Corse : la relance économique grippée par le bras de fer entre Etat et Collectivité

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Gilles Simeoni, président de la Collectivité de Corse (CdC), l'exécutif corse.
Gilles Simeoni, président de la Collectivité de Corse (CdC), l'exécutif corse. (Crédits : Charles Platiau)
La Corse est à la peine pour la relance économique qui pâtit des relations entre préfet et président de l'exécutif.

"Il faut que le bras de fer cesse et retourner à la table des négociations." Le commentaire cinglant du député Jean-Jacques Ferrara (LR) en dit long sur la nature actuelle des relations entre l'exécutif local présidé par Gilles Simeoni et le représentant de l'Etat dans l'île, le préfet Pascal Lelarge qui pèsent dans la relance économique.

En fin d'année, la collectivité de Corse (CdC) avait voté son plan de relance à double détente sociale (Salvezza, "sauvegarde") et économique (Rilanciu, "relance"). Pour le second volet, l'exécutif local (qui avait essuyé les critiques d'une opposition lui reprochant d'avoir œuvré seul) escomptait un plan à 400 millions d'euros, dont les trois-quarts seraient financés par l'Etat, le restant par la CdC. Gilles Simeoni, calculant que la Corse connaîtrait un recul de 18% de son PIB, comptait sur la déclinaison territorial du plan France Relance mais le président de la République douchait rapidement ses espoirs. Dans un courrier adressé au président de l'exécutif en fin d'année, le chef de l'Etat rappelait "qu'1,6 milliard d'euros avaient été mobilisés dans l'île au bénéfice des entreprises", depuis le début de la crise sanitaire et renvoyait Gilles Simeoni à son interlocuteur privilégié, le préfet. Aujourd'hui, la préfecture revoit ce chiffre à la hausse, soit 1,8 milliard d'euros.

Hausse du chômage de 14,7% sur un an

Si l'Elysée disait non à la méthode de Simeoni, d'autres pistes étaient tracées, comme les 50 millions de crédit relance territorialisés. Par ailleurs, la lettre présidentielle interrogeait l'exécutif sur ses projets en matière de rénovation thermique des bâtiments (6,4 millions d'euros au total pouvant être mobilisés), de formation, mais évoquait aussi la future élaboration du plan tourisme qui pèse pour un bon tiers dans l'économie locale.

Sur le fond et la forme, la majorité nationaliste n'a pas caché sa déception, d'autant que le territoire (où le secteur tertiaire est prépondérant via les activités touristiques et où le bâtiment est surreprésenté) est le plus impacté par la crise, accusant une hausse du chômage de 14,7% sur un an, toutes catégories confondues (contre 4,4% au plan national). Les services préfectoraux estiment que l'impact sur les chiffres d'affaires des 20.000 entreprises assujetties à la TVA (les trois-quarts des entreprises) était de -10,7% sur les onze premiers mois de 2020.

Ces chiffres inquiétants sont issus de l'outil de travail du comité régional de suivi de la relance qui associe mensuellement le préfet, le président de l'exécutif et différents élus et acteurs de l'économie. Le bilan intermédiaire de la déclinaison des actions de France Relance faisait état fin janvier de 11,7 millions d'euros déjà attribués pour l'écologie, la cohésion (formations des salariés, aides à l'embauche, contrats aidés...) et de 31,8 millions pour le chapitre écologie et compétitivité.

Enfin, sur les crédits territorialisés, 8,7 millions d'euros étaient attribués sur les 64 millions à consommer. Le plus gros chantier qui reste à bâtir est celui de la reconstruction du tourisme pour lequel un plan de soutien interministériel avait été annoncé en mai par le gouvernement et qui bénéficie d'ores et déjà d'une enveloppe de 10 millions d'euros.

L'intervention du contexte politique

Mais le compte n'y est pas pour la CPME Corsica qui, dans un courrier au préfet adressé en février, s'alarmait la dette d' 1 milliard d'euros née du Prêt garanti par l'Etat (PGE) et du report de charges de 140 millions d'euros pour les entreprises et les travailleurs individuels.

"La Corse comparativement à la moyenne nationale a été plus aidée , parce que justement par ses spécificités elle est plus impactée par la crise", notent Jean-André Miniconi et Philippe Pasqualini

"La Corse comparativement à la moyenne nationale a été plus aidée, parce que justement par ses spécificités elle est plus impactée par la crise", notent Jean-André Miniconi et Philippe Pasqualini, les représentants du syndicat. "Avec notamment une baisse de 50% des passagers transportés dans l'aérien, le tourisme n'a pu jouer son rôle de moteur dans l'économie insulaire", soulignent-ils.

