Améliorer le taux d'emploi des femmes, une recette pour la croissance

Par Giulietta Gamberini  |   |  995  mots
Les gains seraient encore plus significatifs selon un autre scénario analysé par l'OCDE, celui de "50% en 2025". (Crédits : © Eddie Keogh / Reuters)
Réduire l'écart du taux de participation au marché du travail entre les hommes et les femmes de 25% en 2025 permettrait à certains pays de bénéficier d'un "dividende de la croissance considérable, note l'OCDE dans un rapport publié mercredi. Pourtant, globalement, le tableau des inégalités reste noir.

À plusieurs reprises déjà, la relation entre performance économique et égalité de genre a déjà été prouvée. Dans l'étude Women Matter publiée à l'occasion du Women's Forum de 2015, le McKinsey Global Institute avait évalué à près de 12.000 milliards de dollars l'augmentation du PIB mondial qui pourrait découler en 2025 d'une amélioration de la situation de 75% des femmes touchées par des inégalités. Au niveau micro-économique aussi, une recherche de Crédit Suisse publiée en 2016 a relevé comment 3.000 sociétés analysées où les femmes représentent plus de 50% de l'encadrement supérieur enregistrent une croissance annuelle du bénéfice par action de 12 %, contre 9 % pour l'indice MSCI monde.

| Lire Les dividendes cachés de la mixité

Dans un nouveau rapport international publié mercredi 4 octobre (Atteindre l'égalité femmes-hommes : un combat difficile), l'OCDE en rajoute une couche. "La promotion de l'égalité des sexes et de l'activité des femmes pourrait déboucher sur des gains économiques considérables dans les pays de l'OCDE et du G20", écrit l'organisation internationale, qui a notamment consacré une analyse spécifique au lien entre la progression du taux d'activité des femmes et la croissance nationale.

En Inde, une croissance accrue de 14,53% en 2025

L'étude évalue notamment les effets potentiels de l'objectif fixé par le G20 lors du sommet de Brisbane en 2014 : celui de réduire l'écart du taux de participation au marché du travail entre les hommes et les femmes de 25% en 2025, comparé à un scénario de base fondé sur les tendances actuelles d'évolution (2006-2015) des taux d'entrée et de sortie du marché du travail. Si cet objectif "25% en 2025" était atteint, "les résultats suggèrent que [...] dans certains cas, le 'dividende de la croissance' potentiel pourrait être considérable", malgré des différences considérables d'un pays à l'autre, conclut l'OCDE.

Les pays où cette progression dans l'égalité serait la plus bénéfique sont le Brésil, la Chine, la Corée, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique et la Turquie, énumère l'OCDE, dont l'analyse ne s'est pas limitée au 20 pays ayant adhéré à l'objectif du "25% en 2025". En Inde notamment le gain annuel entre 2013 et 2025 par rapport au taux de croissance moyen prévu selon les Perspectives économiques de l'OCDE de 2014 - elles comptent parmi leurs critères "l'emploi potentiel" -, pourrait être de 5,24%. Sur l'ensemble de la période, cela équivaudrait "à accroître la croissance cumulée du PIB par habitant de 14,53%", grâce notamment à l'augmentation de la taille de la population active engendrée par une plus grande participation des femmes.

Un "50% en 2025" pour changer la donne en Europe

Les gains seraient encore plus significatif selon un autre scénario analysé par l'OCDE, celui "50% en 2025". En réduisant de moitié l'écart entre les sexes en matière de taux d'activité d'ici à 2025, on pourrait ajouter 6,75 point de pourcentage au taux de croissance annuel moyen projeté pour la période 2013-2025, soit une augmentation de 27,29 points de pourcentage de la croissance sur l'ensemble de la période, ressort-il de l'étude.

C'est d'ailleurs surtout dans cette seconde hypothèse qu'une plus grande égalité entre les sexes aurait des effets sensibles sur la croissance dans un certain nombre de pays européens (Allemagne, Autriche, Belgique, France, Espagne, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal et Suisse) ainsi qu'au Chili, en Israël et au Japon, où "d'après les tendances récentes, les écarts entre les sexes dans le taux d'activité devraient déjà baisser d'au moins un quart d'ici à 2025". Si ici l'objectif "25% en 2025" "pourrait ne pas avoir d'effet dopant supplémentaire sur le taux de croissance annuel moyen du PIB par habitant, la quasi-totalité de ces pays pourraient encore expérimenter des gains de croissance du PIB s'ils devaient aller plus loin et réduisaient de 50 % l'écart de taux d'activité entre les sexes d'ici à 2025", soutient l'OCDE.

Ces projections seraient toutefois "purement mécaniques" , puisqu'elles ne tiennent pas compte d'éventuelles interactions entre les changements dans le taux d'activité des femmes et "d'autres intrants tels que le taux d'activité des hommes ou les heures de travail des femmes et des hommes ou tout autre facteur de production", souligne l'OCDE.

Moins de travail et des salaires plus bas

Aujourd'hui, même si "depuis 2012, le taux d'emploi des femmes a gagné près de 3 points de pourcentage en moyenne dans les pays de l'OCDE", "l'écart entre le taux d'emploi des femmes et des hommes est toujours de 11 %", note le rapport, qui dessine dans son ensemble un tableau noir de la situation féminine sur le marché de l'emploi.

"Dans tous les pays de l'OCDE, elles sont toujours moins susceptibles de travailler et, lorsqu'elles travaillent, elles occupent souvent des emplois de moindre qualité : [...] les femmes qui travaillent sont davantage susceptibles d'occuper un emploi à temps partiel, moins bien rémunéré et dans des secteurs d'activité où la rémunération est moins élevée comme le secteur public, la santé ou l'éducation, alors que leurs homologues masculins mieux rémunérés sont plus nombreux à travailler dans la finance, la banque et les assurances. Tant que les longues heures de travail effectuées par les hommes seront interprétées comme un signe de leur ambition professionnelle, et que les femmes seront plus nombreuses à prendre un congé pour s'occuper de leurs enfants ou de membres de leur famille, certains employeurs seront plus réticents à recruter des femmes", est-il relevé.

"Tous ces facteurs contribuent à des inégalités salariales considérables entre les sexes, les salariées médianes à temps plein gagnant en moyenne 15 % de moins que leurs homologues masculins dans la zone OCDE", conclut l'OCDE. En France, où le taux d'emploi des femmes est relativement élevé (61%) et l'écart de salaire médian entre femmes et hommes comparativement faible (9.9%), cette dernière inégalité est d'ailleurs particulièrement résistante: l'écart ne se réduit plus depuis le milieu des années 2000.