Le gouvernement veut accélérer la production de masques, l'industrie sous pression

Par Grégoire Normand  |   |  924  mots
(Crédits : Stephane Mahe)
Face à la pénurie de masques, le gouvernement veut mobiliser l'appareil productif français pour accroître la production. L'objectif est de passer d'une production de 15 millions de "FFP2" par mois à 40 millions en avril. Mais avec les mesures de confinement, une industrie fragilisée et des travailleurs sous tension, la mobilisation pourrait être plus complexe que prévu.

L'urgence sanitaire s'amplifie. Alors que le bilan humain s'alourdit de jour en jour sur le territoire français et partout en Europe, le gouvernement veut accélérer la production de masques et gel hyrdroalcoolique. Lors d'un point presse ce lundi 30 mars, la secrétaire d'Etat Agnès Pannier-Runacher a précisé le plan de bataille de l'exécutif.

"L'objectif est de mobiliser l'appareil productif français sur les masques. Nous assistons à une multiplication des volumes de consommation très élevée. Des défis ont été lancés à l'industrie textile de la filière mode pour produire des masques. Il s'agit de mobiliser des grandes entreprises mais aussi des entreprises d'insertion, le ministère de la Santé et le ministère des Armées. Le but est une massification de la production de masques. La mobilisation se fait main dans la main entre le secteur public et le secteur privé".

De son côté, le Premier ministre Edouard Philippe avait réuni ce lundi matin de nombreux acteurs économiques pour faire le point "sur le fonctionnement de l'outil industriel et sur la mobilisation de l'industrie française au service de notre dispositif sanitaire". Malgré l'effort du gouvernement pour s'expliquer sur la gestion de la crise sanitaire, avec une conférence de presse fleuve samedi du chef du gouvernement et du ministre de la Santé, le niveau de confiance dans l'exécutif est en nette baisse, selon un sondage OpinionWay diffusé lundi.

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Seulement quatre établissements

La France compte actuellement quatre principaux sites de production sur le territoire français. Il s'agit de Valmy, Macopharma, Paul Boyé et Kolmi. L'objectif du gouvernement est de passer d'une production de 15 millions de masques FFP2 par mois à 40 millions en avril, selon des documents communiqués par Bercy. Cette catégorie est réservée aux professionnels de santé a rappelé Agnès Pannier-Runacher. "Il faut assurer l'acheminement des matières premières"a-t-elle ajouté.

La seconde catégorie qualifiée de masques alternatifs a pour but de protéger les salariés employés dans le monde du travail. "L'Agence de sécurité des médicaments et des produits de santé et le ministère de la Défense ont mis en oeuvre un nouveau cahier des charges pour un usage professionnel en contact avec le public comme les forces de l'ordre, les hôtesses de caisse". A l'intérieur de cette catégorie, figure un dernier modèle de masque. Il s'agit des masques de protection à visée collective pour protéger l'ensemble d'un groupe, relativement moins efficaces que les deux autres modèles.

Un appel à propositions

Pour tenter de faire face à la pénurie, la direction générale des entreprises implantée au ministère de l'Economie a lancé un appel à proposition. "Plus de 150 entreprises et groupements d'entreprises ont d'ores et déjà proposé des solutions alternatives. Ces propositions ont fait l'objet de tests conduits par la direction générale des armées, conduisant au 30 mars à la validation de 85 prototypes proposés par 45 entreprises répondant aux exigences respectives de ces deux catégories", souligne le dossier de presse.

Des ponts aériens

La France multiplie les ponts aériens pour tenter de pallier la pénurie de masques. Encore ce lundi, un avion cargo transportant une dizaine de millions de masques médicaux a atterri à l'aéroport de Paris-Vatry (Marne) dans le cadre du "pont aérien" entre la Chine et la France pour faire face à l'épidémie de Covid-19, a constaté un photographe de l'AFP. Il fait suite à la livraison dimanche d'un autre avion cargo d'Air France, affrété par le logisticien Bolloré. Il a atterri à l'aéroport de Roissy, lui aussi en provenance de Chine et convoyant 5,5 millions de masques médicaux.

Des risques sanitaires

Reste que la mobilisation lancée par le gouvernement devrait se confronter à plusieurs difficultés. Le renforcement des mesures de confinement depuis 15 jours exacerbe les tensions sur le marché du travail. Plusieurs secteurs sont confrontés à des droits de retrait des salariés. Ces dernières semaines, les craintes dans le secteur du bâtiment et de la grande distribution ont mis en exergue toutes les difficultés pour les employeurs à faire appliquer des règles de sécurité sanitaire strictes. En outre, de nombreux salariés dans l'industrie redoutent de se rendre sur leur lieu de travail par peur d'être contaminés. Enfin, la fermeture des établissements scolaires rend difficilement compatible la vie professionnelle et la garde et l'éducation des enfants.

Des années de désindustrialisation

Au final, les facteurs de retard pris par la France sont multiples et les responsabilités partagées. Sur la question du retard, la ministre a évoqué "le temps nécessaire de bouclage de la recherche et développement pour les nouveaux prototypes. En outre, le tissu économique tricolore s'est considérablement transformé ces dernières années. Le poids de l'industrie dans la valeur ajoutée a considérablement diminué au profit des services. Les années de délocalisations d'industries lourdes et de transferts de technologies à l'étranger ont laissé la place à une économie du tertiaire. Les sites de production textiles ont déménagé dans dans des pays à bas coûts. Pour répondre aux besoins urgents de la population, l'outil productif hexagonal paraît donc bien désarmé.

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