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La réouverture d'une mine de tungstène déchaîne les passions

reuters.com

Publié le 19 octobre 2017 à 09:46 - Mis à jour le 19 octobre 2017 à 09:50

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par Johanna Decorse

TOULOUSE (Reuters) - Le projet de réouverture de la mine de tungstène de Salau, dans les Pyrénées ariégeoises, déchaîne les passions locales entre les partisans d'une reprise, qui comptent sur ce métal stratégique pour "faire revivre" leur vallée, et les défenseurs de l'environnement, qui redoutent les risques liés à l'amiante.

Exploitée à partir de 1971, l'ancienne mine située à 1.230 mètres d'altitude, à quelques kilomètres de l'Espagne, a fermé en 1986 du fait de l'effondrement des cours et de la concurrence chinoise. Ses réserves étaient alors estimées à 3.000 tonnes.

La junior française Variscan Mines, basée à Orléans et filiale à 100% de la société australienne Variscan Limited, a obtenu en octobre 2016 auprès du ministère de l'Industrie un permis exclusif de recherche minière d'une durée de cinq ans, qui porte sur plusieurs autres métaux dont l'or.

Le PERM Couflens, du nom de la commune sur laquelle se trouve la mine de Salau, pourrait déboucher sur une reprise industrielle du site si le potentiel de minerai, évalué à quelque 50.000 tonnes par Variscan Mines, se vérifiait.

Le gisement qui, durant sa période d'exploitation, a produit 12.415 tonnes d'oxyde de tungstène, serait "l'un des plus importants au monde" selon la junior d'exploration.

Métal stratégique pour l'industrie de pointe qui entre dans la composition de superalliages pour l'aéronautique, l'armement ou l'éolien, le tungstène est produit à 80% par la Chine.

L'argument avancé par le porteur de projet de garantir à la France, qui a décidé au début des années 2010 de relancer sa politique minière, son "indépendance en tunsgtène" a été déterminant dans l'obtention du permis d'exploration.

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ATTEINTES RESPIRATOIRES

Mais, confronté à l'opposition des anti-mines, l'Etat, via la préfecture de l'Ariège, a dû mettre en place au printemps 2017 une Commission locale d'information, de concertation et de suivi et a imposé à Variscan Mines une évaluation préliminaire des risques sanitaires notamment amiantifères.

La question de l'amiante, fibre minérale aux effets cancérogènes, interdite en France depuis 1997, s'est posée dans la mine de Salau dès le début des années 1980 avec plusieurs cas recensés d'atteintes respiratoires majeures chez les mineurs et deux décès par cancer broncho-pulmonaire.

Confirmée par plusieurs études dont une d'empoussièrement menée en 1984 par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) - établissement public -, la présence d'actinolite, une variété d'amiante de la famille des amphiboles, est contestée par les porteurs de projet.

Fin septembre, les premiers prélèvements dans l'air visant à contrôler l'éventuelle présence d'amiante dans l'entrée de la mine se sont révélés négatifs. Une étude approfondie du risque amiantifère dans la roche devrait démarrer fin 2017, début 2018, après des travaux de sécurisation du site.

L'analyse de roche, prévue pour durer plusieurs mois, fera l'objet d'une expertise menée par un géologue et une métrologue de l'Agence nationale de sécurité sanitaire, alimentation, environnement, travail (Anses), désignés par l'Etat.

Contesté pour ses éventuelles conséquences sur l'environnement d'une zone classée Natura 2000, ce projet l'est aussi sur le plan financier.

A l'origine, la campagne d'exploration de l'ancien site industriel, évaluée à 25 millions d'euros, passait par un contrat de joint-venture avec Juniper Capital Partners Limited.

PRESSIONS DE L'ETAT POUR LE MONTAGE FINANCIER

Mais le fait que la société de capital-risque soit domiciliée dans les Iles Vierges britanniques, un paradis fiscal, a été pointée par les anti-mines et les autorités françaises ont alors obligé Variscan Mines à revoir son montage.

Les porteurs de projet se sont alors tournés vers la junior australienne Apollo Minerals qui a repris le contrat commercial liant Variscan Mines à Juniper Capital Partners Limited. Sous la pression de l'Etat qui les a enjoints à faire évoluer ce contrat vers une société de droit français, la structure Ariège Tungstène a été créée en novembre 2016.

C'est par cette société, rachetée à 100% par Apollo Minerals en 2017, que doivent transiter les fonds pour la campagne d'exploration. La partie opérationnelle, sur le terrain, est gérée par la société Mines du Salat, créée début 2017 et détenue à 80% par Ariège Tungstène et à 20% par Variscan Mines.

"Juniper a fini son rôle de banquier, il ne reste plus qu'une société, Mines du Salat, dont les deux actionnaires sont français. Le montage est clair et transparent", explique à Reuters Michel Bonnemaison, président de Mines du Salat et ancien directeur général de Variscan Mines.

"Dans cinq ans, Mines du Salat, à qui va être transféré le PERM, pourra peut-être déposer une demande de concession. Elle sera amenée à ouvrir son capital et à entrer en bourse. J'espère alors une prise de participation d'actionnaires français."

Mais pour l'heure, le permis exclusif de recherche minière, censé passer aux mains de Mines du Salat, est toujours détenu par Variscan Mines.

"UN ÉCRAN DE FUMÉE", SELON LES OPPOSANTS

De leur côté, les opposants au projet continuent de dénoncer son financement "nébuleux et immoral".

"La mine de Salau est un écran de fumée, le prétexte d'une spéculation boursière qui trompe l'Etat, qui a délivré gratuitement ce permis d'exploration, comme les habitants à qui l'on promet des emplois", dit Jacques Renoud, premier-adjoint au maire de Couflens et co-président de Stop Mine Salau.

"Juniper est toujours là, derrière deux sociétés écrans. L'un de ses membres a été nommé comme Michel Bonnemaison directeur non-exécutif d'Apollo Minerals et cette société australienne est elle-même en partie détenue par Juniper. Si ce projet avait été honnête et industriellement valable au départ, il aurait intéressé des groupes français, européens, américains, russes ou même chinois", maintient Jacques Renoud.

Michel Bonnemaison, qui assure avoir cherché à intéresser des industriels français sur la base des études menées par son propre laboratoire E-Mines, défend "la solidité et le sérieux" de son montage financier. Il précise qu'"Apollo Minerals a bien racheté toutes les parts d'Ariège Tungstène mais qu'elle ne les paiera en actions à Juniper et à Variscan Mines que si le potentiel de la mine est démontré".

"Cela explique que Juniper soit représentée au board d'Apollo Minerals et à la direction d'Ariège Tungstène pour se tenir informée des avancées de la campagne", ajoute le géologue ariégois, ancien du BRGM pour qui le gisement de tungstène de Salau est "de classe mondiale".

(Edité par Yves Clarisse)

reuters.com

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