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Air France et Airbus face à la colère des familles de victimes au procès du crash Rio-Paris

reuters.com

Publié le 10 octobre 2022 à 12:21 - Mis à jour le 18 décembre 2024 à 21:04

Photo d'archives de l'arrivee au port de recife des debris du vol af447 recuperes dans l'ocean atlantique

Photo d'archives de l'arrivee au port de recife des debris du vol af447 recuperes dans l'ocean atlantique

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par Tim Hepher

PARIS (Reuters) - Plus de 13 ans après la disparition au milieu de l'Atlantique d'un Airbus A330 assurant la liaison Rio de Janeiro-Paris, la compagnie aérienne française et le constructeur aéronautique européen ont fait acte de contrition lundi, au premier jour du procès les visant, s'attirant l'ire des parties civiles.

Avant l'ouverture de l'audience, les avocats des parties civiles avaient marqué leur volonté de restituer à ce drame sa "dimension humaine". Tels sont les espoirs des familles des 228 victimes du crash du vol AF447, au terme de longues batailles d'expertises depuis l'accident survenu le 1er juin 2009.

"Air France n'a rien fait, Airbus a été totalement indifférent. Voilà l'enjeu de ce procès, c'est d'abord pour nous de reconstituer cette dimension humaine", a souligné l'un des avocats des parties civiles, Me Alain Jakubowicz.

"C'est un procès où les victimes doivent rester au centre du débat. On ne veut pas qu'Airbus ou Air France fassent de ce procès une conférence d'ingénieurs", a renchéri Me Sébastien Busy.

La directrice générale d'Air France, Anne Rigail, s'est efforcée de répondre d'emblée aux attentes des parties civiles, qui ont bruyamment manifesté leur colère pour certaines, en lisant à la barre une déclaration assurant que "la mémoire des victimes" n'avait "jamais quitté" la compagnie.

"Air France n'oubliera jamais", a-t-elle dit, alors que les noms des 228 victimes avaient été lus en préambule de l'audience.

"BESOIN DE COMPRENDRE"

Dans la salle, une centaine de parties civiles de plusieurs nationalités. Trente-trois nationalités, au total, étaient représentées à bord de l'AF447, principalement des Français, des Brésiliens et des Allemands.

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Anne Rigail a dit partager "la douleur" née de ce "drame sans équivalent", "indélébile", mais aussi "le besoin de comprendre", assurant que la compagnie avait toujours fait acte de "transparence".

Pour Airbus, le directeur général Guillaume Faury a également présenté ses condoléances. "Trop peu, trop tard!", a-t-on entendu dans les rangs des parties civiles.

"Ce sera un procès difficile. Nous sommes ici pour offrir notre compassion (...) mais aussi notre contribution à la vérité", a dit Guillaume Faury à des journalistes.

Les deux représentants ont suscité l'indignation des parties civiles en maintenant à la barre que leurs entreprises respectives n'avaient pas commis de faute pénale.

"J'ai conscience que la parole d'Air France pourra être difficile à entendre", a dit la directrice générale.

"C'est une honte!", ont protesté des proches de victimes.

La justice française avait prononcé un non-lieu dans cette affaire en 2019, mais cette décision avait été invalidée deux ans plus tard en appel, ouvrant la voie à la tenue d'un procès en correctionnelle pour "homicides involontaires", malgré des recours en cassation d'Air France et d'Airbus, jugés irrecevables en août dernier.

C'est la première fois que la responsabilité collective d'une entreprise française est mise en cause dans un procès pour "homicides involontaires" après un crash aérien.

"TIRER LES ENSEIGNEMENTS"

Les enquêteurs qui ont examiné les boîtes noires, retrouvées après deux ans de recherche par 4.000 mètres de fond, ont conclu que les pilotes n'avaient pas réagi comme il aurait fallu à une perte de données de vol provoquée par le givrage des sondes anémométriques de l'Airbus A330, en pleine tempête équatoriale au-dessus du Pot-au-Noir.

Désorientés, ils n'avaient pu empêcher un décrochage aérodynamique ou chute libre de l'appareil de 205 tonnes, le précipitant vers les eaux de l'Atlantique malgré les signaux d'alerte. Aucun des 226 passagers et 12 membres d'équipage n'a survécu.

Les batailles d'expertises ont porté sur la responsabilité d'Air France et d'Airbus dans ce drame, écartée dans un premier temps par la justice avant que la Cour d'appel n'estime que la compagnie aérienne et le constructeur n'avaient pas pris les mesures nécessaires d'information et de formation des pilotes pour les préparer à réagir à ce problème connu.

Le BEA (Bureau d'enquêtes et d'analyses pour la sécurité de l'aviation civile) a en effet révélé qu'Air France s'était inquiétée des défaillances des sondes Pitot, fabriquées par Thalès pour mesurer la vitesse en vol, et avait commencé à en recevoir un nouveau modèle, moins sujet aux problèmes de givrage à haute altitude, lorsque le drame s'est produit.

Cette question sera au coeur des deux mois d'audiences au tribunal correctionnel de Paris, qui s'achèveront le 8 décembre.

Air France et Airbus ne risquent que des amendes - d'un montant maximal de 225.000 euros - si la justice retient une faute pénale de leur part.

"Ce n'est pas les 225.000 euros qui vont leur faire peur. C'est leur réputation. (...) Pour nous c'est tout autre chose, c'est d'abord une vérité (...) et puis faire en sorte que de toutes ces grandes catastrophes, l'on tire les enseignements", a dit Me Alain Jakubowicz.

(Reportage de Tim Hepher, version Sophie Louet, édité par Tangi Salaün)

reuters.com

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