Washington s'indigne de sa mise en cause par la Turquie
reuters.com

Tensions dans les relations americano-turques
SERGEI KARPUKHIN
reuters.com

Tensions dans les relations americano-turques
SERGEI KARPUKHIN
par Jeff Mason et Jonathan Landay
LUXEMBOURG (Reuters) - Les déclarations publiques laissant entendre que les Etats-Unis portent une responsabilité dans la tentative de coup d'Etat menée en Turquie portent atteinte aux relations bilatérales, a déclaré le secrétaire d'Etat John Kerry à son homologue turc, Mevlut Cavusoglu.
Le chef de la diplomatie américaine a en outre invité les autorités turques à faire preuve de retenue et à respecter l'Etat de droit dans le cadre de l'enquête sur les putschistes, rapporte John Kirby, porte-parole du département d'Etat, dans un communiqué.
"Il a dit clairement que les Etats-Unis étaient prêts à apporter leur aide aux autorités turques dans la conduite de cette enquête, mais que les insinuations ou les affirmations publiques au sujet d'une éventuelle implication des Etats-Unis dans le coup d'Etat manqué sont éminemment fausses et nuisent aux relations bilatérales", ajoute-t-il.
Le président Recep Tayyip Erdogan a imputé la tentative de coup d'Etat à l'opposant Fethullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis, qu'il accuse de longue date de noyauter les instances judiciaires et militaires pour le renverser, et a réclamé son extradition. La Turquie considérera qu'elle est en guerre avec tous les Etats qui soutiennent Gülen, a quant à lui averti le Premier ministre, Binali Yildirim.
"Nous sommes parfaitement conscients que des questions vont se poser au sujet de M. Gülen et nous invitons évidemment le gouvernement turc (...) à nous présenter les éléments à même de justifier un examen, que les Etats-Unis étudieront et jugeront de manière appropriée", a promis John Kerry.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

A Washington, Barack Obama a de nouveau exprimé son soutien au gouvernement turc "démocratiquement élu" après avoir réuni samedi matin ses conseillers à la sécurité et aux affaires étrangères.
LES AVIONS AMÉRICAINS CLOUÉS AU SOL À INCIRLIK
"Bien que nous n'ayons pas confirmation de la présence d'Américains parmi les victimes des violences, le président et son équipe déplorent la perte de vies humaines et soulignent la nécessité vitale pour toutes les parties d'agir dans le cadre de la loi et d'éviter les actes susceptibles d'entraîner de nouvelles violences ou une instabilité", ajoute la Maison blanche.
Les relations bilatérales traditionnellement étroites se sont dégradées ces dernières années en raison des dérives autoritaires et des atteintes à la liberté d'expression que l'administration Obama reproche à Erdogan.
La Turquie reste toutefois un allié essentiel des Etats-Unis, qui utilisent la base turque d'Incirlik dans le cadre de la lutte contre les djihadistes de Daech, mais son soutien à certains mouvements islamistes qui combattent Bachar al Assad est vu d'un mauvais oeil à Washington, tout comme sa réticence à fermer la frontière aux volontaires décidés à aller combattre en Syrie.
Le président Erdogan s'est quant à lui indigné du soutien des Etats-Unis aux rebelles kurdes syriens proches des séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
La fermeture de l'espace aérien turc après le coup d'Etat manqué a entraîné l'interruption des opérations américaines à Incirlik. Les Etats-Unis oeuvrent avec les autorités turques à la leur reprise "dès que possible", a annoncé samedi le Pentagone.
"Dans le même temps, le Commandement central américain réorganise ses opérations aériennes contre le groupe Etat islamique afin de minimiser les conséquences sur les frappes", a expliqué un porte-parole.
(Avec Dasha Afanasieva, John Walcott, Phil Stewart et David Brunnstrom, Jean-Philippe Lefief pour le service français)
reuters.com