L'auteur de l'attaque au camion de Berlin peut-être en fuite
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par Michelle Martin et Sabine Siebold
BERLIN (Reuters) - La police allemande a déclaré mardi que le chauffeur du camion qui a tué 12 personnes en fonçant lundi soir sur un marché de Noël à Berlin avait délibérément visé la foule, parlant d'une "attaque terroriste probable".
Un homme d'origine pakistanaise a été interpellé peu après le drame, mais il nie catégoriquement les faits et l'auteur de l'attaque pourrait encore être en liberté.
"Nous devons nous faire à l'idée que (le suspect arrêté) n'est peut-être pas l'auteur ou qu'il n'appartient pas au groupe qui a perpétré l'attaque", a déclaré le procureur général d'Allemagne Peter Frank lors d'une conférence de presse.
Sur son compte Twitter, la police berlinoise a demandé à la population de rester vigilante.
Le camion a foncé sur la foule qui se pressait vers 20h00 (19h00 GMT) sur le marché de Noël installé au pied de la Kaiser-Wilhelm-Gedächtniskirche, l'église du Souvenir située au coeur de l'ex-Berlin-Ouest, près du Kurfürstendamm.
Le drame a fait 48 blessés, dont 18 sont dans un état grave.
"Il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas encore avec suffisamment de certitude mais nous devons, en l'état actuel des choses, partir du principe qu'il s'agissait d'une attaque terroriste", a déclaré Angela Merkel dans la matinée.
"Je sais qu'il serait particulièrement dur pour nous tous de le supporter s'il était confirmé que la personne qui a commis cet acte était quelqu'un qui a demandé protection et asile", a ajouté la chancelière, critiquée au sein même de son parti conservateur pour sa politique d'accueil des réfugiés.
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MOUVEMENTS SUR LE GPS
Le suspect interpellé est un jeune homme de 23 ans originaire du Pakistan connu des services de police pour des délits mineurs.
Il possédait une autorisation de séjour temporaire depuis juin dernier, rapporte le quotidien Die Welt qui s'appuie sur un rapport de police, et séjournait dans un centre pour réfugiés qui se trouve sur le site de l'ancien aéroport de Tempelhof.
Les médias racontent que le jeune homme a sauté de la cabine du poids lourd et rejoint en courant le parc Tiergarten, où plusieurs témoins ont téléphoné à la police pour aider à son interpellation.
Mais à la mi-journée mardi, le chef de la police de Berlin Klaus Kandt a reconnu que la police n'était pas certaine que cet homme soit l'auteur de l'attaque.
Plus direct, un responsable de la police cité par le journal Die Welt a déclaré: "Nous n'avons pas la bonne personne et avons à faire, de ce fait, à une nouvelle situation. Le véritable auteur est toujours armé, en fuite et il peut à nouveau faire des dégâts."
Le camion appartenait à une société de transport polonaise et le chauffeur attitré du poids lourd, de nationalité polonaise, a été retrouvé mort dans le véhicule. L'arme qui a servi à le tuer reste introuvable, a déclaré le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière.
D'après son cousin et employeur, le conducteur polonais était arrivé à Berlin quelques heures plus tôt et avait parlé à sa femme vers 15h00.
"Vers 15h45, on peut voir un mouvement sur le GPS. Le véhicule avance et recule. Comme si quelqu'un apprenait à le conduire", a déclaré Ariel Zurawski à la télévision publique.
La carcasse du camion noir accidenté a été retirée lundi matin par les enquêteurs. Des habitants, certains en larmes, ont déposé fleurs et messages sur le site.
FARAGE FUSTIGE "L'HÉRITAGE MERKEL"
Le scénario rappelle l'attentat du 14 juillet dernier à Nice, revendiqué par l'Etat islamique, qui avait fait 86 morts. Un poids lourd conduit par un Tunisien vivant en France, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, avait foncé dans la foule venue assister au feu d'artifice de la fête nationale.
L'attaque de Berlin a relancé le vif débat sur l'immigration qui agite la classe politique allemande depuis des mois.
L'accueil de plus de 900.000 migrants et réfugiés par l'Allemagne en 2015 a suscité des tensions au sein de la coalition au pouvoir et favorisé la percée du parti d'extrême droite AfD à quelques mois des élections législatives, prévues en septembre prochain.
La CSU, le parti bavarois allié de la CDU chrétienne-démocrate d'Angela Merkel, a appelé à un changement dans la politique allemande d'immigration et de sécurité.
"Nous devons aux victimes (...) et à l'ensemble de la population de revoir notre politique d'immigration et de sécurité et de la changer", a déclaré le ministre-président de Bavière et président de la CSU Horst Seehofer.
Ailleurs en Europe, le Premier ministre slovaque Robert Fico a déclaré que l'opinion publique européenne était en droit d'attendre des mesures plus fortes contre l'immigration. L'ex-chef du Parti de l'indépendance du Royaume-Uni (Ukip, extrême droite) Nigel Farage a critiqué sur Twitter "l'héritage Merkel".
Plusieurs pays européens, dont la France, ont annoncé un renforcement des mesures de surveillance pour les fêtes.
Les drapeaux ont été mis en berne en Allemagne et les marchés de Noël de Berlin fermés mardi en hommage aux victimes.
"Nous trouverons la force de la vie que nous voulons vivre en Allemagne, libre, ensemble, et ouverte", a promis Angela Merkel.
(Avec la rédaction de Berlin, Jakub Iglewski et Pawel Florkiewicz à Varsovie; Henri-Pierre André, Danielle Rouquié et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Tangi Salaün)
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