RDC: Victoire contestée de l'opposant Félix Tshisekedi à la présidentielle
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Rdc: victoire contestee de l'opposant felix tshisekedi a la presidentielle
Olivia Acland
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Rdc: victoire contestee de l'opposant felix tshisekedi a la presidentielle
Olivia Acland
par Giulia Paravicini et Stanis Bujakera
KINSHASA (Reuters) - L'opposant Félix Tshisekedi a remporté l'élection présidentielle du 30 décembre en République démocratique du Congo (RDC) avec 38,57% des suffrages, a annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi la Commission électorale nationale (Ceni), un résultat aussitôt contesté par un autre candidat de l'opposition, Martin Fayulu.
L'élection doit ouvrir la voie à la première transition pacifique du pouvoir dans l'histoire de la RDC dont le président sortant, Joseph Kabila, en place depuis 2001, avait décidé de ne pas se représenter en application des dispositions sur la limitation des mandats présidentiels.
Mais la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui avait déployé 40.000 scrutateurs le jour du scrutin, a déclaré que le vainqueur annoncé par la Ceni ne correspondait à celui issu de son propre décompte et la France et la Belgique ont exprimé des doutes sur les résultats proclamés.
La Cenco n'a pas mentionné le nom de celui qu'elle considère comme le vainqueur mais selon trois diplomates, il s'agit bien de Martin Fayulu.
Quatre personnes ont été tuées lors de manifestations dans une ville du centre du pays mais le reste de la RDC est resté apparemment calme.
Dans un entretien accordé à Radio France Internationale (RFI), Martin Fayulu, donné favori par les sondages avant le scrutin, a dénoncé un "putsch électoral". "Les résultats n'ont rien à voir avec la vérité des urnes", a dit celui qui est soutenu par les principaux rivaux de Kabila, appelant les observateurs du scrutin à en publier les "vrais" résultats.
Les vaincus, parmi lesquels le candidat du parti au pouvoir choisi par Joseph Kabila, l'ancien ministre de l'Intérieur Emmanuel Ramazani Shadary, ont la possibilité de déposer un recours devant le Conseil constitutionnel.
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Le porte-parole de Shadary a toutefois concédé la défaite. "Naturellement, nous ne sommes pas heureux que notre candidat ait perdu, mais le peuple congolais a choisi et la démocratie a triomphé", a commenté Barnabé Kikaya Bin Karubi.
LES DOUTES DE LA FRANCE
La suspicion entoure les résultats de l'élection, des observateurs ayant signalé des irrégularités et des rumeurs faisant état de négociations secrètes entre le gouvernement de Kabila et Félix Tshisekedi en vue d'un partage du pouvoir.
A Paris, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, s'appuyant sur les observations de la Conférence épiscopale, a estimé jeudi que les résultats annoncés par la Ceni ne semblaient "pas conformes aux résultats que l'on a pu constater ici ou là". Le ministre français a par ailleurs lancé un appel au calme.
Son homologue belge Didier Reynders, plus prudent, a fait part des doutes de l'ancienne puissance coloniale. "Nous avons un certain nombre de doutes que l'on doit vérifier et qui feront l'objet de débats dans les prochains jours au sein du Conseil de sécurité (des Nations unies)", a-t-il dit sur la RTBF.
A l'annonce des résultats, des milliers de personnes se sont rassemblées à Limete, le quartier de Kinshasa où réside Félix Tshisekedi, pour célébrer sa victoire, dansant et chantant au son des klaxons. Des scènes de liesse ont également eu lieu dans le sud du pays, où Tshisekedi bénéficie d'un large soutien.
"Je ne serai pas le président d'une organisation politique (...) Je ne serai pas président d'une tribu (...) Je serai le président de tous les Congolais", a dit l'opposant lors d'un discours prononcé à son siège de campagne devant ses partisans.
A Kikwit, 500 km à l'est de Kinshasa, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une foule s'en prenant à des symboles du gouvernement et quatre personnes sont mortes dans la mêlée, selon un bilan fourni par le maire de la ville, Leonard Mutangu.
CRAINTES D'UNE MANIPULATION
Le fils de l'opposant historique Etienne Tshisekedi, mort en 2017 après 35 ans de combats politiques, a rendu hommage à Kabila qu'il a décrit comme un "important partenaire politique".
Si sa victoire est confirmée sous dix jours par le Conseil constitutionnel, Tshisekedi sera le premier dirigeant congolais à prendre le pouvoir par les urnes depuis Patrice Lumumba, renversé par un coup d'Etat trois mois après l'indépendance, en 1960, et tué quatre mois plus tard.
D'après les chiffres annoncés par la Ceni lors d'une conférence de presse organisée dans la nuit, à 03h00 heure locale (02h00 GMT), semble-t-il dans le but d'éviter le déclenchement de manifestations, Tshisekedi a récolté plus de 7 millions de voix sur 18 millions de suffrages exprimés, contre 6,4 millions pour Fayulu et environ 4,4 millions pour Shadary.
Les craintes d'une manipulation électorale en faveur du candidat du pouvoir ne se sont pas matérialisées, mais des proches de Fayulu ont accusé Kabila de vouloir négocier un accord de partage du pouvoir avec Tshisekedi si Shadary venait à être battu.
Des partisans de Félix Tshisekedi, qui ne doutaient pas de sa victoire, ont reconnu mardi avoir rencontré des représentants de Kabila en vue d'assurer un transfert pacifique du pouvoir, niant toutefois la conclusion d'un accord. Les pro-Kabila ont démenti de tels contacts.
Un responsable du département des opérations de maintien de la paix des Nations unies a estimé que la victoire annoncée de Tshisekedi pourrait apporter provisoirement un peu de calme au pays mais que "les exilés et les trahis se rebelleront", par allusion aux ex-chefs de milices qui soutiennent Fayulu.
"Tshisekedi n'a pas la capacité de gouverner, ni aucun moyen de contrôler l'armée ou les nominations ministérielles. Il fera ce qu'on lui dit, avec un pistolet pointé sur la tempe", a déclaré ce responsable de l'Onu.
(avec Fiston Mahamba à Goma; Guy Kerivel, Jean Terzian et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)
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