Un roi espagnol populaire, atout pour régler la crise catalane?
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Un roi espagnol populaire, atout pour régler la crise catalane?
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par Fiona Ortiz
MADRID (Reuters) - L'intronisation du roi Felipe d'Espagne fait naître des espoirs dans le monde politique espagnol sur une éventuelle réforme de la Constitution de 1978, susceptible de repenser les relations entre le gouvernement central et les régions autonomes, notamment la Catalogne.
Felipe VI, qui prêtera serment jeudi devant les députés et sénateurs à la suite de l'abdication de son père Juan Carlos, aura avant tout un rôle symbolique de souverain constitutionnel, avec peu de moyens d'agir sur la conduite des affaires du pays.
Mais sa jeunesse - il a 46 ans - et sa popularité peuvent le conduire à exercer en coulisse une influence sur des dossiers délicats en suspens, comme celui de l'indépendantisme catalan.
Des experts constitutionnalistes et des hommes politiques aimeraient voir le nouveau souverain servir de médiateur entre le président du gouvernement, le conservateur Mariano Rajoy, et l'opposition en vue de réformer la Constitution.
"Cela lui permettrait aussi d'enraciner un peu plus la monarchie en Espagne", explique Joaquin Tornos, professeur de droit à l'Université de Barcelone.
Il pourrait ainsi contribuer à sortir du dialogue de sourds actuel entre Mariano Rajoy et Artur Mas, le président de la "Generalitat" de Catalogne qui veut organiser un référendum sur l'indépendance en novembre.
Le gouvernement de Madrid a promis d'empêcher cette consultation qu'il juge contraire à la Constitution.
Ce qui ne gâche rien, le roi Felipe a étudié le catalan, parlé par sept millions de personnes dans le nord-est de l'Espagne.
"Il peut agir comme modérateur ou même arbitre afin de parvenir à un consensus sur une réforme constitutionnelle qui m'apparaît nécessaire et qui doit être profonde", dit Gregorio Camara, professeur de droit constitutionnel à l'Université de Grenade, en Andalousie.
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"LE CONSENSUS N'EXISTE PLUS"
Ce dernier a dirigé l'an dernier une équipe d'experts chargés de présenter des propositions de réformes de la Constitution pour le compte du Parti socialiste d'opposition.
Trois ans après la mort du général Francisco Franco, la Constitution de 1978 a été le fruit de la difficile recherche d'un consensus entre toutes les forces politiques, destiné à préserver la stabilité du pays après trente-six ans de dictature.
Dix-sept "communautés autonomes" ont été créées, avec la promesse d'accorder encore plus de pouvoirs à des régions riches d'une forte identité historique comme le Pays basque et la Catalogne.
Trente-six ans plus tard, le consensus difficilement créé à l'époque n'existe plus, balayé par la crise économique et la corruption.
Selon un récent sondage, une majorité d'Espagnols aimeraient être consultés sur le maintien de la monarchie. Nombreux sont les Basques et les Catalans qui estiment que les promesses faites en 1978 n'ont pas été tenues.
De plus en plus d'électeurs se sont détournés des deux grandes formations politiques du pays, le Parti populaire (PP) de Rajoy et le Parti socialiste (PSOE).
Les nouveaux partis issus de la gauche de l'échiquier politique réclament une Constitution totalement nouvelle, qui serait ratifiée par un Parlement renouvelé et par un référendum populaire.
"Le consensus de 1978, celui de la transition, n'existe plus. Les médias, les partis politiques, les syndicats, les juges, la monarchie, plus rien ne marche", affirme Juan Carlos Monedero, porte-parole de Podemos, nouveau parti de gauche qui a recueilli 8% des voix aux élections européennes du 25 mai.
BLOCAGE À DROITE
En perte de vitesse, le PSOE plaide aussi pour une réforme constitutionnelle.
Le projet mis au point l'an dernier pour les socialistes par l'équipe de Gregorio Camara préconise la création d'un Etat fédéral reconnaissant les identités historique, culturelle et linguistique de la Catalogne, du Pays basque et de la Galice.
Cela permettrait, selon le PSOE, de pallier les carences de la Constitution de 1978, dans laquelle les 17 "communautés autonomes" étaient toutes mises sur le même plan.
Le projet propose également de faire du Sénat l'institution représentative de ces 17 communautés autonomes.
A droite, le Parti populaire est largement hostile à une réforme constitutionnelle.
"L'important, c'est de trouver un large consensus, un accord politique, entre le PP et les socialistes, et non pas détruire l'architecture constitutionnelle", dit Javier Zarzalejos, qui dirige le groupe de réflexion conservateur FAES.
Pour certains, le PP et le PSOE pourraient se mettre d'accord sur des changements mineurs à la Constitution actuelle et les présenter au Parlement, comme ils l'ont fait en 2011 sur l'établissement d'un plafond de la dette en pleine crise budgétaire.
Mariano Rajoy ne semble guère disposé à débattre d'une réforme constitutionnelle. Dans son entourage, on estime qu'une nouvelle loi fondamentale, de toute façon, ne calmera pas l'ardeur des Catalans favorables à la sécession et on souligne que l'Espagne, avec la Constitution actuelle, est déjà tellement décentralisée qu'on peut difficilement faire plus.
(Guy Kerivel pour le service français)
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