Des volontaires étrangers aux côtés des séparatistes de Donetsk
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par Gabriela Baczynska
DONETSK Ukraine (Reuters) - "La division de notre pays est définitive. Plus rien ne nous unit désormais." L'homme qui parle ainsi se nomme Alexander Khodakovski, un ancien commandant d'une unité des forces spéciales du SBU, le service de sécurité ukrainien, qui dirige aujourd'hui le Bataillon Vostok, un groupe armé séparatiste renforcé par plusieurs combattants étrangers.
Ses hommes, vêtus de gilets pare-balles et en tenues de camouflage dépareillées, ont pris leurs quartiers dans une ancienne base militaire de Donetsk, la grande ville de l'Est.
Ils viennent de l'est de l'Ukraine mais aussi de Russie et d'Ossétie du Sud, territoire séparatiste pro-russe de Géorgie. Des Tchétchènes auraient combattu avec eux mais sont rentrés chez eux, selon les témoignages de membres du bataillon.
Le Bataillon Vostok - ou 'bataillon de l'Est" - compterait un millier de combattants bien armés, bien organisés qui ont fait irruption début mai sur la scène ukrainienne, à la suite des violents affrontements d'Odessa et de Marioupol qui ont coûté la vie à des dizaines de partisans pro-russes. Ils ont participé aux violents affrontements de la semaine dernière autour de l'aéroport de Donetsk ainsi que dans le village de Karlovka.
"Kiev a déjà compris que le sud-est de l'Ukraine est perdu, qu'il est dans la sphère d'influence russe et le restera d'une manière ou d'une autre", poursuit Alexander Khodakovski.
A Kiev, les autorités mises en place après la fuite du président pro-russe Viktor Ianoukovitch les considèrent comme des "terroristes" et demandent à la Russie d'empêcher que des groupes armés ne franchissent la frontière pour venir les renforcer.
"LA RUSSIE EST NOTRE CULTURE"
Pour ce commandant de 41 ans, pour les hommes qu'il dirige, la Russie est la matrice de leur civilisation et de leurs valeurs, inconciliables avec la politique de rapprochement avec l'Ouest que mènent à Kiev les autorités ukrainiennes et que le président-élu, Petro Porochenko, a réaffirmée avec force en fin de semaine dernière.
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Ce qui se joue en Ukraine, poursuit Khodakovski, s'inscrit dans un conflit global entre la Russie et les Etats-Unis.
"Techniquement, nous étions un pays indépendant mais nos frontières n'étaient qu'une formalité et nous pouvions continuer à nous sentir comme faisant partie de la Russie", dit-il.
"Nous ne voulons pas être contre la Russie. Or, si nous nous étions alliés à l'Union européenne et à l'Otan, nous l'aurions automatiquement été. Nous avons pris notre décision."
Jusqu'à la mi-mars, Khodakovski commandait l'unité Alpha du SBU dans sa région natale de Donetsk.
Sa défection, dit-il, a été progressive. Il a d'abord rejeté le pouvoir intérimaire mis en place à Kiev après la fuite de Viktor Ianoukovitch, le 22 février. Il en est venu à la conclusion qu'il ne voulait plus que sa région appartienne à l'Ukraine.
"Je pense que la Russie se sert de nous pour poursuivre ses intérêts géopolitiques, pour disposer d'une zone tampon entre l'Ouest et elle. Nous ne nous faisons pas d'illusion là-dessus. Mais même en sachant cela, nous sommes fidèles à la Russie parce qu'elle est notre culture."
"IL N'Y A PLUS DE TCHÉTCHÈNES MAINTENANT"
Parmi les combattants étrangers du Bataillon Vostok, Oleg explique être venu d'Ossétie du Nord, une république autonome russe du Caucase, pour "protéger les chrétiens orthodoxes face à l'Occident".
Il dit aussi qu'une quinzaine d'Ossètes étaient dans les rangs du Bataillon Vostok lors des combats des 26 et 27 mai autour de l'aéroport de Donetsk. Des Tchétchènes étaient également présents, mais ils sont partis en fin de semaine avec leurs blessés, ajoute-t-il.
Khodakovski confirme la présence des Tchétchènes mais affirme qu'ils étaient venus de leur propre initiative et non pas sur ordre de Ramzan Kadirov, le président pro-russe de Tchétchénie.
"Il n'y a plus de Tchétchènes maintenant. Ils sont repartis (jeudi) avec leurs blessés et leur mort. C'étaient des volontaires, pas des 'kadirovski'", précise-t-il.
Un autre combattant étranger venu d'Ossétie du Sud, région séparatiste pro-russe de Géorgie, dit avoir une dette envers Moscou. En 2008, la Russie et la Géorgie se sont livrées une courte guerre sur la question sud-ossète.
"En 2008, ils nous assassinaient et les Russes nous ont sauvés. Je suis venu ici pour payer mes dettes", explique-t-il.
(avec Sabina Zawadzki; Henri-Pierre André pour le service français)
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