La tuerie d'Orlando remet en cause le profil du "loup solitaire"
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Le profil du "loup solitaire" remis en cause par la tuerie d'orlando
© Dado Ruvic / Reuters
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Le profil du "loup solitaire" remis en cause par la tuerie d'orlando
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par Joseph Ax
NEW YORK (Reuters) - La tuerie d'Orlando, qui a coûté la vie à 49 personnes dans un club gay, pose une nouvelle fois la question de la pertinence du profil du "loup solitaire" dans les cas d'attaque islamiste.
Le directeur du FBI, James Comey, s'est montré prudent lundi en faisant le point sur l'enquête : le tueur, Omar Mateen, s'est très probablement inspiré d'organisations étrangères, a-t-il dit, et les autorités américaines estiment avec un "fort degré de certitude" qu'il s'est radicalisé sur internet.
Omar Mateen, qui a prêté allégeance au groupe Etat islamique (EI) pendant l'attaque, a-t-il pu agir sans aide extérieure même s'il semble acquis qu'il était le seul assaillant ?
Le terme de "loup solitaire" convoque l'image d'un individu socialement isolé, consommateur de propagande violente et fomentant seul son forfait. Ce profil tend à gommer le fait que ces tueurs ne sont pas retranchés du monde, qu'ils peuvent entretenir des relations avec d'autres personnes partageant les mêmes opinions et que ces groupes informels forment, selon les experts en radicalisation, des "tanières" abritant ces loups.
"Nous nous focalisons tellement sur l'aspect 'internet' que nous passons à côté du fait qu'il y a aussi des connexions très humaines", estime Karen Greenberg, qui dirige le Centre de sécurité nationale de l'université Fordham à New York.
Depuis 2014, le ministère américain de la Justice a instruit quelque 90 affaires judiciaires impliquant l'Etat islamique. Il apparaît que les trois quarts des personnes inculpées faisaient partie d'un groupe composé de deux à plus de dix autres conspirateurs qu'elles avaient physiquement rencontrés pour discuter de leurs projets d'attentats.
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Dans les cas où il n'y avait pas eu de rencontre physique, les accusés avaient été en contact avec d'autres sympathisants par SMS, courriers électroniques ou via internet. Dans moins de dix cas, l'auteur présumé des faits a agi totalement seul.
DYNAMIQUE DE GROUPE
Ce constat a incité les services de sécurité américains à revoir leur profilage pour lutter contre le terrorisme intérieur et à se concentrer davantage sur les dynamiques de groupe.
Dans un discours prononcé lors d'une conférence consacrée à l'antiterrorisme en décembre à New York, James Comey insistait sur l'aide que la famille et les amis pouvaient apporter dans le dépistage de la radicalisation.
En février, le FBI a lancé un site éducatif à l'attention des adolescents pour les mettre en garde contre les dangers de l'extrémisme et pour aider parents et membres de la communauté à savoir quand et comment intervenir en cas de comportement inhabituel.
La radicalisation intervient le plus souvent à l'intérieur d'un cercle social plus ou moins large, allant de simples connaissances à des amitiés anciennes en passant par la famille - conjoints ou cousins - ou des relations entre colocataires pendant la période des études.
Syed Rizwan Farook et Tashfeen Malik, les auteurs de l'attaque commise à San Bernardino, en Californie, en décembre dernier, étaient mariés. Ils ont tué 14 personnes.
INTERNET FAVORISE LA RADICALISATION
"Le véritable loup solitaire est en général un individu psychotique et très peu de djihadistes sont vraiment psychotiques", explique Jytte Klausen, professeur à l'université Brandeis, spécialiste de la radicalisation.
La propagande diffusée sur internet n'est pas ce qui provoque l'étincelle chez un individu. Elle entretient plutôt un feu qui couve déjà, estiment les experts.
"C'est un peu comme si un site de rencontres était conçu afin que les personnes inscrites ne se rencontrent jamais", précise Max Abrahms, professeur à la Northeastern University. "Il n'y a évidemment pas de solution de substitution à une relation sociale réelle."
Cette dynamique du groupe a été particulièrement mise en lumière dans une récente affaire impliquant six accusés dans la région de New York. Deux amis étudiants, Nader Saadeh et Munther Omar Saleh, âgés de 20 ans, se sont convaincus que la fin du monde était proche et ont décidé de créer une "petite armée" de copains. Ils ont recruté un autre étudiant, Samuel Topaz, 21 ans, et un adolescent de 16 ans Imran Rabbani.
Pendant plusieurs mois, ils ont envisagé la possibilité de partir faire le djihad en Syrie ou d'organiser un attentat à la bombe sur le sol américain. Le groupe a été démantelé lorsque la mère de Topaz, inquiète du comportement de son fils, a averti le FBI début 2015, avant que les jeunes gens passent à l'action.
(Pierre Sérisier pour le service français)
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