Si le Premier ministre Jean Castex annonçait que "la réussite du plan de relance et sa mise en oeuvre sur les territoires reposent sur la mobilisation de tous les acteurs", le contexte politique de la pré-campagne des élections territoriales complique la donne. Au-delà du terrain de l'économie, c'est le politique qui mine aujourd'hui les relations entre la majorité nationaliste et le préfet de Corse.

L'intrusion de 20 jeunes militants nationalistes dans la préfecture d'Ajaccio le 22 février dernier, pour réclamer le transfert de deux membres du commando ayant assassiné le préfet Erignac, qui s'est soldée par leur expulsion musclée devant les caméras, a envenimé les choses. Le président de l'assemblée de Corse, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, partisan d'une stratégie de "désobéissance civile et d'un rapport de force avec l'Etat", a purement et simplement demandé publiquement le départ du préfet et les différents partis nationalistes ont apporté leur soutien à ces jeunes "défendant une juste cause".

"Il faut que l'Etat change de méthode"

De son côté, Gilles Simeoni a exigé que "l'Etat change de méthode" et a demandé l'"application du droit", rappelant que le rapprochement des deux prisonniers était une promesse formulée par le chef de l'Etat lors de sa visite en Corse en septembre 2020. Si dans son entourage, on confirme que le président de l'exécutif est revenu à la table des négociations avec le préfet, notamment en ce qui concerne le PTIC, le plan de transformation et d'investissement en Corse (500 millions d'euros par an), celui-ci a ouvert le champ de ses interlocuteurs, en incluant les maires et président d'agglomération.

Le représentant de l'Etat a annoncé fin février la mobilisation de 65 millions d'euros pour la modernisation des infrastructures de l'aéroport de Figari "qui a vu doubler son trafic en dix ans", dixit le préfet Lelarge. Une mesure trop généreuse car elle consommerait "13% du PTIC" avait dénoncé dans un communiqué le député Jean-Félix Acquaviva qui demandait là encore que l'Etat "change de braquet" et consulte en amont la CdC, tandis que le nationaliste Jean-Christophe Angelini, maire de Porto-Vecchio et président de l'agence de développement économique de la Corse, soutenait la démarche.

A Ajaccio, le préfet de Corse a signé le jeudi 4 mars le déblocage de 170 millions d'euros dans le cadre d'un contrat de relance et de transition écologique en faveur du pays ajaccien avec le maire macro-compatible Laurent Marcangeli, rival libéral désigné de Gilles Simeoni aux territoriales. "C'est du saupoudrage, et c'est fait pour isoler politiquement Gilles Simeoni à l'approche des territoriales", commente un proche de la majorité.

Un élément supplémentaire dans la guerre froide entre l'Etat et la CdC qui rend plus complexe l'application  du plan de relance économique.

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a écrit le 07/03/2021 à 7:13 :
Comme dans tous les pays, les nationalistes entravent toujours le bon fonctionnement de l'économie et des institutions. Il faut savoir qu'en votant nationaliste cela coûte toujours cher à tout le monde et entraîne partout une perte importante de pouvoir d'achat.
a écrit le 06/03/2021 à 9:24 :
"Quiu pissa contra lou ven se bagna la camia".
Quand on pense qu'il y a des insulaires qui souhaitent l'independance....
Réponse de le 06/03/2021 à 10:57 :
oh oui ! on en reve de ce libéré de ce pays qui nous occupe depuis 250 ans contre notre volonté. et depuis Macron et ses sbires (dont le prefet Lelarge ou plutôt gouverneur colonial) encore plus. pour imaginer ce que l'on vit chez nous, imaginez votre pays gouverner par un autre pays (qui n'arrive meme pas a gérer le sien) !!
Réponse de le 07/03/2021 à 11:03 :
@Sampiero.
250 ans !
Napoleon, ca vous parle ?Responsable de vos chaines. Insulaire comme vous, il decida de partir sur le continent. Puis, revint sur la terre de ses ancetres, installa sa vieille mere confortablement avec ses filles, en profita pour adjoindre une garnison aux ordres afin de surveiller les locaux jaloux. Parti pour Paris y faire la guerre avec le resultat que l'on connait. Depuis votre belle ile est devenue francaise apres avoir ete italienne. Dans les annees 70 j'ai meme bosse a Venaco dans un garage auto durant un ete pour me faire un peu de fric. Quand a mon pays comme vous dites, ca fait bientot 40 ans que je l'ai laisse derriere moi. Sorte de monarchie republicaine d'un autre temps, dans l'impossibilte d'evoluer, j'en ai fichu le camp pour profiter de la vie, de ma jeunesse a l'epoque decouvrir le vaste monde.
"Vivre sous le joug, c'est accepter ses chaines".
Liberez-vous. Cordialement

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