Le gouvernement irlandais engage la bataille de l'après-sauvetage
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par Conor Humphries
DUBLIN (Reuters) - Le gouvernement irlandais, qui sortira officiellement dimanche du plan d'aide de l'Union européenne et du FMI, est parvenu à persuader les marchés que trois années d'austérité ont porté leurs fruits.
Reste le plus difficile: convaincre les Irlandais eux-mêmes.
Ces derniers ont dû se plier à l'austérité et ont fait savoir leur mécontentement au Premier ministre, Enda Kenny, dans les sondages. Des élections législatives sont prévues dans les deux ans, et le gouvernement risque de se sentir obligé de forcer sur la dépense publique.
Le parti de la coalition au pouvoir qui a le plus souffert est le Labour. Il a perdu la moitié de ses soutiens dont beaucoup se sont précipités dans les bras des populistes du Sinn Fein. L'ex-vitrine politique du l'Armée républicaine irlandaise (Ira), qui était à 10% lors des dernières élections, a doublé son score pour passer à 20% des intentions de vote.
Le parti du Premier ministre, le Fine Gael (centre droit d'inspiration démocrate-chrétienne), s'en est mieux sorti que le Labour, à la fois grâce à la personnalité affable du chef du gouvernement et à sa décision de faire du non relèvement du taux d'imposition une ligne rouge budgétaire.
En conséquence, le Fine Gael a traversé relativement bien les trois dernières années.
DEUX CONDITIONS
Mais avec un taux d'opinions favorables tombé de 36% aux élections de 2010 à 29% selon la moyenne des trois derniers sondages, le parti, pour se maintenir au pouvoir, devra bénéficier de deux conditions : que la reprise économique en cours ne soit pas un feu de paille et que les Travaillistes remontent.
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Le chef du Labour, Eamon Gilmore, n'a pas tardé à s'emparer de l'amélioration de la conjoncture -un chômage tombé à moins de 13% de la population active et des prix immobiliers en hausse de 15% sur un an à Dublin- pour demander un allègement de la fiscalité. Le Labour aura fort à faire pour convaincre sa base.
"Je ne voterai plus pour aucun des deux. Ils sont trop durs pour le porte-monnaie", dit Mick O'Donnell, 54 ans. Ce gardien a voté à la fois pour le Labour et pour le Fine Gael dans le cadre du système de liste irlandais.
"Si l'économie se redresse, si les gens ont plus d'argent en poche, alors ce sera le bon temps. Mais avant de voir ça...", ajoute ce père de trois enfants.
Sur la demi-douzaine d'électeurs travaillistes qui sont passés voir Mick O'Donnell, aucun n'a l'intention de voter pour eux à nouveau.
Aucun non plus n'a choisi le parti pour qui il votera aux prochaines élections. Ils représentent les 30% d'indécis qui ressortent des derniers sondages.
DANS LA MAIN DES DIEUX
Autre facteur d'incertitude: la personnalité même du chef du Sinn Fein, Gerry Adams, rendra difficile la formation d'une coalition entre le Fine Gael et ce parti.
Gerry Adams, 65 ans, nie avoir jamais été membre de l'Ira. Enda Kenny a à plusieurs reprises remis en question cette affirmation la semaine dernière au Parlement irlandais.
Il serait de même très difficile pour le Fine Gael de gouverner avec le Fianna Fail, crédité de 23% des intentions de vote dans les sondages et apparemment très favorable à l'augmentation des dépenses publiques.
Le Fine Gael a dit à plusieurs reprises qu'il ne mettrait pas en péril l'objectif de ramener le déficit budgétaire de l'Irlande à 3% du PIB en 2015 (7% cette année) et qu'il ne suivrait pas l'exemple du Fianna Fail, qui avait augmenté les dépenses publiques de 10% chacune des deux années avant sa dernière victoire électorale en 2007.
Malgré les gages de rigueur donnés verbalement par les ministres du gouvernement Kenny, certains signes montrent déjà que les réductions de dépenses et les hausses d'impôts dans le budget 2014 seront moins fortes que prévu.
Il faudra trouver un équilibre entre la nécessité de desserrer l'étau de l'austérité et le souci de ne pas trop faire remonter les coûts d'emprunt de l'Etat irlandais sur les marchés obligataires en desserrant par trop les cordons de la bourse.
"Cela va être un test très important pour le Fine Gael dans les mois à venir", note Lucinda Creighton, qui a démissionné de son poste de ministre des Affaires européennes en juillet dernier en raison d'un désaccord sur l'avortement.
"Le sort du gouvernement est vraiment dans la main des dieux, ou plutôt dans la main de la tendance économique mondiale", confirme Adrian Kavanagh, maître-assistant à l'université de Maynooth.
"Si on retombait en récession (...), alors, honnêtement, ce que le gouvernement fera n'aura pas beaucoup d'importance."
Danielle Rouquié pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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