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La France cherche son modèle de "déradicalisation"

reuters.com

Publié le 26 novembre 2014 à 15:23 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 13:24

La France cherche son modèle de "déradicalisation"

La France cherche son modèle de "déradicalisation"

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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par Chine Labbé et Nicholas Vinocur

PARIS (Reuters) - Assise dans la cuisine d'un appartement caché derrière deux portes blindées au dernier étage d'un immeuble de Seine-Saint Denis, Vivienne vient prendre des nouvelles de son fils Guillaume.

Dans cette cellule dite de "déradicalisation", Sonia Imloul reçoit des personnes qui, comme Vivienne, sont terrorisées par le "virus" djihadiste qui est entré dans leur maison. Son travail? "Faire redescendre sur terre" leurs proches, les resocialiser pour éviter qu'ils partent vers la Syrie ou l'Irak.

A 22 ans, Guillaume, baptisé et "pourri gâté" dans l'enfance, a été "retourné" en détention par un prédicateur.

A sa sortie, il y a deux mois, il disait vouloir rejoindre la Syrie et mourir en martyr. Depuis, à la demande de ses proches, Sonia Imloul et son équipe le surveillent comme le lait sur le feu. Progressivement, le jeune homme s'est remis à boire du coca, et a ramené une jeune femme chez lui. Autant de signes que ce cas est "quasi résolu".

"Il faudra du temps, mais c'est pas grave. Déjà, il n'est pas parti", dit sa mère. "Il était dans l'antichambre."

En accord avec le ministère de l'Intérieur, Sonia Imloul, spécialiste de la prévention de la délinquance, prend en charge depuis début septembre dix familles qui craignent le départ vers la Syrie ou l'Irak de leurs proches.

Qu'ils soient sur place, en transit ou rentrés, 1.132 Français sont impliqués dans les filières de départ. Leur profil est de plus en plus varié. Parmi eux, 20% sont des convertis, comme Guillaume.

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Mais alors que les Français figurent parmi les Occidentaux les plus engagés dans le djihad en Syrie, Paris commence tout juste à mettre en place des programmes de prévention et de déradicalisation, en prison, à l'école et sur internet -- plusieurs mois ou années après la Grande-Bretagne, l'Allemagne ou encore le Danemark.

En cause, notamment, le modèle de laïcité à la française, qui impose un respect strict de la pratique religieuse privée.

"TASK FORCE" NATIONALE

Jusque-là, "la réponse publique était extrêmement maladroite. Quand une famille venait voir un policier (pour signaler une radicalisation), on ne savait pas lui répondre", reconnaît le préfet Pierre N'Gahane, en charge du volet prévention de la lutte contre les filières djihadistes.

"Le plus subtil pour nous a été de discerner entre ceux qui étaient dans une pratique fondamentale de leur culte et ceux qui basculaient vers la radicalité", dit-il. "C'est peut-être l'une des explications d'un départ un peu plus tardif que les autres."

Depuis avril, le gouvernement français redouble d'efforts pour tarir le flux des départs. A l'aspect répressif --un arsenal antidjihadiste adopté début novembre prévoit notamment une interdiction de sortie du territoire -- s'ajoute une plate-forme nationale d'alerte pour ceux qui s'inquiètent du basculement d'un proche. Quelque 650 familles avaient appelé ce numéro vert il y a quinze jours.

Le ministère de l'Intérieur, qui doit lancer en janvier une campagne de contre-communication sur internet, a demandé aux préfets de mettre en place localement des structures de suivi des jeunes signalés via ce numéro. En attendant la mise en place d'une "équipe mobile thérapeutique" de désendoctrinement, sorte de "task force" nationale qui devrait être lancée l'année prochaine, indique Pierre N'Gahane.

De 800.000 à un million d'euros auront été consacrés en 2014 à la prévention du djihad.

Face à l'approche cultuelle anglo-saxonne, qui n'a pas donné les résultats escomptés, souligne-t-il, Paris veut développer une approche multi-disciplinaire.

"Avant de basculer dans la radicalité, les personnes en cause sont souvent dans une très grande fragilité, ce sont des personnes qui sont souvent en quête d'identité, en quête de sens", indique le préfet.

Pour les accompagner, Sonia Imloul s'est inspirée de son expérience auprès de jeunes en échec scolaire. A des entretiens psychologiques avec les familles -- "il y a toujours un facteur déclenchant en lien avec la famille" -- suit la mise en place d'un suivi adapté à chaque jeune radicalisé. En toute discrétion-- ils ne savent pas que "ses gars" sont spécialisés dans le désembrigadement--, et au cas par cas.

Avec Guillaume par exemple, son équipe "fait presque du H24". "Notre hantise, c'est qu'il se fasse arrêter pour une autre connerie et qu'il retourne en prison", lieu de sa radicalisation, dit-elle.

DU CONCRET EN PRISON AVANT FIN 2014

De fait, les autorités françaises peinent à empêcher l'embrigadement en prison, malgré 12 personnels qui se consacrent au renseignement pénitentiaire. Cent trente personnes incarcérées, dont au moins 100 en région parisienne, sont connues pour leur pratique d'un islam radical, indique-t-on au ministère de la Justice.

Les cellules commencent par ailleurs à se remplir de djihadistes présumés, qu'ils soient placés en détention provisoire ou condamnés.

La chancellerie, qui vient de lancer un appel d'offres pour entraver le discours radical et accompagner ses victimes, promet du "concret" d'ici la fin de l'année.

Mais pour l'instant, les directeurs d'établissement tâtonnent. Le directeur de Fresnes teste ainsi depuis la mi-octobre un regroupement des islamistes radicaux, pour voir si un tel "découpage" peut juguler la contagion. Une idée sur laquelle Christiane Taubira se dit "très réservée".

Surtout, la question du traitement des djihadistes de retour des zones de combat n'est pas résolue à ce jour. "Le dispositif que nous avons mis en place a vocation à tarir la source", dit Pierre N'Gahane. La question des personnes de retour, elle, "reste tout entière."

Leur accompagnement pourrait-il passer par une injonction judiciaire? Se faire dans un centre unique? Cette piste, avancée notamment par certains élus de droite, se heurte à la difficulté de trouver une collectivité locale qui accepte de l'accueillir, souligne-t-il.

Sur le terrain, c'est un travail de longue haleine qui doit être mené, prévient Sonia Imloul. Car il ne faut pas "louper une étape", ni se laisser berner par des signes parfois trompeurs.

"Tous ceux qui sont en partance ne portent pas la barbe et le qamis (vêtement long traditionnel, NDLR)", fait-elle remarquer. "La seule manière de faire la différence, c'est en leur parlant."

(édité par Yves Clarisse)

reuters.com

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