Affaire Karachi : 25 ans après les faits, s'ouvre le procès du financement de la campagne de Balladur (sans Balladur)

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Le 25 août 1994, Édouard Balladur, Premier ministre de cohabitation de François Mitterrand et son  ministre de la Défense François Léotard (à g.), assistent à la cérémonie du 50e anniversaire de la libération de Paris avec Jacques Chirac, alors maire de Paris qui entrera bientôt frontalement dans la compétition pour la campagne présidentielle de 1995.
Le 25 août 1994, Édouard Balladur, Premier ministre de cohabitation de François Mitterrand et son ministre de la Défense François Léotard (à g.), assistent à la cérémonie du 50e anniversaire de la libération de Paris avec Jacques Chirac, alors maire de Paris qui entrera bientôt frontalement dans la compétition pour la campagne présidentielle de 1995. (Crédits : Reuters)
C'est un procès qui se tient près de 25 ans après les faits, du 7 au 31 octobre au tribunal correctionnel de Paris. Comparaîtront MM. Takieddine, Bazire, Gaubert, Donnedieu de Vabres, El Assir et Castellan. Deux des principaux intéressés seront absents. En effet, l'ancien Premier ministre Édouard Balladur et son ex-ministre François Léotard sont renvoyés devant la Cour de justice de la République (CJR) seule habilitée à juger les membres du gouvernement pour des actes commis dans l'exercice de leurs fonctions. En l'occurrence ici, il est question de financement présumé occulte pendant la campagne présidentielle de 1995 laquelle opposa Balladur et Chirac dans une lutte fratricide.

Un premier procès s'ouvre lundi dans la tentaculaire affaire Karachi: six hommes sont jugés au tribunal correctionnel de Paris pour des soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle malheureuse d'Edouard Balladur en 1995.

Trois politiques, un industriel et deux intermédiaires devront répondre, jusqu'au 31 octobre, d'abus de biens sociaux ou de complicité et recel de ce délit, notamment au détriment de la branche internationale de la Direction des constructions navales (DCNI).

Pots-de-vin et rétrocommissions sur des ventes d'armes

Au cœur du dossier: des soupçons de rétrocommissions sur des sommes réglées à des intermédiaires, le "réseau K", en marge de la vente de frégates à l'Arabie saoudite (contrat Sawari II) et de sous-marins au Pakistan (Agosta).

Si le versement de pots-de-vins à des agents étrangers étaient alors la règle à l'international - jusqu'à leur interdiction en 2000 -, les rétrocommissions étaient, elles, proscrites.

Pour l'accusation, ce sont ces rétrocommissions qui auraient alimenté les comptes de campagne d'Edouard Balladur dans un contexte très particulier: celui de la lutte fratricide qui opposait alors au sein de la droite française le Premier ministre sortant, sans appareil, au maire de Paris Jacques Chirac, qui avait lui le soutien du RPR.

L'attentat de Karachi, le déclencheur de l'enquête

L'affaire prend sa source dans l'enquête sur l'attentat de Karachi. Le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un bus transportant des salariés de la DCNI coûtait la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant à la construction des sous-marins dans le port pakistanais de Karachi.

L'enquête, qui avait au départ privilégié la piste terroriste d'Al-Qaïda, s'en était éloignée en 2009 pour explorer les possibles liens, non confirmés à ce jour, entre l'attaque et l'arrêt du versement des commissions en 1995.

Balladur et Léotard, deux des principaux intéressés, seront absents

Le procès qui s'ouvre lundi ne dira pas si l'arrêt du versement des commissions, décidé par Jacques Chirac après son élection, est ou non lié à l'attentat survenu sept ans plus tard.

C'est exclusivement le volet financier du dossier qui sera jugé, mais en l'absence du principal intéressé, Edouard Balladur, et de son ancien ministre de la Défense François Léotard: tous deux viennent d'être renvoyés devant la Cour de justice de la République, seule juridiction habilitée à juger les membres du gouvernement pour des actes commis dans l'exercice de leurs fonctions.

Les trois prévenus issus du monde politique nient tout financement illégal: Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne d'Edouard Balladur et aujourd'hui un des dirigeants du groupe de luxe LVMH; Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller à l'époque du ministre de la Défense; Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy et surtout engagé dans la campagne de M. Balladur.

Ils sont jugés aux côtés de Dominique Castellan, ancien patron de la DCNI, ainsi que deux hommes d'affaires: le Franco-libanais Ziad Takieddine et l'Espagnol d'origine libanaise Abdul Rahman Al Assir, membres du "réseau K". La présence de ce dernier, qui réside en Suisse, est peu probable.

300 millions d'euros de commissions sur des contrats d'armement

Après des années d'enquête, les juges d'instruction ont estimé que plus de 300 millions d'euros de commissions "indues" et "exorbitantes" sur des contrats d'armement avaient été versées au "réseau K" (pour "King", allusion au roi d'Arabie).

Un réseau "inutile" et imposé par le gouvernement en fin de négociations pour enrichir ses membres et financer par des rétrocommissions la campagne Balladur, via des sociétés offshore, selon les magistrats.

Une thèse combattue par l'ancien dirigeant de la DCNI et les intermédiaires, qui affirment  que l'intervention du "réseau K" a été décisive pour la signature des contrats, notamment au Pakistan, où la France était en concurrence avec la Grande-Bretagne.

