Opération séduction de l'EIIL à Mossoul, avant la charia?
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Opération séduction de l'EIIL à Mossoul, avant la charia?
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par Zia al-Sinjary
MOSSOUL (Reuters) - Une semaine après la prise de Mossoul, la métropole du nord de l'Irak, aucune contre-offensive gouvernementale n'est en vue et les djihadistes de l'Etat islamique de l'Irak et du Levant (EIIL) mettent en place leur propre administration en prenant soin de ménager la population.
On les voit sillonner les rues au volant de voitures de police, ou montant la garde devant les banques et les bâtiments administratifs.
"L'EIIL nous traite très bien. Il n'y a pas de harcèlement, même pour les femmes. Les prix de la nourriture sont moins élevés", note Haïsam Abdoul Salam, un forgeron d'une cinquantaine d'années, qui se félicite également du retrait des blocs de béton anti-attentats et des barrages routiers.
Comme en Syrie, où le mouvement devenu rival d'Al Qaïda est également très présent, ses membres s'efforcent de gagner la sympathie des habitants tout en se substituant aux autorités centrales.
A Rakka, ville de Syrie tombée aux mains de l'EIIL et d'autres mouvements rebelles, ils ont procédé à des distributions de nourriture et même d'argent. Ce n'est qu'une fois bien implantés qu'en vertu de la charia, ils se sont mis à procéder à des amputations et des exécutions publiques, qu'ils ont évincé les autres groupes armés et détruit les symboles religieux non conformes à leurs propres croyances.
A Mossoul, on croise encore des femmes sans voile et les églises sont intactes, tout comme le tombeau du prophète Jonas, bien que l'EIIL ait menacé de le détruire d'ici trois jours, selon la télévision publique. Celui d'Ibn al Athir, un philosophe arabe, a en revanche été rasé, rapportent des témoins.
LE MARTEAU GOUVERNEMENTAL ET L'ENCLUME DE L'INSURRECTION
Les djihadistes ont reçu l'aide des laïques de l'ex-parti Baas et de mouvements sunnites en désaccord avec leur projet de califat islamique, mais qui partagent leur haine farouche pour les chiites au pouvoir à Bagdad.
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Selon un membre de l'Armée islamique, groupe armé plus modeste, l'EIIL a accepté de s'associer aux autres mouvements sunnites pour former un conseil militaire chargé d'administrer Mossoul. Ils seraient désormais à la recherche d'un gouverneur et d'anciens membres de l'état-major de Saddam Hussein tiendraient la corde.
A Bagdad, "il n'y a pas de stratégie claire (...) pour reprendre Mossoul", dit un membre des services de sécurité associé aux décisions du gouvernement. Une centaine d'hommes ont selon lui suffi à faire tomber cette ville de deux millions d'habitants, après la débandade d'une armée minée par la corruption, mal encadrée et en proie aux tensions religieuses.
"Après avoir pris la ville, l'EIIL a cherché à gagner le soutien de ses habitants. Ils ont rouvert les routes, retiré les murs anti-attentats pour leur faciliter la vie, pour les convaincre qu'ils sont de leur côté, qu'ils sont différents de l'armée", a-t-il ajouté, interrogé par Reuters.
Les chasser de Mossoul sera d'après lui impossible sans les Etats-Unis. Barack Obama dit envisager d'apporter un soutien militaire au gouvernement central, mais invite dans le même temps le Premier ministre Nouri al Maliki, un chiite, à faire davantage de place aux sunnites, dominants sous Saddam Hussein. Or, le chef du gouvernement ne semble pas en prendre le chemin.
Quant à ceux qui n'ont pas pu quitter Mossoul, ils s'inquiètent de leur sort. "Nous sommes pris entre le marteau gouvernemental et l'enclume de l'insurrection", résume l'universitaire Oussama Hassan.
(Avec Raheem Salman et Isra' Al-Rubei-i à Bagdad; Jean-Philippe Lefief pour le service français)
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