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BNS et BdF vont tester des monnaies numériques de banques centrales entre institutions financières

reuters.com  |   |  611  mots
Bns et bdf vont tester des monnaies numeriques de banques centrales entre institutions financieres[reuters.com]
(Crédits : Arnd Wiegmann)

par John Revill et Marc Jones

ZURICH/LONDRES (Reuters) - La Banque de France (BdF) et la Banque nationale suisse (BNS) vont tester les premiers paiements transfrontaliers en Europe en monnaie numérique de banques centrales, ont-elle annoncé jeudi, ce qui constituera une première pour deux des principales devises au monde.

L'expérience concernera uniquement le marché des prêts interbancaires mais ce sera la première fois qu'un euro et un franc suisse numériques seront testés.

Les banques UBS, Credit Suisse et Natixis sont associées au projet, tout comme l'opérateur boursier suisse SIX Digital Exchange, la société "fintech" R3 et la branche innovation de la Banque des règlements internationaux (BRI).

La zone euro s'adapte ainsi à une "tendance forte" à la numérisation des paiements, a déclaré Sylvie Goulard, sous-gouverneure de la BdF.

Il s'agit d'une nouvelle étape en matière d'expérimentation de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) pour la BdF, qui a effectué en avril des paiements sur des obligations numériques émises par la Banque européenne d'investissement en utilisant la technologie de stockage et de transmission d'informations dite "blockchain".

"La Banque de France est convaincue des avantages potentiels de la monnaie numérique de banques centrales à destination des institutions financières (MNBC de gros, ndlr) pour offrir une sécurité et une efficacité maximales dans les transactions financières", a expliqué Sylvie Goulard.

La collaboration entre la BdF et la BNS a été baptisée "Jura", en référence à la chaîne de montagnes qui sépare la France de la Suisse.

Elle permettra d'échanger une MNBC de gros en euros contre une MNBC du même type en franc suisse par le biais d'un mécanisme de réglementa paiement contre paiement. Ces transactions seront effectuées entre des banques basées en France et en Suisse.

Grâce à cette technologie, les paiements seront presque instantanés mais les deux banques centrales devront les approuver numériquement avant qu'ils puissent être effectués.

PROJET "ESSENTIEL"

Il s'agit d'un projet "exploratoire" qui n'a pas vocation à signaler la mise en oeuvre prochaine pleine et entière de monnaies numériques, ont précisé la BdF et la BNS.

Ce test, qui doit se dérouler au cours des prochains mois, est la dernière partie du projet "Helvetia" lancé l'an dernier par la BNS sur les MNBC de gros.

Il intervient après la décision de la banque centrale de Chine et de celle des Emirats arabes unis de rejoindre un projet transfrontalier de monnaie numérique, baptisé "m-bridge", mené en partenariat avec le service innovation de la BRI basé à Hong Kong.

"Il est essentiel que les banques centrales restent à la pointe des développements technologiques", a expliqué Andrea Maechler, membre de la direction générale de la BNS.

Les MNBC de gros, qui sont généralement limitées à un petit cercle d'utilisateurs comme les institutions financières détenant des comptes auprès des banques centrales, sont différentes des MNBC de détail, accessibles au grand public.

Elles sont plébiscitées par les banques centrales en raison de leur potentiel pour rendre plus sûrs, plus rapides et moins chers les systèmes financiers existants.

La BNS s'est en revanche montrée sceptique à l'égard des monnaies numériques telles que le projet Diem de Facebook, auparavant connu sous le nom de Libra, estimant que leur essor pourrait nuire à l'efficacité de sa politique monétaire.

(John Revill à Zurich et Marc Jones à Londres, avec Leigh Thomas et Claude Chendjou à Paris, Blandine Hénault pour la version française, édité par Marc Angrand)