Le Japon veut revoir les limites imposées à sa capacité militaire
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par Linda Sieg et Kiyoshi Takenaka
TOKYO (Reuters) - Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a prôné jeudi l'ouverture d'une réflexion sur les limites imposées au Japon en matière de sécurité militaire et sur la possibilité pour son pays de déployer des troupes à l'étranger dans le cadre d'une coopération armée avec une puissance alliée.
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite de l'empire nippon, l'interprétation faite de la Constitution japonaise de 1947 veut que Tokyo ne dispose pas de cette latitude militaire et ne soit autorisé à se défendre qu'avec le minimum de moyens nécessaires.
Une levée de ces restrictions, vieilles de près de 70 ans, serait accueillie favorablement par les Etats-Unis mais elle provoquerait à coup sûr les critiques de la Chine qui ne manque jamais une occasion de rappeler le passé expansionniste et militariste du Japon dont elle a eu à souffrir.
"Le Japon suit la voie d'un pays pacifique depuis près de 70 ans, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale", a déclaré Shinzo Abe lors d'une allocution à la télévision.
"Cette voie ne va pas changer. Mais nous ne pouvons pas protéger notre existence pacifique simplement en répétant que nous sommes un pays pacifique", a-t-il ajouté.
"Notre mode de vie pacifique peut être brusquement confronté à une crise. Personne ne peut prédire l'avenir", a-t-il poursuivi. "Je pense que le gouvernement doit se confronter à cette réalité. Il est nécessaire de renforcer notre coopération avec d'autres pays afin de pouvoir sans heurt faire face à toute situation et protéger notre mode de vie pacifique."
Pour justifier cette révision, le conservateur Shinzo Abe fait valoir la menace nucléaire posée par la Corée du Nord mais aussi l'affirmation militaire sans cesse croissante de la Chine, notamment au travers de ses revendications sur certaines zones maritimes.
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"VOIE NÉGATIVE"
Shinzo Abe estime que le Japon doit renforcer sa capacité de réaction lors d'incidents se produisant dans ce qu'il qualifie de "zone grise", des contentieux de faible intensité qui ne débouchent pas sur une opération de grande ampleur.
Le Premier ministre se référait directement au différend qui oppose Tokyo et Pékin à propos des îles Senkaku-Diaoyu en mer de Chine orientale.
Dans un rapport remis à Shinzo Abe, plusieurs conseillers plaident pour des changements en matière de défense nationale afin d'élargir le périmètre de compétence de l'armée nippone.
En revanche, ils font valoir qu'une participation à des opérations de combat à l'étranger enfreindrait les limites imposées par l'article 9 de la Loi fondamentale fixant les contours du pacifisme japonais.
La Constitution nippone n'a jamais été révisée depuis son adoption mais les gouvernements successifs n'ont fait qu'en élargir l'interprétation. Stricto sensu, le texte rédigé sous l'égide des Américains exclut la possibilité pour le Japon de disposer d'une force armée.
Depuis son entrée en fonction en 2012, Shinzo Abe fait valoir qu'une interprétation trop étroite de la Constitution reviendrait à empêcher son pays de se défendre lui-même dans un contexte sécuritaire de plus en plus tendu.
"Nous sommes parvenus à une situation dans laquelle l'actuelle interprétation de la Constitution ne nous permet plus de maintenir de manière suffisante la paix et la sécurité de notre pays ou d'assurer la paix et la prospérité de la région et de la communauté internationale", est-il écrit dans le rapport rédigé par les conseillers du Premier ministre.
Si la réflexion qu'il souhaite voir menée débouche sur la nécessité d'une nouvelle interprétation de la Loi fondamentale, Abe se dit favorable à la prise de décrets gouvernementaux ouvrant la voie à une révision des textes législatifs concernés.
"Nous constatons que le Premier ministre Abe a pris une série de mesures inédites dans les domaines militaires et sécuritaires qui nous conduisent à penser que le Japon, compte tenu de son histoire, s'est engagé dans une voie négative", a commenté Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
(Pierre Sérisier pour le service français)
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