Ebola incite à repenser les programmes d'aide en Afrique
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par Lesley Wroughton
WASHINGTON (Reuters) - L'épidémie de fièvre Ebola qui sévit en Afrique de l'Ouest met en évidence les lacunes de l'aide au développement et incite à repenser l'équilibre entre la lutte contre des maladies spécifiques comme le sida ou la malaria et la construction de systèmes de santé publique.
Depuis plus de dix ans, des milliards de dollars ont été consacrés en Afrique à la prévention et au traitement de maladies particulières. Cette aide massive a fait reculer leur prévalence et a sauvé d'innombrables vies.
Mais dans le même temps, l'effort porté sur la construction d'hôpitaux et sur la formation de personnels soignants a été nettement moins soutenu. Et les conséquences de la faiblesse des systèmes de santé publique au Liberia, en Guinée et Sierra Leone, les trois pays qui concentrent l'essentiel de l'épidémie actuelle du virus Ebola, sont particulièrement criantes.
Au Liberia, ravagé par la guerre civile des années 1990, on ne comptait qu'une cinquantaine de médecins formés pour une population de quatre millions d'habitants lorsque l'épidémie s'est déclarée.
"L'épidémie du virus Ebola montre comment après avoir négligé les systèmes et services de santé fondamentaux pendant des décennies, il suffit d'un choc, comme un événement climatique extrême ou une épidémie, pour mettre un pays fragile à genoux", expliquait récemment Margaret Chan, la directrice de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), lors d'une conférence sur la santé publique en Afrique du Sud.
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De fait, ajoutait-elle, les quelque 4.500 décès enregistrés depuis le début de l'épidémie, en mars, ne sont pas des "dommages collatéraux" mais "sont tous inhérents au problème central: aucune infrastructure fondamentale de santé publique n'était en place et c'est ce qui a permis au virus d'échapper à tout contrôle".
D'après les données fournies par AidData, un centre de recherche sur le financement du développement, l'aide étrangère au développement de projets liés à la santé a plus que doublé entre 2000 et 2011, passant à 18,8 milliards de dollars.
En 2011, les programmes de lutte contre le sida, la malaria, la polio et la tuberculose ont reçu 44,5% de cette aide tandis que 25% seulement de cette somme était consacrée aux structures des systèmes de santé publique.
LE NIGERIA EN EXEMPLE
Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, médecin de formation, appelle à une "analyse profonde" de ce qui n'a pas fonctionné.
"Compte tenu de ce que nous avons observé avec Ebola, nous allons devoir nous engager bien davantage dans la construction de modèles (de santé) intégrés qui soient souples et capables de répondre à différentes priorités", a-t-il dit.
Le Rwanda pourrait être un exemple à suivre. Après le génocide de 1994, le pays s'est doté d'un système de santé universelle. "Si cela s'était produit au Rwanda, mon sentiment, parce qu'ils ont construit des hôpitaux de district et des hôpitaux communaux et disposent d'un réseau de travailleurs médicaux connectés au système, c'est que nous aurions pu maîtriser cette crise très rapidement", a poursuivi Kim.
Au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique où l'on a craint le pire lorsque le premier cas de fièvre Ebola a été annoncé, le système de santé a permis d'endiguer très vite l'épidémie. Une vingtaine de contaminations seulement ont été recensées, dont huit mortelles.
"Contrairement à ce qui est le cas dans les trois pays les plus touchés, le ministère de la Santé du Nigeria a créé les structures nécessaires pour placer les personnes exposées en isolement durant les 21 jours de la période de suivi préconisée", note l'OMS qui ajoute que le gouvernement a également construit deux nouveaux centres spécialisés dans le traitement de la maladie, à Lagos et à Port-Harcourt.
L'OMS pourrait annoncer dans les tout prochains jours que la flambée épidémique au Nigeria est terminée, tout comme au Sénégal, où un seul cas confirmé a été signalé, un homme qui s'est rétabli et semble n'avoir contaminé personne.
(avec Karrie Kehoe de la Fondation Thomson Reuters; Henri-Pierre André pour le service français)
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