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Pour Nicosie, Erdogan pourrait accepter une solution pour Chypre

reuters.com

Publié le 06 décembre 2016 à 13:57 - Mis à jour le 06 décembre 2016 à 13:57

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par Gilbert Reilhac

NICOSIE (Reuters) - Le président turc Recep Tayyip Erdogan a désormais les mains libres pour conclure un accord dans le cadre des négociations sur la réunification de Chypre, qui reprendront en janvier à Genève au niveau international, a estimé mardi Ioannis Kasoulides, ministre chypriote des Affaires étrangères.

Après le coup d'Etat manqué du 15 juillet dernier, qui a conduit au limogeage et à l'emprisonnement de nombreux cadres de l'armée, l'homme fort d'Ankara peut accepter un retrait des forces turques qui occupent le nord de l'île depuis 1974, a-t-il dit à des journalistes accrédités auprès du Conseil de l'Europe.

Ankara était intervenu pour protéger la minorité turque en réaction à une tentative de coup d'Etat menée à Nicosie par des officiers grecs souhaitant rattacher Chypre à la Grèce alors soumise à la dictature des colonels.

"Nous sommes en passe de résoudre tous les chapitres internes de cette histoire, mais le chapitre qui va aboutir à une solution ou à un échec, c'est le chapitre de la sécurité", a déclaré Ioannis Kasoulides en évoquant le départ des militaires turcs dont Chypre fait une condition sine qua non.

"Pour l'armée, le problème de Chypre avait été résolu en 1974. Mon analyse est que, depuis le coup d'Etat qui a échoué, l'obstacle de l'armée n'existe plus", a-t-il ajouté.

L'intervention turque de 1974 était fondée sur un droit accordé en 1960 par le traité d'indépendance de Chypre, alors colonie anglaise, à ses trois puissances tutélaires, Grèce, Turquie et Royaume-Uni, garantes de l'ordre constitutionnel.

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UN ETAT CONFÉDÉRAL

Athènes et Londres ont dit être prêts à abandonner ce rôle auprès d'un pays qui a adhéré à l'Union européenne en 2004 mais le président Erdogan n'a pas fait connaître sa position depuis le début du dernier cycle de négociations, il y a dix-neuf mois.

Les dirigeants des deux parties, Nicos Anastasiades, président de Chypre, et Mustafa Akinci, son homologue de la République turque de Chypre nord, qui n'est reconnue que par la Turquie, se reverront le 9 janvier à Genève, sous l'égide de l'Onu, après l'échec d'une série de discussions en novembre.

De nouvelles propositions seront discutées à partir du 12 janvier à Genève au sein d'une conférence à géométrie variable réunissant les leaders des deux communautés, les trois pays "garants" et d'autres puissances intéressées qui pourront être invitées. On pense à l'Union européenne et à des membres du Conseil de sécurité de l'Onu auquel devra être soumis un accord.

Après douze ans de négociation, Chypriotes grecs et turcs sont parvenus à jeter les bases d'un futur état confédéral et bizonal dans lequel la communauté turque obtiendrait 28,2% du territoire pour quelque 220.000 habitants (20% de la population), contre 36% actuellement.

BALANCIER

La détérioration des relations entre l'UE et la Turquie en raison de l'évolution autoritaire du régime après le coup d'Etat manqué pourrait selon Nicosie provoquer un assouplissement de la position du président Recep Tayyip Erdogan.

Convaincu que son pays ne sera jamais membre de l'UE, il pourrait, en résolvant la crise chypriote, favoriser ses intérêts plus immédiats dans l'est méditerranéen.

"Les motivations de la Turquie d'aujourd'hui, ce n'est pas l'adhésion à l'Union européenne, c'est plutôt la Syrie, c'est Mossoul (où elle veut être partie d'une solution comme représentant de l'Islam sunnite et refuse de voir les Kurdes créer un Etat) et ce sont les gisements pétrolifères (des champs gaziers importants découverts au large des côtes chypriotes et égyptiennes)", affirme Ioannis Kasoulides.

"Un règlement du problème de Chypre ouvre la voie d'une coopération avec tous les pays de l'est méditerranéen dont la Turquie peut profiter avec des gazoducs qui peuvent transiter par son territoire pour se diriger vers l'Europe", ajoute-t-il.

Le ministre admet toutefois quelques éléments contraires à un assouplissement de la position turque, dont la nécessité pour Recep Tayyip Erdogan de s'allier avec les partis nationalistes pour obtenir la majorité nécessaire à la réforme constitutionnelle qui étendra ses pouvoirs.

"Je ne sais pas de quel côté la balance va pencher", admet-il.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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