leur pression mais maintenant, c'en est arrivé au point où nous devons lutter pour notre préservation."

A travers le pays, on peut entendre régulièrement "Nous sommes tous Ukrainiens". Les manifestants à Kiev ont scandé cette semaine: "Est et Ouest ensemble".

Pourtant, le fossé dans la perception de l'avenir de l'Ukraine n'a cessé de se creuser depuis la "révolution orange" de l'hiver 2004-2005 qui, pour la première fois depuis l'indépendance vis-à-vis de l'Union soviétique en 1991, a marqué un virage vers l'Ouest. Ses adversaires avaient alors obtenu l'invalidation de l'élection de Viktor Ianoukovitch, qui parviendra finalement à la présidence en 2010.

Dans l'est du pays, soumis à l'empire russe pendant des siècles, Moscou est perçu comme une source de stabilité. Dans l'ouest, les Russes sont souvent considérés comme des impérialistes ayant opprimé le pays du temps de l'Union soviétique.

DRAPEAU EUROPÉEN

"Il faut faire une pause maintenant et rechercher un compromis qui équilibre nos liens avec l'Europe et avec la Russie", dit Tatiana Orekhova, professeur d'économie à l'université de Donetsk. "Nous avons besoin des deux marchés et les slogans des manifestants n'apportent aucune réponse."

La région du Donbass, qui fournit environ 20% de la production industrielle et des exportations de l'Ukraine, a vendu pour 3,1 milliards de dollars de biens aussi bien à l'Europe qu'à la Russie en 2012.

"Historiquement, cette région est russe. Les frontières nationales tracées par les bolchéviques après la création de l'Union soviétique sont complètement artificielles", dit Lioudmila Gordeïeva, responsable d'une organisation représentant les Russes d'Ukraine.

A Lviv, dont l'architecture baroque et néo-classique contraste avec le style soviétique de Kiev et donne à la ville des allures de capitale d'Europe centrale, certains habitants invoquent l'Histoire pour justifier leurs revendications.

"La différence entre nous et le reste de l'Ukraine, c'est que nous, nous savions que les Soviétiques nous mentaient, de la même manière que ce gouvernement de bandits nous ment aujourd'hui", dit Slavik Khouchtchik, retraité de 53 ans, qui affirme que son grand-père a combattu avec les nationalistes contre les Soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale.

Le drapeau de l'UE flotte à la fenêtre du bureau du maire. Ce dernier, Andriy Sadovyy, l'a installé peu avant le revirement de Viktor Ianoukovitch.

"On a des histoires différentes mais nous restons des Ukrainiens", dit-il. "Nous sommes (...) l'un des pays les plus jeunes du monde et nous traversons une période très difficile."

Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser

reuters.com

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