Tests Covid : le casse-tête des frontaliers mosellans

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Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand-Est, déplore une mesure sanitaire élaborée à Berlin, loin de la réalité du terrain.
Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand-Est, déplore une mesure sanitaire élaborée "à Berlin", loin de la réalité du terrain. (Crédits : Jean-Luc Stadler)
Tous les voyageurs en provenance de Moselle doivent désormais présenter un test Covid négatif à l'entrée sur le territoire allemand. Les travailleurs frontaliers et les enfants scolarisés de l'autre côté de la frontière n'échappent pas à la règle.

Les restrictions à la circulation des personnes qui s'imposent depuis mardi 2 mars à la frontière entre la Moselle et l'Allemagne vont mettre les nerfs des frontaliers à rude épreuve. Depuis ce matin, toute personne se rendant depuis la Moselle en territoire allemand doit présenter un test de dépistage négatif au Covid réalisé moins de 48 heures avant le voyage, et effectuer une déclaration électronique d'entrée sur le territoire. "C'est une situation invivable et elle me met en colère", s'emporte Christophe Arend, député (LREM) de Moselle et vice-président de l'assemblée parlementaire franco-allemande.

Ce "serrage de vis" de l'administration allemande était pourtant prévisible. Le 12 février, le ministre de la Santé Olivier Véran a effectué un déplacement médiatisé à Metz, à la rencontre des élus et des autorités sanitaires dans ce département dont les données statistiques sanitaires semblaient échapper à la gouvernance locale. Vendredi dernier, l'Institut Robert Koch, organe du gouvernement fédéral en matière de biomédecine, a classé le territoire de la Moselle parmi les zones à risque.

Dialogue de sourds franco-allemand

Dans le Grand-Est, cette décision a ravivé les mauvais souvenirs du printemps 2020, quand les frontières avec l'Allemagne avaient été fermées pendant plusieurs semaines lors de la première vague de l'épidémie. "Je croyais que c'était réglé, qu'on ne reviendrait plus à une telle situation. Le sujet nous est retombé dessus", déplore aujourd'hui Jean Rottner, président (LR) du Conseil régional du Grand-Est. Lundi soir, les élus locaux des deux côtés de la frontière ont réuni en urgence leur conseil consultatif transfrontalier, en présence (à distance) de Markus Kerber, secrétaire d'Etat au ministère fédéral de l'Intérieur et de Clément Beaune, secrétaire d'Etat français aux affaires européennes. Les échanges rapportés par le côté français relèvent du dialogue de sourds. "Berlin a élaboré un narratif totalement erroné de la situation sanitaire en Moselle", juge Christophe Arend.

Dans les mouvements de travailleurs entre le territoire lorrain et les pays voisins, le poids relatif de l'Allemagne est inférieur à celui du Luxembourg. 100.000 Français occupent un emploi au Grand-Duché, contre 16.000 en Sarre et quelques milliers en Rhénanie-Palatinat. Les emplois frontaliers en Allemagne se concentrent chez des acteurs majeurs de l'industrie : l'aciérie Dillinger Hütte, l'équipementier automobile ZF à Sarrebruck, le constructeur Ford à Sarrelouis. 1.000 jeunes mosellans fréquentent aussi des écoles et des lycées en Allemagne. "On ne sait pas comment ils vont être testés, ni à partir de quel âge ils devront être testés", reconnaît Jean Rottner.

