En proie aux sanctions, les Iraniens veulent des concessions
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En proie aux sanctions, les Iraniens veulent des concessions
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par Parisa Hafezi
ANKARA (Reuters) - Après des années de dures sanctions dues à la poursuite d'un programme nucléaire jugé suspect par l'Occident, les Iraniens, soucieux pour leur niveau de vie, sont de plus nombreux à souhaiter des concessions de la part de leurs gouvernants.
Beaucoup restent convaincus de la légitimité de ce programme que Téhéran dit purement civil, mais le prix à payer est devenu trop élevé à leurs yeux.
C'est dans ce contexte que Téhéran abordera le 16 juin la prochaine phase des négociations avec le "P5+1", qui réunit les membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Chine, Russie) et l'Allemagne.
L'objectif sera de pérenniser avant le 20 juillet l'accord intérimaire conclu en novembre qui a permis un premier allégement des sanctions en échange d'un encadrement du programme iranien d'enrichissement d'uranium, point le plus sensible du dossier.
"J'aime mon pays, mais j'aime encore plus ma famille et je travaille dur depuis des années pour faire face à la hausse des prix", résume Ali Mirzai, chef d'une famille de trois enfants qui vit à Rasht, dans le Nord.
Comme des millions d'Iraniens malmenés par les sanctions, il a voté pour Hassan Rohani, un pragmatique modéré triomphalement élu en juin dernier à la présidence, qui a promis de redresser la situation économique en dissipant notamment le contentieux nucléaire avec les puissances occidentales.
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"Rohani et son équipe vont régler ce problème. Je suis sûr que sa modération et son sens du compromis vont fonctionner. Nous n'avons pas besoin d'hostilité", souligne Arvin Sadri, directeur d'une fabrique de meubles à Meched, ville sainte chiite du Nord.
Maryam Simai, enseignante à Yazd, dans le Centre, reste favorable à la poursuite du programme nucléaire et juge les sanctions injustes, mais elle plaide elle aussi pour un compromis.
"SOUPLESSE HÉROÏQUE"
"Je veux vivre en paix. Je ne veux pas m'inquiéter pour l'avenir de mes enfants. Les tensions avec la communauté internationale et les sanctions ont ruiné notre économie et nous ont isolés", déplore-t-elle.
Si la levée de ces sanctions est importante pour de nombreux Iraniens, elle est essentielle à la survie politique du président.
"Un accord avec les grandes puissances apportera la stabilité politique et économique à l'Iran. L'avenir politique de Rohani dépend de cet accord. Ce sera un président en porte-à-faux s'il ne parvient pas à conclure un accord", juge le politologue Hasan Feghhi.
Dix mois après son arrivée aux affaires, le redressement économique promis reste limité, estiment les observateurs. L'inflation, désormais de 20% par an, a été réduite de moitié mais le chômage touche encore 30% de la population active et les inégalités se creusent, tandis que le rial recule face au dollar.
Pendant des années, les autorités ont nié les effets des sanctions, dues notamment à l'intransigeance de Mahmoud Ahmadinejad, le prédécesseur de Rohani. Ce discours trouve encore un écho auprès de certains iraniens, qui se disent heureux de faire des sacrifices pour la réussite d'un programme nucléaire élevé au rang de cause nationale.
Les dignitaires chiites au pouvoir, soucieux d'échapper à un soulèvement inspiré du "printemps arabe" que de nouvelles sanctions ne manqueraient pas d'attiser, ont quant à eux adopté un ton plus conciliant ces derniers mois.
Les mollahs "doivent composer pour conserver leurs pouvoirs, c'est pourquoi ils ont changé de ton. L'absence d'accord ou un échec de l'accord renforcerait les partisans de la fermeté", note un diplomate occidental en poste à Téhéran ayant requis l'anonymat.
Reste à savoir quelle sera l'attitude de l'ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution, dont les décisions sont souveraines en ce qui concerne le programme nucléaire.
Renoncer à l'intransigeance pour laquelle il a opté par le passé pourrait s'avérer un pari risqué, mais il craint visiblement davantage que la crise économique n'affecte sa propre autorité.
Ainsi a-t-il apporté un soutien timide au dialogue prôné par Rohani, parlant de "souplesse héroïque", tout en affichant son pessimisme quant à l'issue du processus.
(Jean-Philippe Lefief pour le service français)
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