Pas d'accord sur le gaz entre la Chine et la Russie
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par Alexei Anishchuk et John Ruwitch
SHANGHAI (Reuters) - La Chine et la Russie ont décidé de renforcer leur coopération dans le secteur de l'énergie mais ne se sont pas encore mises d'accord sur les termes d'un contrat de fourniture de gaz russe, a annoncé mardi le porte-parole de Vladimir Poutine.
Ce contrat, en négociation depuis plus de dix ans, revêt une importance nouvelle aux yeux du Kremlin qui y voit un moyen de détourner la pression qu'exercent les Occidentaux depuis le début de la crise en Ukraine.
"Des progrès considérables ont été réalisés mais il y a encore du travail à faire sur les tarifs", a déclaré Dmitri Peskov à Shanghai, où le président russe a entamé une visite de deux jours en Chine qui le mènera également à Pékin.
La Russie espère exporter à terme 38 milliards de mètres cubes par an vers la Chine.
Les négociations se sont intensifiées ces derniers mois. La semaine dernière, en visite préparatoire à Pékin, le vice-ministre russe de l'Energie, Anatoli Ianovski, estimait que l'accord gazier était "prêt à 98%".
A la veille de son arrivée en Chine, Poutine expliquait pour sa part que les discussions étaient entrées dans leur "phase finale" et insistait sur la convergence d'intérêts entre les deux pays.
"Pour la Russie, la mise en application de ces accords offrirait la possibilité de diversifier les destinations à l'exportation tandis que, pour nos partenaires chinois, il pourrait être un remède aux pénuries d'énergie et contribuer à la sécurité écologique", résumait-il, cité par l'agence officielle de presse Chine nouvelle.
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400 MILLIARDS DE DOLLARS
Des spécialistes du secteur estiment que cet accord entre Gazprom et la China National Petroleum Corp (CNPC), sur une durée de trente ans, pourrait représenter jusqu'à 400 milliards de dollars.
La partie russe y voit la possibilité de moins dépendre des commandes des marchés européens, actuellement son principal débouché. A 38 milliards de mètres cubes par an, il représenterait aussi près du quart des besoins actuels de la Chine, qui tente de freiner sa consommation de charbon.
"La visite n'est pas encore terminée. Les discussions vont se poursuivre", a précisé Dmitri Peskov à l'issue d'une première réunion entre le président Poutine et son homologue chinois Xi Jinping. "Cela peut se produire à tout moment."
Le directeur général de Gazprom, Alexei Miller, a confirmé qu'il n'y avait pas eu de rupture. "Les discussions se poursuivent sans interruption, les deux parties sont à la recherche d'un compromis", a-t-il dit dans un communiqué.
De sources proches de Gazprom et du secteur gazier, on indiquait lundi que la négociation butait sur la volonté de la compagnie russe d'obtenir de la Chine le versement immédiat d'une avance sur paiement de 25 milliards de dollars pour des premières livraisons en 2018.
Pékin serait réticent, craignant que d'autres fournisseurs ne cherchent à obtenir des conditions similaires.
Des spécialistes du dossier estiment cependant que l'accord pourrait être conclu d'ici à la fin de la visite de Poutine, mercredi à Pékin, ou avant l'ouverture du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, qui se tiendra du 22 au 24 mai et que de nombreuses entreprises occidentales ont décidé de boycotter.
"Le timing d'une signature aujourd'hui n'était pas bon. Du point de vue russe, l'événement (à Shanghai) n'aurait pas été suffisamment prestigieux pour Poutine", considère un analyste de SIA Energy en poste à Pékin.
"LA CHINE A LA MAIN"
La Chine, pour sa part, n'a pas d'urgence à conclure. "En dépit de tout ce que disent les Russes, en dépit de leur empressement, la Chine a la main dans cette négociation", souligne Gordon Kwan, directeur régional du secteur du pétrole et du gaz chez Nomura Research.
"Elle veut vraiment obtenir un rabais. Et puisqu'elle a d'autres options comme le projet au Sichuan ou le gaz naturel liquéfié d'Amérique du Nord, je pense que les Russes commettraient une erreur de ne pas conclure uniquement en raison d'un désaccord sur les prix", ajoute-t-il.
Dans leur déclaration commune, les deux pays annoncent un renforcement de leur coopération dans le secteur de l'énergie et le développement des infrastructures en Europe.
Ils appellent également à la "désescalade" dans le conflit en Ukraine en prônant une coopération régionale et politique.
Les autorités chinoises avaient jusqu'alors fait preuve d'une grande prudence en ce qui concerne l'Ukraine. La déclaration de Shanghai marque une évolution favorable à Poutine puisque les deux pays expriment leur "opposition à toute ingérence dans les affaires intérieures d'autres Etats" et aux "initiatives visant à modifier les structures constitutionnelles d'un pays tiers".
Surtout, Xi Jinping et Vladimir Poutine soulignent qu'il s'agit d'une crise "intérieure" quand la plupart des pays occidentaux de même que les autorités de Kiev considèrent que Moscou est à la manoeuvre depuis l'éviction de l'ex-président Viktor Ianoukovitch, en février.
(Avec Chen Aizhu à Pékin; Simon Carraud, Jean-Philippe Lefief et Henri-Pierre André pour le service français)
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