Des frontaliers en colère

"Rares sont les régions à être autant marquées par la vie et le travail transfrontaliers que celle située entre la Sarre et la Moselle. J'ai donc accepté les mesures, à la seule condition qu'il n'y ait pas de nouveaux contrôles à la frontière", a concédé Heiko Maas, ministère fédéral des Affaires étrangères, originaire de la Sarre, après la décision fédérale d'imposer de nouvelles contraintes à ces déplacements locaux. En Moselle, la décision allemande génère la colère. "Tous les travailleurs frontaliers devraient se mettre en arrêt. C'est une situation invivable pour eux", juge une internaute sur la page Facebook du député Christophe Arend, transformée depuis ce week-end en forum où s'expriment les mécontents. De part et d'autre de la frontière, les élus pointent une décision venue de Berlin. "Les échanges en conseil consultatif transfrontalier ont été rudes. Les Allemands eux-mêmes, élus de la Sarre et de Rhénanie-Palatinat, se plaignent de la méthode employée par Berlin", confirme Jean Rottner. Certains élus pointent aussi, à demi-mot, le contexte électoral allemand avec des élections régionales à venir le 14 mars et les élections fédérales législatives en septembre.

Les retombées économiques des nouvelles mesures allemandes de lutte contre l'épidémie ne sont pas encore chiffrées. "La conséquence, c'est du chômage partiel à venir chez les industriels qui emploient des frontaliers", anticipe Christophe Arend. Cette perspective ravive d'autres craintes, liées à la double imposition de certains travailleurs frontaliers. "La double imposition des travailleurs est interdite", rappelle Christophe Arend. "Mais depuis 2015, l'administration allemande a fait basculer les travailleurs placés au chômage partiel dans une autre catégorie fiscale. Elle effectue un prélèvement illégal sur leurs indemnités. La France continue de prélever leur impôt sur le revenu. Résultat, avec 64 % d'indemnités de chômage partiel et un double prélèvement, ils perdent la moitié de leurs revenus", explique-t-il.

L'inconnue des contrôles à la frontière

En Moselle, l'administration dénombre 37 points de passage "officiels" vers la Sarre. L'Allemagne n'a pas instauré de contrôles systématiques aux frontières. Mais des contrôles effectués un peu plus loin ont déjà entraîné des bouchons. Des moyens fédéraux sont attendus en renfort pour effectuer ces contrôles, comme au printemps 2020. "La France dit que c'est une décision allemande, que c'est aux Allemands de tester", rappelle Jean Rottner. "Mais les laboratoires et les pharmacies en Moselle sont totalement dépassés parce que tout le monde veut son test et son certificat pour aller travailler. Nous allons voir si nous pouvons aider à renforcer le dispositif", propose le président du Grand-Est. Un centre de tests bi-national est opérationnel depuis le début de cette semaine à la frontière entre Forbach et Sarrebruck, sur le lieu-dit Goldene Bremm, l'un des principaux points de passage des travailleurs frontaliers. Les autorités sarroises y tablent sur 1.600 tests quotidiens.

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Commentaires
a écrit le 03/03/2021 à 13:58 :
Monter des usines à gaz plutôt que de choisir une solution pragmatique....

On nous parle de 16 000 personnes...
Il parait que le vaccin astrazeneca oxford n'est utilisé qu'à 40% pour le moment...

Prenez 16000 doses et vaccinez tous les gens qui doivent traverser la frontière pour travailler... Cela coutera moins cher que des tests tous les 48 heures...

