L'opposition turque saisit la justice et marche sur Istanbul
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L'opposition turque saisit la cedh sur le referendum du 16 avril
Umit Bektas
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L'opposition turque saisit la cedh sur le referendum du 16 avril
Umit Bektas
par Daren Butler
ISTANBUL (Reuters) - Le chef de file du principal parti de l'opposition turque (CHP, laïque) a déposé mardi un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme pour contester le résultat du référendum du 16 avril qui a considérablement étendu les pouvoirs présidentiels.
Kemal Kilicdaroglu a annoncé sa décision avant d'entamer le 20e jour de la marche de 425 km qu'il effectue entre Ankara et Istanbul pour protester contre la condamnation d'un député du CHP (Parti républicain du peuple), Enis Berberoglu, à 25 ans de prison pour espionnage.
Le chef du CHP conteste le fait que la commission électorale turque (YSK) ait accepté des bulletins dépourvus de tampon officiel lors du référendum.
"La décision de l'YSK a rendu ce référendum illégitime. Nous saisissons la Cour européenne des droits de l'homme", a déclaré Kilicdaroglu à Izmit, une centaine de km à l'est d'Istanbul.
Le référendum d'avril, qui s'est déroulé sous l'état d'urgence, a validé par une courte majorité de 51,4% une réforme constitutionnelle qui a accru les pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan.
Aux journalistes qui l'accompagnaient, Kemal Kilicdaroglu a déclaré se battre pour la justice, en accusant le gouvernement de créer un régime à parti unique depuis le coup d'Etat manqué du 15 juillet 2016.
"La Turquie s'est rapidement transformée en Etat à parti unique. Pratiquement toutes les institutions de l'Etat sont devenues des filiales d'un parti politique", a-t-il dit.
"Cela nuit profondément à notre système parlementaire et démocratique."
JUSTICE
Agé de 68 ans, Kilicdaroglu arborait une chemise blanche et une casquette de base-ball avec le mot "adalet" (justice) inscrit dessus à l'entame de la dernière grande étape de sa marche, en compagnie de centaines de partisans.
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Entamée le 15 juin, la marche du chef du CHP a pris de l'ampleur au fur et à mesure de sa traversée de la campagne du nord-ouest de la Turquie.
Des représentants du parti prokurde HDP, troisième formation représentée au Parlement derrière l'AKP (islamo-conservateur, au pouvoir) et le CHP, ont rejoint le mouvement lundi alors que les manifestants passaient à proximité de la prison où est enfermée Figen Yüksekdag.
De sa cellule, l'ancienne coprésidente du HDP a diffusé un communiqué en exhortant les partis d'opposition à mettre de côté leurs querelles et à se battre pour rebâtir le système judiciaire, qui a selon elle "touché le fond" en emprisonnant 11 députés et une centaine de maires du HDP.
Le parti rejette les accusations de collusion avec les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Le président Erdogan a estimé ce week-end que le CHP n'agissait désormais plus comme un parti d'opposition.
"On peut voir qu'ils ont atteint le stade où ils agissent de concert avec des groupes terroristes", a-t-il dit samedi lors d'une réunion de l'AKP (Parti de la Justice et du développement).
"La voie que vous avez prise est celle de Qandil, celle de la Pennsylvanie", a-t-il lancé à l'adresse du parti laïque, par allusion aux monts Qandil en Irak qui servent de sanctuaire au PKK et à l'Etat américain où vit en exil volontaire le prédicateur Fethullah Gülen, ennemi numéro un du chef de l'Etat.
Depuis le putsch manqué de juillet 2016, imputé par Erdogan aux gülénistes, plus de 50.000 personnes ont été emprisonnées en attendant un procès et 150.000 ont été suspendues ou licenciées.
Ankara a également fermé 130 organes de presse et 160 journalistes sont en prison, selon les chiffres des syndicats.
(Avec Gulsen Solaker; Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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