Combats en Ukraine, offensive diplomatique de Petro Porochenko
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par Richard Balmforth
KIEV (Reuters) - L'armée ukrainienne a repris le contrôle de la frontière avec la Russie, ce qui va lui permettre de couper les approvisionnements en matériel militaire des séparatistes pro-russes, a affirmé vendredi le ministre ukrainien de la Défense.
Les combats ont fait rage pour une deuxième journée consécutive dans les environs de Krasni Liman, ville contrôlée par les forces gouvernementales à une centaine de kilomètres de la frontière.
Environ 300 rebelles séparatistes ont été tués jeudi dans cette bataille, a dit un porte-parole du gouvernement, dont le bilan n'a pu être vérifié auprès de sources indépendantes.
Les forces ukrainiennes ont pour leur part perdu sept appelés.
Ces combats se déroulent parallèlement à une offensive diplomatique du nouveau président ukrainien Petro Porochenko pour convaincre ses alliés comme ses adversaires d'adhérer à son plan de paix en 14 points pour mettre fin à l'insurrection séparatiste dans l'est de l'Ukraine.
Petro Porochenko a lui-même exhorté son homologue russe Vladimir Poutine à soutenir son plan de paix lors d'un entretien téléphonique jeudi. Son ministre des Affaires étrangères présentera ce projet lundi aux ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, quatre jours avant la signature d'un accord d'association entre l'Ukraine et l'UE.
Le plan en 14 points de Petro Porochenko prévoit comme première mesure la proclamation d'un cessez-le-feu unilatéral des forces ukrainiennes et la création d'un couloir protégé permettant l'évacuation vers la Russie des rebelles et des volontaires russes présents dans l'est de l'Ukraine, à condition qu'ils déposent les armes.
DOUTES SUR LA MAÎTRISE DE LA FRONTIÈRE
Le président ukrainien signera sous peu un décret ordonnant une trêve dans l'Est, a annoncé le ministère de l'Intérieur.
Il propose aussi l'instauration d'une zone tampon de 10 km de large le long des 1.900 km de frontière, selon une version officieuse de ce projet dont les médias ukrainiens ont eu connaissance.
Une amnistie serait offerte aux séparatistes déposant les armes et n'ayant pas commis de "graves crimes".
Sur le plan institutionnel, le projet prévoit une "décentralisation" accrue et la reconnaissance de la langue russe, une mesure susceptible de répondre aux inquiétudes de la population russophone de l'est de l'Ukraine.
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Malgré la poursuite des combats, le ministre de la Défense par intérim, Mikhaïlo Koval, a déclaré devant le Parlement que les forces ukrainiennes avaient repris le contrôle de la frontière et pouvaient désormais bloquer les approvisionnements des séparatistes.
"Nos forces ont achevé l'encerclement de la région posant problème et restauré la frontière étatique de l'Ukraine. La semaine dernière, nous avons complètement écarté la possibilité de faire passer du matériel militaire en provenance de la Fédération de Russie", a-t-il dit.
Certains responsables ukrainiens doutent cependant de cette affirmation.
"Si la frontière était contrôlée par nos troupes, nous aurions été les premiers à donner cette information et cela aurait effectivement constitué un pas en direction de la victoire et de la transition vers le plan clair exposé par le président mais ce n'est pas encore le cas", a dit Volodimir Tchepovoï, un responsable du Conseil de défense et de la sécurité nationale.
FILE D'ATTENTE À LA FRONTIÈRE
La Russie, qui a annexé la Crimée après la destitution du président pro-russe Viktor Ianoukovitch, dément orchestrer en sous-main l'agitation dans l'est de l'Ukraine.
Peu de détails sont disponibles sur le déroulement de la bataille en cours à l'est de Krasni Liman. "L'action militaire se poursuit", a simplement déclaré le porte-parole de l'armée, Vladislav Selezniov.
Sur sa page Facebook, il affirme que du matériel militaire a été pris aux séparatistes jeudi, dont un véhicule blindé de transport de troupes, un camion surmonté d'une mitrailleuse de gros calibre, un lance-missile portatif, des lance-grenades et des armes légères.
Au poste-frontière d'Izvarino, des voitures, des camionnettes et des autocars formaient vendredi une file d'attente de deux kilomètres pour échapper aux combats et fuir en Russie.
"Nous avons tout laissé derrière nous, notre maison et nos biens. On a emballé tout ce qu'on pouvait et maintenant on va à Moscou et plus loin encore. L'Ukraine est devenue folle. J'espère revenir mais je ne pense pas que ce sera le cas", dit Natalia Brialkova, une femme de 45 ans originaire d'une petite localité proche de Louhansk, théâtre de violents combats cette semaine.
Lena, 37 ans, qui tente de fuir avec son mari et sa petite fille, raconte: "Ça fait 30 heures que nous sommes là. Je n'ai pas pu laver mon bébé (...) on dort dans la voiture. C'est un cauchemar. Nous avons épuisé nos réserves de nourriture mais des habitants nous ont apporté de quoi manger."
(Avec Aleksandar Vasovic à Louhansk et Pavel Polityuk à Kiev; Bertrand Boucey pour le service français)
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