Vague d'enlèvements et de disparitions dans l'est de l'Ukraine
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Vague d'enlèvements et de disparitions dans l'est de l'Ukraine
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par Thomas Grove
SLAVIANSK Ukraine (Reuters) - Chaque soir, Antonina Soukhonos lève les yeux vers le siège de l'administration municipale de Slaviansk, contrôlé par des militants pro-russes, en demandant à voix haute ce qu'est devenu son fils Vadim, retenu prisonnier depuis le 22 avril.
"Puisque je ne peux pas le récupérer, je veux savoir pourquoi ils l'ont arrêté", dit-elle, les yeux tournés vers le bâtiment de verre et d'acier.
Comme Vadim, une douzaine d'Ukrainiens au moins ont disparu ou sont tombés sous les balles des séparatistes qui se sont emparés d'une bonne part de l'est du pays.
A Slaviansk, une place forte de ces militants, le maire autoproclamé Viatcheslav Ponomariov explique que ses hommes n'avaient pas d'autre choix que d'arrêter les partisans de la "junte fasciste" désormais au pouvoir à Kiev.
Vadim Soukhonos, qui était conseiller municipal, a été interpellé parce qu'il était en contact avec les adversaires des militants pro-russes, poursuit-il.
"Il est sous notre surveillance. Il ne lui est rien arrivé. Il est nourri et vêtu", assure Ponomariov.
Des hommes aux yeux bandés ou aux mains liées entrent et sortent régulièrement sous bonne escorte du siège de l'administration.
"Nous devons nous assurer que ces gens ne sont pas une menace", poursuit le "maire", s'efforçant de faire passer le coup de filet pour une réponse à l'arrestation de ses propres "camarades".
Parmi eux figuraient notamment Pavel Goubarev, chef de file des militants pro-russes à Donetsk, que Kiev a échangé la semaine dernière contre trois membres des services de sécurité.
Certains parlent d'une quarantaine d'arrestations dans l'est de l'Ukraine. Les séparatistes seraient donc plus actifs que leurs adversaires.
CORPS MUTILÉS
En avril, une équipe d'observateurs militaires de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a été détenue plus d'une semaine à Slaviansk avant que l'émissaire russe Vladimir Loukine n'obtienne leur libération.
Des journalistes occidentaux ont également été arrêtés, mais leurs collègues ukrainiens font l'objet d'une surveillance encore plus étroite. Le Comité pour la protection des journalistes, un organisme américain, a ainsi signalé la disparition de Serhiy Lefter, de Iouri Leliavski et de Sergueï Chapoval.
Artiom Deineha, un informaticien qui a diffusé en direct sur internet la prise du siège de l'administration locale, le 12 avril, a connu le même sort, selon le journaliste Simon Ostrovski, lui-même détenu pendant trois jours.
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Denis Hrichtchouk et Pavel Iourov, deux natifs de l'Est ukrainien, le sont toujours, d'après leurs proches, et les corps mutilés de trois autres personnes ont été découverts dans une rivière.
Galina Kovaltchouk se présente tous les jours devant le siège des services de sécurité pour tenter d'obtenir des nouvelles de son fils Vitali, un culturiste de Kiev, qui a disparu le 17 avril à Slaviansk. Il est réapparu plusieurs jours plus tard avec un oeil au beurre noir sur des images de télévision. Ses parents ont depuis loué un appartement sur place pour accroître leurs chances d'obtenir sa libération.
Selon Simon Ostrovski, reporter du site Vice News, tous ceux qu'il a croisés pendant sa détention dans les sous-sols occupés du SBU, les services de sécurité, avaient visiblement été frappés.
"Nous étions huit par pièce et on nous donnait des manteaux en guise de matelas", a-t-il raconté, joint par téléphone.
Pour les miliciens pro-russes, la traque de "l'ennemi" n'est visiblement pas finie. Conduit hors du quartier général des services de sécurité, un homme aux yeux bandés à l'aide d'une serviette et de ruban adhésif est ensuite remis en liberté.
"J'ai été embarqué alors que je faisais du porte-à-porte pour vendre des fenêtres", explique-t-il. "Je suppose qu'ils voulaient s'assurer que je ne faisais rien de mal."
(Jean-Philippe Lefief pour le service français)
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