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Déploiement français à Bangui, qui compte ses morts

reuters.com

Publié le 06 décembre 2013 à 18:31 - Mis à jour le 07 décembre 2013 à 11:20

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par Emmanuel Braun et Paul-Marin Ngoupana

BANGUI (Reuters) - Les forces françaises de l'opération Sangaris se sont déployées vendredi en République centrafricaine pour tenter de mettre fin aux violences entre milices chrétiennes et musulmanes qui ont déjà fait plusieurs centaines de morts.

La Croix-Rouge a indiqué vendredi soir avoir collecté 281 corps après deux jours de violences à Bangui entre musulmans de la Séléka, au pouvoir depuis le coup d'Etat de mars contre le président d'alors, François Bozizé, et les milices chrétiennes "anti-balaka". Mais le bilan sera certainement beaucoup plus élevé, prévient l'organisation humanitaire.

La France a estimé qu'il était de son devoir d'intervenir, mais à Paris, le président François Hollande a appelé vendredi ses homologues africains rassemblés pour le sommet Afrique-France à créer leur propre force d'action rapide pour assurer eux-mêmes leur sécurité à l'avenir.

En attendant, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, a confirmé que l'objectif était de doubler dans les tout prochains jours les effectifs français, qui étaient jeudi d'un peu plus de 650 hommes à Bangui.

Cet objectif devrait être atteint "d'ici demain soir ou au plus tard dimanche matin", a précisé vendredi soir le colonel Gilles Jarron, porte-parole de l'état-major des armées.

Outre la compagnie de quelque 150 parachutistes déjà sur place, le dispositif va être complété par 200 hommes prépositionnés au Cameroun, équipés de véhicules blindés légers (VBL) et de VAB (véhicules de l'avant blindés), et avec 200 à 300 soldats qui devraient venir de France.

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L'opération "Sangaris", du nom d'un papillon rouge local, vise à rétablir une sécurité minimale afin de permettre le retour des organisations humanitaires et le rétablissement de structures étatiques de base.

PILLAGES ET EXÉCUTIONS

Les forces françaises ont tué jeudi matin quatre "individus armés" et en ont blessé six autres qui avaient ouvert le feu et tiré une roquette RPG qui n'a pas explosé sur leurs positions près de l'aéroport de Bangui, a indiqué l'état-major des armées.

Vendredi, deux Rafale ont survolé la ville le matin puis dans l'après-midi "pour montrer notre présence et montrer à toute personne qui serait tentée de tirer sur nous que nous n'hésiterions pas à engager des moyens lourds pour riposter et que nous n'aurions aucun état d'âme", a dit le colonel Jarron.

Les rues de Bangui, sillonnées par quelques véhicules de transport de troupes français et des hommes de la Séléka, étaient globalement calmes vendredi.

Joanna Mariner, membre d'une équipe d'Amnesty International à Bangui, a toutefois fait état de pillages et d'exécutions vendredi dans le troisième arrondissement. "Les Français patrouillent sur les axes principaux, mais la ville n'est pas encore sûre", a-t-elle déclaré.

Selon un habitant du quartier de PK12, des hommes de la Séléka, qui sont pour la plupart musulmans, vont de maison en maison et procèdent à des exécutions sommaires.

"Ils pillent et ils tuent des gens. Ils appellent tout le monde des anti-balaka", a-t-il rapporté, à propos des milices chrétiennes d'autodéfense alliées au camp de François Bozizé.

RISQUE DE MASSACRE DANS LE NORD

Des affrontements sont également signalés à Bossangoa, dans le Nord, où un membre du personnel humanitaire parle d'une trentaine de morts.

"Les Sélékas sont en train de brûler tout le quartier. Il y a un risque qu'ils commettent un massacre", a averti un prêtre de la mission locale nommé Dieudonné Yanfeibona.

Un membre de la force africaine de stabilisation de la Centrafrique (Misca) à laquelle les forces françaises doivent passer le relais à terme, a par ailleurs été tué en tentant de protéger des civils, selon son état-major.

Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian ont insisté sur la volonté de la France de limiter son intervention à une période de six mois. Un délai jugé trop court par le Premier ministre de la République centrafricaine.

"J'attends beaucoup de l'intervention de l'armée française", a déclaré sur RTL Nicolas Tiangaye, de passage à Paris pour le sommet consacré à la paix et la sécurité en Afrique.

"Six mois, ça me semble un peu court", a-t-il ajouté. "Si l'armée française arrive à régler les problèmes dans les six mois, tant mieux. Mais mon souhait est qu'elle reste pendant une année pour permettre de résorber toutes ces difficultés."

Londres a apporté sa première contribution à l'intervention en Centrafrique en fournissant un avion de transport militaire C17 qui a acheminé vendredi en fin de journée des VBL et des VAB, a souligné le colonel Jarron.

Il s'agissait du premier des trois vols prévus par la Royal Air Force en décembre, a précisé le secrétaire au Foreign Office, William Hague, dans un communiqué.

Berlin envisage également de fournir une aide logistique via cinq Airbus A310 destinés au transport de personnes, a déclaré le porte-parole du ministère allemand de la Défense.

Avec Emmanuel Jarry et John Irish à Paris, Jean-Philippe Lefief et Tangi Salaün pour le service français, édité par Danielle Rouquié

reuters.com

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