Le chef des servives de renseignement soudanais démissionne
reuters.com

Des milliers de manifestants defient le couvre-feu au soudan
Stringer .
reuters.com

Des milliers de manifestants defient le couvre-feu au soudan
Stringer .
par Khalid Abdelaziz
KHARTOUM (Reuters) - Salah Abdallah Mohamed Saleh, chef des services de renseignement soudanais, a renoncé à ses fonctions samedi alors que les manifestations pour l'instauration d'un régime civil se poursuivaient à Khartoum.
La veille, le ministre de la Défense Aouad Mohamed Ahmed Ibn Aouf, qui avait pris la tête du conseil militaire formé après la destitution jeudi du président Omar el Béchir, avait lui aussi annoncé sa démissionné.
Plus connu sous le nom de Salah Goch, l'ex-directeur du puissant Service de renseignement et de sécurité national était considéré comme la personnalité la plus influente après le président déchu.
Le général Abdel Fattah al Bourhan Abdelrahman, nouveau chef du conseil militaire qui serait plus ouvert au dialogue avec les manifestants, a accepté sa démission, selon l'agence de presse officielle Suna.
L'officier peu connu des Soudanais occupait jusqu'ici le troisième rang de la hiérarchie militaire. En tant que chef d'état-major de l'armée de terre, il avait la responsabilité du contingent soudanais engagé au Yémen dans la coalition sous commandement saoudien et entretient à ce titre des relations étroites avec de hauts gradés de la péninsule arabique.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La démission du chef du conseil militaire samedi soir a été célébrée par les manifestants mobilisés par centaines de milliers qui exigent la formation d'un gouvernement civil.
"Aujourd'hui, nous continuons à défiler pour faire triompher notre révolution", annonce dans un communiqué l'Association des professionnels soudanais (APS), mouvement à l'origine des manifestations qui ont provoqué la destitution d'Omar el Béchir. déclaré la SPA dans un communiqué.
"C'est un pas dans la bonne direction et une reconnaissance des revendications des masses qui nous rapproche de la victoire", s'était félicité la veille son porte-parole Rachid Saïd.
"Nous sommes déterminés à obtenir la mise en oeuvre des demandes que nous avons transmises à l'armée. Nous invitons les masses à rester dans les rues jusqu'à leur application", a-t-il déclaré à Reuters.
DÉFIANCE
Les généraux qui ont déposé le président jeudi avaient annoncé dans un premier temps une période transitoire de deux ans suivie d'élections, mais ont proposé vendredi de la ramener à un mois, ce que les manifestants ont refusé, exigeant la restitution immédiate du pouvoir à une administration civile.
Le conseil militaire a par ailleurs fait savoir qu'Omar el Béchir ne serait pas extradé pour répondre d'accusations de génocide devant la Cour pénale internationale (CPI), mais qu'il pourrait être jugé au Soudan.
En signe de défiance au conseil militaire, plusieurs milliers de manifestants observaient vendredi soir un sit-in devant l'enceinte du ministère de la Défense et dans d'autres zones de la capitale, alors qu'un couvre-feu annoncé par Ibn Aouf prenait effet.
Au moins 16 personnes ont été tuées et 20 autres blessées par des balles perdues lors des manifestations et sit-in organisés jeudi et vendredi, a déclaré samedi un porte-parole de la police, précisant que des bâtiments gouvernements et des propriétés privées avaient été attaqués.
"La police regrette que ces incidents se soient produits", a souligné Hashem Ali dans un communiqué. Il a appelé la population civile à ne pas bloquer les routes et à respecter les lois afin de garantir la sécurité de tous.
La foule avait commencé à se rassembler dès vendredi matin devant le ministère de la Défense, où de grandes tentes ont été dressées pour distribuer de l'eau et de la nourriture aux personnes présentes.
Le conseil militaire a indiqué qu'il tolérerait les rassemblements pacifiques mais qu'il réagirait en cas d'émeutes ou de tentatives de blocage.
"NOUS NE SOMMES PAS AVIDES DE POUVOIR"
Le général Omar Zaïne al Abidine, chef du comité politique du conseil militaire, a assuré que l'armée n'avait pas l'intention de conserver le pouvoir et que la solution à la crise viendrait des manifestants.
"Nous sommes les protecteurs des revendications du peuple", a-t-il affirmé. "Nous ne sommes pas avides de pouvoir".
Il a en outre promis vendredi que le conseil allait consulter les partis politiques, mais la rencontre a été reportée à une date non précisée, a annoncé dans la soirée l'agence de presse officielle Suna. Les membres du conseil doivent désigner deux représentants et leurs noms seront dévoilés samedi, ajoute-t-elle.
Le Congrès national, le parti de Béchir, n'a pas été convié à prendre part aux discussions car "il est responsable de ce qui s'est passé, a dit Al Abidine.
Le chef du comité politique du conseil militaire a promis d'aider le futur gouvernement à lutter contre les difficultés économiques qui ont attisé la colère de la rue après une hausse du prix du pain, le 19 décembre.
Le Soudan est en proie à une grave crise économique provoquée notamment par des années de sanctions américaines et la perte d'une bonne partie de ses revenus pétroliers lors de la sécession du Soudan du Sud en 2011.
(Avec Hesham Hajali, Omar Fahmy, Ahmed Tolba et Yousef Saba au Caire; Nicolas Delame, Tangi Salaün, Jean-Philippe Lefief et Jean Terzian pour le service français)
reuters.com