Un député sunnite arrêté lors d'un violent raid en Irak
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par Kamal Namaa
RAMADI, Irak (Reuters) - Les forces de sécurité irakiennes ont arrêté samedi à Ramadi, dans la province d'Anbar, un député sunnite de premier plan, Ahmed al Alouani, lors d'une opération qui a coûté la vie à au moins cinq personnes, a-t-on appris de sources proches de la police.
L'arrestation du parlementaire et la fusillade survenue au cours de l'opération à son domicile risquent de déclencher de nouvelles violences à travers Anbar, province de l'Ouest irakien peuplée majoritairement de sunnites.
Ahmed al Alouani appartient au bloc Irakiya, mouvement laïque à dominante sunnite. Ouvertement hostile au Premier ministre chiite Nouri al Maliki, Ahmed al Alouani est l'une des figures de proue du mouvement de manifestations organisé par les sunnites, minoritaires dans le pays mais qui s'estiment victimes de discriminations de la part des chiites.
Lorsque les policiers se sont présentés à la résidence du député, dans la ville de Ramadi, une fusillade a éclaté, qui a duré deux heures. Les gardes du corps, mais aussi des membres de la tribu d'Alouani, ont tenté de résister aux forces de l'ordre venues arrêter l'élu pour "terrorisme".
Trois des gardes du corps ont été tués, ainsi qu'un frère et une soeur d'Ahmed al Alouani, a-t-on déclaré de sources proches de la police.
"Des militaires et des membres des forces spéciales de la police essayaient d'arrêter Alouani à son domicile, quand de violents affrontements ont éclaté. Cinq corps, dont celui d'une femme, ont été conduits à l'hôpital de Falloudja", a précisé l'une de ces sources.
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Aucun membre de la famille Alouani n'a pu être contacté pour l'instant pour exposer sa version des événements.
Pour le président du Parlement irakien, le sunnite Oussama al Noudjaïfi, l'opération des forces de sécurité est une "violation évidente" de la Constitution irakienne et constitue un "précédent dangereux".
LES VIOLENCES A UN PIC DEPUIS 2006-2007
Le général Ali Ghaïdan, commandant de l'armée de terre, a déclaré à la télévision publique que les forces de sécurité avaient tenté également d'arrêter le frère d'Alouani, Ali, qu'il a accusé d'avoir joué un rôle dans des attaques où ont péri des soldats irakiens dans la province d'Anbar.
Ali a été tué dans la fusillade, de même qu'un soldat irakien, et deux gardes du corps ont été blessés, selon le général Ghaïdan.
"Nous avons bien traité Ahmed al Alouani. Nous lui avons signifié que nous avions un mandat d'arrestation, et l'avons appréhendé", a-t-il dit.
Les violences atteignent cette année un pic en Irak depuis la période 2006-2007, durant laquelle des dizaines de milliers de personnes avaient été tuées dans les combats entre sunnites et chiites.
Les attentats à la bombe, les fusillades et les attentats suicide, commis dans nombre de cas par des activistes d'Al Qaïda, sont redevenus monnaie courante en Irak. La fusillade de samedi à Ramadi risque fort de réduire à néant les efforts du Premier ministre pour en finir avec les manifestations sunnites à Anbar à l'approche des élections législatives d'avril prochain.
Influent dignitaire sunnite, le cheikh Abdoul Malik al Saadi a jugé que cette opération illustrait la "marginalisation et les abus" commis contre les sunnites par les autorités. Il a appelé dans un communiqué "les sunnites, les manifestants et les fils de Ramadi à insister sur leurs revendications".
Le conseil provincial d'Anbar s'est réuni en séance extraordinaire et a exigé la libération d'Ahmed al Alouani ainsi qu'une enquête sur les circonstances de la mort de son frère, selon une copie d'un communiqué consultée par Reuters.
Les autorités irakiennes ont imposé un couvre-feu dans la province d'Anbar après cette opération, a-t-on appris de sources proches des services de sécurité. Un convoi de chars, de véhicules blindés et de Humvees a commencé à arriver à Ramadi dans l'après-midi.
Par la suite, un couvre-feu a aussi été imposé dans la province voisine de Salahouddine.
En septembre 2012, le vice-président Tarek al Hachémi, l'une des plus hautes personnalités politiques sunnites, a été condamné à mort par contumace pour des meurtres commis par des escadrons de la mort. Hachémi, qui dément les accusations, s'est enfui en Turquie.
Les gardes du corps du ministre des Finances Rafie al Essaoui ont quant à eux été arrêtés en décembre 2012, déclenchant la vague de manifestations sunnites en cours.
Un raid contre un camp de manifestants en avril dernier à Haouidja, dans le nord de l'Irak, a déclenché des affrontements qui ont fait plus de 40 morts.
Kamal Namaa, Jean-Philippe Lefief, Eric Faye et Bertrand Boucey pour le service français
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