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L'avion d'Erdogan a été approché par des F-16 des putschistes

reuters.com  |   |  660  mots
L'avion d'erdogan dans la mire de f-16 des putschistes[reuters.com]
(Crédits : Kemal Aslan)

par Humeyra Pamuk et Orhan Coskun

ANKARA/ISTANBUL (Reuters) - Au temps fort de la tentative de putsch, dans la nuit de vendredi à samedi, deux F-16 pilotés par des putschistes se sont approchés de l'avion menant à Istanbul le président Recep Tayyip Erdogan, qui avait décollé des environs de la station balnéaire de Marmaris.

"Au moins deux F-16 ont harcelé l'avion d'Erdogan alors qu'il volait vers Istanbul. Leur radar a accroché l'appareil ainsi que les deux autres F-16 qui l'escortaient", a dit à Reuters un ancien officier de l'armée au fait des événements. "On ignore pourquoi ils n'ont pas tiré".

Un haut responsable turc a confirmé que l'avion présidentiel avait été harcelé, alors qu'il était en vol, par deux F-16 pilotés par des putschistes, mais qu'il avait néanmoins pu atterrir à Istanbul. Un deuxième haut responsable a dit lui aussi que l'appareil présidentiel avait connu "des problèmes pendant le vol", mais il n'a pas donné plus de précisions.

Erdogan a affirmé que les putschistes avaient tenté de s'en prendre à lui à Marmaris et avaient bombardé des lieux qu'il venait de quitter. Il a "échappé à la mort, à quelques minutes près", a dit le deuxième responsable.

Vingt-cinq soldats sont descendus à terre en rappel d'hélicoptères survolant l'hôtel de Marmaris où séjournait Erdogan, mais celui-ci venait de quitter les lieux, a rapporté la chaîne de télévision CNN-Türk.

Le Premier ministre, Binali Yildirim, a également été directement visé à Istanbul et s'est échappé de justesse, a dit aussi ce responsable, sans donner à cet égard de précisions.

Selon des sites internet qui suivent le trafic aérien, un avion Gulfstream IV -- type d'appareil utilisé par les officiels turcs -- a décollé de l'aérodrome de Dalaman, à une heure et quart de route de Marmaris, vendredi vers 22h40 GMT.

LES CERVEAUX DU COUP DE FORCE

Le volet aérien de la tentative de putsch semble avoir eu pour centre la base d'Akinci, à une cinquantaine de kilomètres au nord-ouest d'Ankara, où au moins 15 pilotes ont participé aux opérations sous la houlette d'un commandant mutiné, dit l'ancien officier de l'armée.

Le chef des forces armées, Hulusi Akar, a été retenu en otage à la base durant le coup de force mais a été au bout du compte délivré. Les avions d'Akinci pilotés par des mutins ont volé bas au-dessus d'Istanbul et d'Ankara vendredi soir, brisant des vitres et terrifiant des civils en franchissant le mur du son.

Selon trois hauts responsables à Ankara, Akin Öztürk, chef de l'armée de l'air jusqu'à l'an dernier et membre du Haut conseil militaire (YAS), l'instance suprême qui supervise les forces armées, est l'un des cerveaux du complot. Il compte parmi les quelque 3.000 militaires arrêtés depuis l'échec de la tentative, qui s'est soldée par la mort de plus de 290 personnes. On dénombre en outre plus de 1.400 blessés.

Né en 1952, Akin Öztürk devait quitter ses fonctions en août lors d'une réunion du YAS, qui tient conseil deux fois par an.

Le deuxième cerveau du complot, selon les trois mêmes hauts responsables, serait un ancien conseiller juridique du chef d'état-major des armées, du nom de Muharrem Kose. Selon eux, Kose est un fervent partisan de Fethullah Gülen, grand adversaire du président turc, que le pouvoir turc accuse d'être responsable de la tentative de coup d'Etat.

Muharrem Kose avait été relevé de son poste en mars, mais n'avait pas été écarté de l'armée, a dit l'un des trois responsables. On ignore où il se trouve.

"Il y avait de sérieux préparatifs en cours depuis très longtemps. Les deux personnes en question semblent avoir été les cerveaux de la tentative de putsch", a dit ce responsable, sous le sceau de l'anonymat.

(Eric Faye pour le service français)