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Pyongyang dénonce l'impatience du "vieil homme" Trump

reuters.com  |   |  789  mots
Pyongyang denonce l'impatience du vieil homme trump[reuters.com]
(Crédits : Kim Hong-Ji)

par Sangmi Cha et Hyonhee Shin

SEOUL (Reuters) - Kim Jong-un pourrait changer d'opinion à propos de Donald Trump si le président américain continue de faire des déclarations "inappropriées et dangereuses", a déclaré lundi un haut responsable du régime nord-coréen.

Trump, a ajouté Kim Yong-chol, est un "vieil homme impatient" et les Etats-Unis ignorent l'ultimatum fixé par la Corée du Nord.

"Nous n'avons plus rien à perdre", poursuit le responsable nord-coréen cité par l'agence officielle de presse KCNA, répondant au président américain qui a estimé ce week-end que Kim Jong-un avait "tout à perdre" à se montrer "hostile".

"Kim Jong-un est trop intelligent et a beaucoup trop à perdre, tout en fait, s'il agit de manière hostile", a écrit le locataire de la Maison blanche sur Twitter. "Il a signé un accord solide sur la dénucléarisation, il n'a pas envie de gâcher sa relation privilégiée avec le président des États-Unis ou d'interférer dans l'élection présidentielle américaine de novembre".

Pyongyang a annoncé la semaine passée avoir réussi un test "très significatif" depuis la base de lancement de satellites de Sohae, située sur la côte occidentale de la péninsule. La nature de l'arme testée n'a pas été dévoilée, mais l'agence KCNA a rapporté que les résultats de ce test allaient permettre de changer "le statut stratégique" de la Corée du Nord.

Les négociations visant à démanteler les programmes nucléaires et balistiques de la Corée du Nord, amorcées de manière spectaculaire par le sommet de Singapour en juin 2018, sont bloquées depuis l'échec d'une réunion de travail entre les deux parties en octobre à Stockholm.

Pyongyang prévient depuis que la "fenêtre d'opportunité" est en train de se refermer et Kim Jong-un a donné jusqu'à la fin de l'année à Washington pour changer d'approche.

Au sein de l'administration Trump, on estime que cet ultimatum est artificiel, même si l'ambassadeur nord-coréen auprès des Nations unies a déclaré samedi que la dénucléarisation n'était déjà plus un sujet de négociation avec les Etats-Unis et que de longs pourparlers avec Washington n'étaient pas nécessaires.

"WASHINGTON A DÉJÀ FAIT BEAUCOUP DE CADEAUX À KIM"

L'un des points de blocage qui ont provoqué en février l'échec du second sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, au Vietnam, porte sur la synchronisation entre dénucléarisation et levée des sanctions.

La Corée du Nord a ainsi proposé de démanteler son complexe nucléaire de Yongbyon en échange de l'annulation de cinq résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies adoptées en 2016 et 2017 qui limitent notamment les exportations minières et interdisent les transactions financières nord-coréennes.

L'Onu indiquait au moment de leur adoption que ces résolutions représenteraient un manque à gagner d'au moins un milliard de dollars par an pour la Corée du Nord.

Mais les Etats-Unis ont argué que le démantèlement de Yongbyon est insuffisant et réclamé en plus le transfert sur leur territoire d'armes nucléaires et de combustibles nord-coréens.

"Les Américains ne peuvent pas prendre le risque d'alléger d'abord les sanctions, puisqu'ils ont déjà fait beaucoup de cadeaux à Kim sans obtenir en échange de progrès substantiels sur la dénucléarisation", souligne une source diplomatique à Séoul.

Cette source évoque notamment les deux sommets Trump-Kim puis la rencontre impromptue entre les deux dirigeants en juin dernier sur la DMZ, la ligne de démarcation entre les deux Corées, qui ont sorti la Corée du Nord de son isolement et permis à Kim de se tailler une stature internationale.

"Fondamentalement, poursuit cette source, les sanctions sont tout ce dont les Etats-Unis disposent encore pour faire pression sur la Corée du Nord."

A l'inverse, ajoute-t-elle, la bataille électorale que Donald Trump a déjà engagée en vue de la présidentielle de novembre prochain et l'enquête en "impeachment" ouverte contre lui par le Parti démocrate ont peut-être conduit Kim à surestimer les forces de la Corée du Nord.

"S'il n'y a pas de progrès d'ici la fin de l'année, la Corée du Nord devra faire quelque chose, peut-être l'essai d'un missile balistique intercontinental. Les Etats-Unis n'auront alors d'autre choix que de répondre encore plus fermement et, dans le pire des scénarios, les négociations pourraient bien être rompues une bonne fois pour toutes", avance la source diplomatique à Séoul.

(version française Jean Terzian, Bertrand Boucey et Henri-Pierre André)