La répression contre les Frères musulmans s'accentue en Egypte
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par Shadia Nasralla et Tom Perry
LE CAIRE (Reuters) - Au lendemain de leur classement par le gouvernement parmi les "organisations terroristes", les Frères musulmans égyptiens ont subi jeudi 38 arrestations dans les rangs de leurs partisans.
Le général Abdel Fattah Sissi, le chef d'état-major de l'armée qui a destitué le 3 juillet le président islamiste élu Mohamed Morsi, a déclaré que le pays resterait "inébranlable" face au terrorisme.
Ces arrestations ont eu lieu pour 16 d'entre elles dans la province de Charkiya, dans le delta du Nil, précise l'agence de presse officielle Mena qui évoque des soupçons de "promotion de l'idéologie de la confrérie islamiste par la distribution de tracts et d'incitation à la violence contre l'armée et la police".
Mercredi, le gouvernement avait qualifié les Frères musulmans de groupe terroriste à la suite de l'attentat suicide de la veille contre un QG de la police à Mansoura, dans le delta du Nil. Les Frères avaient pourtant condamné l'attaque, qui a fait 16 morts.
A la télévision publique, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Hany Abdel Latif, a prévenu que quiconque participerait à des manifestations à l'appel de la confrérie serait passible d'une peine de cinq ans de prison. "Ceux qui dirigent cette organisation pourraient être condamnés à mort", a-t-il ajouté.
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Jeudi matin, cinq personnes ont été blessées dans une explosion près d'un bus à Nasr City, un quartier du Caire. Un second engin de fabrication artisanale a pu être désamorcé par la suite dans le même secteur.
Mena rapporte que les forces de sécurité ont également désamorcé une bombe placée devant un complexe de la police dans la province de Kafr el Cheikh.
Le gouvernement n'a pas fourni les preuves de l'implication des Frères dans l'attentat de Mansoura revendiqué en revanche par un groupe islamiste radical, les Partisans de Jérusalem, qui opère au Sinaï.
Ce mouvement a déjà revendiqué d'autres attaques, dont une tentative de meurtre ratée du ministre de l'Intérieur en septembre au Caire.
"SEMAINE DE LA COLÈRE"
Les alliés islamistes de la confrérie ont, pour leur part, juré de poursuivre leurs manifestations contre l'armée. "Les putschistes sont eux-mêmes une organisation terroriste. Les Frères musulmans sont des patriotes épris de paix", ont-ils dit dans un communiqué.
La décision annoncée mercredi soir par le gouvernement marque une escalade dans sa campagne lancée pour éliminer le courant islamiste qui a hissé Mohamed Morsi à la présidence il y a 18 mois. Depuis sa déposition cet été, la confrérie a repris le chemin de la clandestinité.
Dans les semaines qui suivirent, les forces de l'ordre ont tué des centaines de partisans de Morsi lors du démantèlement de campements de sympathisants. Des milliers d'autres ont été arrêtés, dont la plupart des hauts cadres du mouvement.
Bien que les Frères musulmans, fondés en 1928 par Hassan al Banna à Ismaïlia, aient été interdits par le pouvoir pour la plus grande partie de leur existence, c'est la première fois qu'ils sont rangés dans la catégorie "organisation terroriste".
La semaine dernière, le ministère public a demandé que Morsi et ses alliés comparaissent notamment pour terrorisme, une charge passible de la peine de mort.
L'Alliance nationale de soutien à la légitimité, une coalition proMorsi, a réagi en appelant à une "semaine de la colère".
Et le gouvernement a fait savoir que l'inculpation de terrorisme pourrait viser quiconque serait soupçonné de financer ou de promouvoir la confrérie, "que ce soit oralement ou par écrit". En conséquence, la publication des Frères, "Liberté et justice", a été suspendue.
Le ministère de l'Intérieur a annoncé que la police secrète, des unités de combat et des brigades de déminage seraient déployés devant les bureaux de vote pour le référendum de janvier sur le projet de nouvelle Constitution.
Les mesures de sécurité seront aussi renforcées aux abords des églises en prévision du Noël copte qui tombe cette année le 7 janvier.
Enfin, le ministère de l'Intérieur a ouvert trois "numéros verts" permettant aux citoyens de signaler à la police toutes activités terroristes suspectes, y compris venant des Frères.
Jean-Loup Fiévet pour le service français
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