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Les européennes, dernier défi électoral de Berlusconi ?

reuters.com  |   |  666  mots
Les europeennes, dernier defi electoral de berlusconi?[reuters.com]
(Crédits : Max Rossi)

par Angelo Amante et Crispian Balmer

ROME (Reuters) - Silvio Berlusconi et Forza Italia, parti qu'il a fondé il y a 25 ans, joueront probablement leur survie politique le 26 mai, lors des élections européennes.

Une partie de leur électorat pourrait à nouveau préférer la Ligue et renforcer la suprématie du vice-président du Conseil Matteo Salvini, chef de file du mouvement d'extrême droite, devenu celui de la droite tout entière.

La nécrologie politique du "Cavaliere" a été écrite à plusieurs reprises. A 82 ans, il semble toujours aussi décidé à faire mentir les pronostics, mais ses fidèles commencent sérieusement à s'inquiéter.

"Pour notre avenir, il est très important que nous ayons au moins 10% aux élections européennes", reconnaît un ancien membre du gouvernement ayant requis l'anonymat. "En-dessous de ce seuil psychologique, les gens quitteront le navire et iront rejoindre la Ligue. C'est la loi de la gravité de Newton, les masses les plus importantes attirent les plus faibles."

Début avril, Forza Italia oscillait entre 8,7 et 12,1% des intentions de vote, alors que Ligue se situait entre 30,5 et 35,7%.

"Si Forza Italia ne parvient pas à renouveler sa direction et son programme, elle court de grands risques", estime également Roberto Weber, responsable de l'institut de sondage Ixe.

Les mouvements de Berlusconi et de Salvini se sont présentés ensemble lors des législatives de 2018, mais leurs relations se sont nettement dégradées lorsque le second a accepté de former une coalition gouvernementale avec les contestataires du Mouvement 5 étoiles (M5S), ennemis jurés de l'homme d'affaires.

L'alliance est toujours de rigueur à l'échelon local, mais la Ligue a préféré prendre ses distances au niveau national avec un Berlusconi en perte de vitesse et presque embarrassant.

La Ligue pourrait toutefois tendre la main à ses lieutenants, en particulier dans le Sud, qu'elle cherche à conquérir. Les nationalistes de Frères d'Italie, alliés de longue date de Berlusconi, semblent également décidés à tirer parti de son déclin.

"L'INSTINCT DE SURVIE"

Les appartenances politiques sont traditionnellement mouvantes dans la péninsule et les élus n'hésitent pas à quitter les navires en perdition. Près de 350 parlementaires sur 945 ont changé de camp pour diverses raisons au cours de la dernière législature.

Riccardo Molinari, président du groupe de la Ligue à la Chambre des députés, éclate de rire quand on lui demande si son parti cherche à faire basculer les sièges parlementaires de Forza Italia dans son escarcelle, en particulier au Sénat où la majorité est plus ténue.

"Je pense qu'ils pourraient être tentés de nous rejoindre. Il est clair que beaucoup d'élus de nombreux partis souhaitent rejoindre la Ligue", se félicite-t-il.

"Les parlementaires aussi ont l'instinct de survie", ironise par ailleurs un sénateur anonyme de Forza Italia.

Giorgia Meloni, présidente de Frères d'Italie, chasse, elle, ouvertement sur les terres de Forza Italia. Quatre anciens fidèles de Berlusconi figurent d'ores et déjà sur la liste du mouvement nationaliste pour les européennes.

"Le projet politique de Berlusconi a vécu", juge le député européen Stefano Maullu, qui a sauté le pas en novembre après avoir milité 24 ans sous les couleurs de Forza Italia.

Giorgia Meloni négocierait par ailleurs avec Giovanni Toti, président de Ligurie, dans le Nord, en vue de la création d'un nouveau parti, qui pourrait éventuellement s'allier à la Ligue.

Dans les rangs mêmes de Forza Italia, on s'attend à voir Berlusconi tirer sa révérence an cas de revers. L'ancien mannequin Mara Carfagna pourrait alors prendre la relève.

Le mois dernier, Il Giornale, qui appartient à la famille Berlusconi, a annoncé la fermeture de sa rédaction romaine dans le cadre d'un recentrage à Milan, capitale des affaires.

"Au temps de la splendeur de Berlusconi, une telle chose ne se serait jamais produite", a commenté un journaliste du quotidien.

(Avec Gavin Jones, Jean-Philippe Lefief pour le service français)