Les Vénézuéliens n'ont plus de billets de banque
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CARACAS (Reuters) - Les Vénézuéliens n'ont plus d'argent. Littéralement.
Le président Nicolas Maduro a annoncé dimanche dernier que le plus gros billet de banque en circulation, celui de 100 bolivars (à peine cinq centimes d'euro au marché noir), allait être retiré du marché.
Et, inflation oblige, remplacé par de nouveaux billets de 500, 1.000, 2.000, 10.000 et jusqu'à 20.000 bolivars.
Le problème est que l'intendance n'a pas suivi.
Vendredi, les nouveaux billets n'étaient toujours pas arrivés dans les banques, à commencer par le Banco Central de Venezuela (BCV), la banque centrale.
Presque tous les distributeurs automatiques dans la capitale, Caracas, étaient vides, hors d'usage ou saccagés.
Dans la petite ville d'El Pinal, dans l'ouest du pays près de la frontière colombienne, la colère grondait.
"Ils se fichent de nous. Maintenant on se retrouve avec plein de billets de 100 et la seule banque encore ouverte ne veut pas nous les prendre", disait Richard Montilva, un chauffeur de bus rassemblé avec environ 400 personnes devant l'établissement bancaire.
Même incrédulité teintée de colère contre un gouvernement jugé incapable, à El Callao, ville minière de l'Etat de Bolivar, dans le sud du pays.
"C'est incroyable cette situation, c'est le gouvernement qui est responsable. Quand ce n'est pas l'essence qui manque, c'est l'eau, l'électricité, les médicaments. Et maintenant l'argent", se désolait le maire de la ville, Coromoto Lugo.
Des incidents et quelques scènes de pillage de magasins ont été signalés en plusieurs endroits du pays.
INFLATION GALOPANTE
Inflation galopante, pénuries de biens de première nécessité, le Venezuela traverse depuis des mois une sévère crise économique dont ses habitants ne voient pas la fin.
Ces difficultés se doublent d'une crise politique avec une opposition vent debout contre le président Maduro, qui est au pouvoir depuis avril 2013 et la mort de Hugo Chavez.
Elle réclame, en vain jusqu'à présent, la tenue d'un référendum révocatoire à l'égard d'un dirigeant jugé dépassé par les événements et qu'elle taxe de dérive dictatoriale.
A la banque centrale, on confiait vendredi ne pas trop savoir ce qu'il se passait, s'exprimant sous le sceau de l'anonymat parce qu'on n'avait pas le droit de parler à la presse. "C'est un peu un mystère pour nous aussi", disait-on.
Dehors, des files interminables de gens attendaient de pouvoir changer leurs billets de 100. Le gouvernement a dit que cela pouvait être effectué jusqu'à mardi 20, dernier délai.
Certains portaient des valises remplies d'espèces. Des petirs malins leur offraient de changer les billets de 100 pour 80 bolivars.
Le président Maduro, comme Hugo Chavez avait coutume de le faire, parle de "guerre économique" menée par les "ennemis" du Venezuela pour expliquer les difficultés économiques du pays.
Ses détracteurs parlent, eux, d'incompétence, de bureaucratie inopérante, d'une planche à billets hors de contrôle et de corruption - un mal aux racines profondément ancrées au Venezuela.
"Moi, ce que je veux c'est un changement de gouvernement, je m'en fiche qu'ils changent les billets", résumait Isabel Gonzalez, une femme de 62 ans qui attendait devant la banque centrale.
Elle disait avoir tout juste assez d'argent pour prendre le bus et rentrer chez elle.
(Rédaction de Caracas, avec Anggy Polanco à El Pinal et Maria Ramirez à Ciudad Guayana, Gilles Trequesser pour le service français)
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