Et problème résolu de lui meme...
a écrit le 03/03/2021 à 12:41 :
Amusant de voir tant de personnes qui s'en plaingne, alors que l'Allemagne a mis en place des centre de vaccination gratuit pour les Français alors qu'ils font payer ces test a leur population... Ce devrait pas plutôt être aux allemands de se plaindrent?
a écrit le 03/03/2021 à 10:59 :
L'on voit bien que l'infection du pays ce fait par les frontières intra-Européennes , c'est les mêmes départements depuis le début Mars 2020, ce que l'on refuse de reconnaitre.
On aurait pu maitriser l'infection et même encore si nos politiques étaient à la hauteur, d'ailleurs cela vaut pour le reste également . Il n'y a pas de situations dans lesquelles il est impossible de s'en sortir . Il faut mettre des gens capables à la tête du pays et cela devient urgent .
Réponse de le 03/03/2021 à 12:26 :
On peut aussi fermer les frontières entre régions...ce serait plus efficace...voire des départements...les villes peut-être... commentaire sans intérêt . Je sens le FN dans ce propos.. les européens vont être ravis.
Réponse de le 03/03/2021 à 12:45 :
Ils ont toujours refusé de reconnaître les contaminations au travail, pourquoi voulez vous qu'ils reconnaissent ça, d’ailleurs ils ont jamais tords... "Les masques sont dangereux puis indispensable" mais pas leur faute celle de leur conseillés... A part les mettre tous dans le même sac et les jeter au milieu d'un océan je vois pas comment on peut espérer quoi que ce soit de ce gouvernement et malheureusement des autres aussi...
a écrit le 03/03/2021 à 10:41 :
Le nombre de travailleurs transfrontaliers n'étant pas si élevé , pourquoi ne pas vacciner cette population , fournir un certificat "inviolable" et un accord avec l'Allemagne .
celà permettrait de rediriger les capacités de test et surtout faire des économies , car tester tous les 2 jours les mêmes 20 000 personnes va couter une fortune
Réponse de le 03/03/2021 à 11:05 :
Très bonne idée, faut-il encore avoir les vaccins. Mais cela pose le problème plus large de la politique européenne et de l'absence de concertation car pourquoi ne pas demander aux travailleurs du Nord ( région à fort taux) qui travaillent dans une autre région de passer ces tests aussi? Décision ridicule de fermer la frontière mais bon
Réponse de le 03/03/2021 à 12:46 :
Ils pourraient aussi rester en Allemagne pour y travailler sans revenir en France...
a écrit le 03/03/2021 à 9:36 :
"c'est une situation invivable...."dit le député de Moselle LREM. Ah bon, encore un vieux politique qui atterrit, qui a besoin d'une remise à, zéro de son maitre.
a écrit le 03/03/2021 à 9:35 :
"c'est une situation invivable...."dit le député de Moselle MREM. Ah bon, encore un vieux politique qui atterrit, qui a besoin d'une remise à, zéro de son maitre.
a écrit le 03/03/2021 à 7:14 :
Il est normal vu la propagation du corona de prendre les precautions d'usage. Je vais regulierement en Chine y voir des partenaires et a chaque fois un test doit etre fourni de moins de 24 heures, sinon pas d'embarquement. Ce qui implique une organisation en amont....Un minimum de discipline personnelle permet d'etre libre de ses mouvements, ici en Asie, on nous fiche la paix, des lors que l'on applique les mesures de distanciation.
Le respect des autres en France est une vieille affaire, l'individualisme un marronnier, c'est bete d'etre aussi bete....
Réponse de le 03/03/2021 à 9:12 :
Cela n'a rien à voir!!! Nous sommes des états de l'EU....vous comparez avec un pays étranger avec lequel les interactions sont dérisoires par rapport à nos échanges....c'est comme si le Grand Est dresser une frontière entre eux et l'Ile De France...
a écrit le 02/03/2021 à 16:38 :
Nous européens sommes responsables COLLECTIVEMENT de cette situation qui a existé avant en mars et avril...visiblement, nous n'avons pas tiré les leçons de ce tournant national , dont la France fait largement partie. Elle demande des test PCR à la sortie et à l'entrée alors où est le malaise? Tant que les états de l'EU, surtout Schengen ne renonce pas à leurs prérogatives nationales sur la gestion des frontières internes, cela se renouvellera et le vote pro EU finira par devenir minoritaire. Il va falloir avoir une discussion de fond que visiblement personne ne veut avoir....parlons un peu de la Hongrie ou de la Finlande, de l'Allemagne aussi mais pas que....Il faut TOUT remettre à plat.
a écrit le 02/03/2021 à 16:36 :
Ben ce sont les allemands... mais bon encore heureux que nous n'ayons pas entrepris une union des pays européens avec eux hein ! ^^

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