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Macron rassure l'Europe mais n'aura pas d'état de grâce

reuters.com

Publié le 07 mai 2017 à 22:24 - Mis à jour le 07 mai 2017 à 22:30

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18 juillet 2026

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par Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - L'élection d'Emmanuel Macron à la présidence française rassure l'Europe en donnant un coup d'arrêt à la montée du populisme mais le plus jeune président de la Ve République sait qu'il ne pourra pas miser sur un état de grâce dans le pays.

C'est le paradoxe d'un scrutin qui fait de l'ex-ministre de l'Economie un des chefs d'Etat français les mieux élus, un an après la création de son mouvement En Marche!, mais dont le score (plus de 65% des voix) est en partie en trompe l'oeil.

"Vu de l'étranger, c'est excellent parce que ça rajeunit le pays, qui en avait besoin, et ça envoie un signal extrêmement fort en Europe, sur l'équilibre de la construction européenne", estime le constitutionnaliste Philippe Cossalter.

Le porte-parole d'Angela Merkel a félicité Emmanuel Macron dans les minutes qui ont suivi l'annonce de sa victoire - "Une victoire pour une Europe unie et forte et pour l'amitié franco-allemande", a-t-il écrit dans un tweet.

L'euro a franchi dimanche soir le seuil de 1,10 dollars pour la première fois depuis l'élection de Donald Trump.

Il n'en reste pas moins que plus de 10 millions d'électeurs ont voté pour Marine Le Pen, le meilleur score du FN, près de deux fois plus que son père, Jean-Marie, face à Jacques Chirac en 2002. Quelque 11 millions d'autres électeurs se sont abstenus et quatre millions ont voté blanc ou nul.

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Emmanuel Macron va devoir présider un pays qui a voté au premier tour à près de 50% pour des candidats anti-européens et anti-libéraux et dont une partie des électeurs du second tour, ont voté pour lui par rejet du FN plus que par adhésion.

Tout sauf un "blanc-seing", comme l'a reconnu lui-même après sa victoire Emmanuel Macron, qui a promis de ne pas refaire l'erreur de Jacques Chirac en 2002, présider avec une majorité et un gouvernement limités à sa famille politique.

EN QUÊTE DE MAJORITÉ

"Je ne ferai pas comme si rien ne s'était passé", jurait il y a quelques jours le successeur de François Hollande, qui a fait du renouvellement politique son image de marque.

Sa première tâche sera la constitution d'un gouvernement faisant appel à des femmes et des hommes expérimentés sans dénaturer son projet.

Mais son premier vrai défi sera de convertir sa victoire en majorité, lors des législatives des 11 et 18 juin, avec des candidats désormais étiquetés "République en marche".

"Emmanuel Macron revendique une majorité de plein exercice. C'est notre objectif", confie le député Christophe Castaner, un soutien de la première heure, qui n'exclut cependant pas une majorité relative.

S'il ne paraît pas hors d'atteinte, cet objectif reste un pari, à en juger par les premiers sondages sur les législatives.

Selon une enquête Harris interractive-M6 publiée dimanche soir, l'alliance En Marche !-MoDem recueillerait 26% des intentions de vote, devant la coalition Républicains-UDI (22%), le Front national (22%) et la France insoumise (13%).

"Je n'aurai pas d'état de grâce", admettait Emmanuel Macron sur Europe 1 deux jours avant le verdict des urnes.

"C'est pour cela qu'il faut aller vite", complète Christophe Castaner. "Y compris en assumant l'impopularité d'outils comme les ordonnances. Il n'est pas question qu'on mette deux ans pour être efficace sur les politiques en faveur de l'emploi."

Le nouveau chef de l'Etat entend ainsi dès cet été lancer une réforme par ordonnances du marché du travail, qui fait déjà grincer les dents des syndicats, en particulier la CGT et FO, ainsi que des mesures de simplification des relations avec l'administration, dont un droit à l'erreur en matière fiscale.

"TENIR"

"On peut s'attendre à une mobilisation syndicale et populaire extrêmement forte" contre la réforme du marché du travail, estime l'économiste Nicolas Bouzou.

"On sous-estime complètement le fractionnement du pays. Une très grande partie de la population déteste Emmanuel Macron et ce qu'il représente. Et il faudra quand même réformer pour eux", ajoute le directeur du cabinet d'études Asteres. "Il va falloir une seule chose pour que ça marche : tenir."

Pour Emmanuel Macron, l'enjeu n'est pas seulement d'obtenir des résultats rapidement en France, il est aussi de convaincre ses partenaires européens que la France a bien changé d'époque.

Ces réformes, ainsi que celles de l'assurance chômage et de la formation professionnelle, qui suivront, et le plan quinquennal de finances publiques que le gouvernement présentera à l'automne avec un effort de 60 milliards d'euros sur cinq ans, "sont la condition de notre crédibilité sur le plan européen", expliquait-il pendant la campagne.

Pour l'économiste Ludovic Subran, la voix de la France peut de nouveau être entendue en Europe si Emmanuel Macron joue à la fois sur les craintes des Européens, après la poussée populiste de ces dernières années, et le retour d'une France plus forte.

"Il peut faire changer les choses de l'intérieur de l'Union européenne", ajoute cet analyste d'Euler Hermes. "On peut très vite enclencher une dynamique positive."

Celui qui fut le plus européen des candidats à cette élection a un programme ambitieux en matière de réformes européennes, avec notamment l'instauration d'un budget de la zone euro, des mesures anti-dumping et d'harmonisation fiscale ou un renforcement des capacités de défense européennes.

Pour ces sujets européens, les discussions devront cependant attendre les élections allemandes du 24 septembre, dit-on dans son entourage, "ce qui n'interdit pas de formuler des idées".

En attendant, Emmanuel Macron n'aura guère le temps de souffler sur le front international. Il enchaînera dès les prochain jours un voyage auprès des forces françaises en opération extérieure, une visite à Angela Merkel à Berlin, un sommet de l'Otan à Bruxelles le 25 mai, un sommet du G7 les 26-27 mai à Taormina, en Italie, un Conseil européen les 22-23 juin, un sommet du G20 les 7 et 8 juillet à Hambourg.

Entretemps, la Commission européenne publiera le 11 mai ses prévisions économiques de printemps et le 17 mai l'évaluation du déficit public français. De quoi éclairer Emmanuel Macron sur ses marges de manoeuvre.

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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