"Si le réseau est utile, il n'y a pas d'abus de biens sociaux et ce dossier est vide", a commenté un avocat de la défense.

Takieddine concède avoir financé en partie la campagne de Balladur

Pendant l'enquête, après avoir longtemps tergiversé, Ziad Takieddine avait concédé avoir financé la campagne d'Edouard Balladur à hauteur de 6 millions de francs (moins d'un million d'euros), affirmant avoir été sollicité par Nicolas Bazire par l'intermédiaire de Thierry Gaubert, ce que les deux hommes contestent.

Les juges s'étaient notamment intéressés aux 10,2 millions de francs versés en coupures de 500 et 100 francs le 26 avril 1995 sur le compte de campagne d'Édouard Balladur.

Les comptes de campagne de l'ex-Premier ministre avaient été validés par le Conseil constitutionnel.

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Commentaires
a écrit le 07/10/2019 à 14:54 :
Qu'on le laisse tranquille ?! ben voyons, de cette façon on ne fera jamais de modèle, c'est tellement facile, comme Chirac qui soit disant ne se rappelait plus des emplois fictifs du RPR etc...
Sûrement pas les laisser tranquille...
a écrit le 07/10/2019 à 12:51 :
Un procès inutile:a son age il ne fera jamais de prison,qu'on le laisse tranquille,regardons vers l'avenir.
a écrit le 07/10/2019 à 12:12 :
25 ans. C'est le delai en vigueur dans toutes les ripoubliques bananieres.
La France pays de corruption generalise
a écrit le 07/10/2019 à 11:52 :
La France ce pays que j'aime est un pays ou règne une corruption, à quand une grande opération main blanche..
a écrit le 07/10/2019 à 11:25 :
Probablement pas beaucoup de preuves (pour en trouver c'est à Karachi qu'il eût fallu enquêter)... Ca va se terminer en relaxe générale.
Réponse de le 07/10/2019 à 12:41 :
Tous les juges d'instruction qui ont travaillé sur cette affaire racontent la difficulté intrinsèque de l'affaire.
Un attentat, dans un pays où l'insécurité et la corruption sont la règle.
Un motif peu évident à prouver.
Des gouvernements successifs qui mettent peu d'enthousiasme voire font tout pour bloquer l'avancement de l'enquête (secret défense...).

Forcément ça dure.
Il est déjà quasi miraculeux que cette enquête arrive à des mises en examen et à un jugement.
Et surtout il manquera les deux principaux protagonistes , qui seront jugés par la CJR, dont la "dureté" est proverbiale.
Réponse de le 07/10/2019 à 21:13 :
@Ils ont enquété à Karachi : des mises en examen et un procès qui ne débouchent pas sur des condamnations ça ne sert à rien et de toutes façons ça contribue au discrédit de la justice ; certains affirmeront qu'il s'agit de justice à visée politique ayant pour but de discréditer tel ou tel camp tandis que d'autres parleront de justice aux ordres qui épargne les puissants.
a écrit le 07/10/2019 à 10:55 :
"10 millions de francs en coupure de 500 et 100 euros".!!! versés sur un compte de campagne !!!! Cela aurait dû envoyer Balladur et sa clique en prison.
Pas mieux du côté du RPR et de la clique à Chirac...qu'on nous fait passer pour un "mec cool", alors que dans son camp et à titre personnel, ils ont "tapé" dans toutes sortes de caisses pas plus reluisantes les unes que les autres
Réponse de le 07/10/2019 à 14:28 :
C'était une autre époque!Heureusement ,aujourd'hui nous sommes débarrassés de cette corruption,les anciennes pratiques ont complètement disparu
Réponse de le 07/10/2019 à 16:16 :
C'étaient des billets de 100 FF et 500 FF, comme Kevin l'a souligné c'était une autre époque.

D'après les suspects, ces sommes provenaient de la vente des tee shirt de campagne. :-)

Etant déjà un adulte intéresse par la chose publique à l 'époque, je ne me souviens pas avoir vu un seul de ces tee shirts supposé avoir été vendu en masse.
L'idée même de voir l'électeur type du Balladurisme (un notaire ou un pharmacien quinqua) porter un tee shirt avec la tête de balla sur le nombril me fait hurler de rire.
A l'évidence l'explication n'a pas convaincu les juges d'instruction non plus.
Réponse de le 07/10/2019 à 16:59 :
Il ne s'agit pas ici de se contenter d'hypothèses fussent-elles plausibles, mais d'apporter des preuves. Balladur et consorts étaient entourés de suffisamment de gens riches pour que 10 millions de francs en billets ne soient pas difficiles à trouver... et on pouvait aller jusqu'à leur filer (ou pas) un T-shirt en contrepartie... 10 millions de F ça ne fait jamais que 1000 T-shirts à 10000F pièce...
Réponse de le 07/10/2019 à 20:14 :
@n'exagérons rien : acheter un t-shirt à l'effigie de Balladur, passe encore. Mais de là à l'arborer...
Réponse de le 08/10/2019 à 13:53 :
Si je comprends bien l'erreur des balladuriens n'a pas été de recevoir 10MF en liquide mais de les déposer sur un compte de campagne, ce qui, forcément, laisse des traces.

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