Etats-Unis : juguler l'inflation sans plomber l'emploi est possible, estime Janet Yellen

La Réserve fédérale américaine (Fed) et de nombreuses banques centrales dans le monde sont passées à l'offensive contre une inflation déchaînée en remontant leurs taux directeurs afin de freiner la hausse des prix par une baisse de la demande. Elles partent du principe que laisser filer trop longtemps l'inflation aura un coût économique à long terme plus élevé que de frapper vite et fort même si cela comporte un risque de légères récessions.
La Fed a acté mercredi une nouvelle forte hausse de son taux directeur de 75 points de base pour lutter contre l'inflation très élevée aux Etats-Unis.
La Fed a acté mercredi une nouvelle forte hausse de son taux directeur de 75 points de base pour lutter contre l'inflation très élevée aux Etats-Unis. (Crédits : Reuters)

Face aux critiques de certains économistes sur la stratégie de lutte contre l'inflation aux Etats-Unis, qui estiment que le durcissement monétaire opéré par la Banque centrale américaine (FED) pourrait casser l'activité économique sans geler l'inflation, la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, se défend. Il est possible de faire baisser la forte inflation aux Etats-Unis, tout en conservant la bonne santé du marché du travail, a fait valoir jeudi la ministre de l'Economie et des Finances de Joe Biden.

« Je pense qu'un chemin existe pour réussir à faire baisser l'inflation tout en maintenant (...) un marché du travail solide. Et j'espère vivement que la Fed y parviendra », a-t-elle déclaré.

La Fed a acté mercredi une nouvelle forte hausse de son taux directeur de 75 points de base pour lutter contre l'inflation très élevée aux Etats-Unis. D'autres hausses sont prévues d'ici à la fin de l'année pour revenir à une inflation de 2,8% en 2023.

Sur un an, l'inflation aux Etats-Unis s'est établie à 6,3% en juillet, selon le plus récent chiffre disponible de l'indice PCE, utilisé par la Fed. Un autre indice de l'inflation, le CPI, qui fait référence pour l'indexation des retraites notamment, a atteint 8,3% en août sur un an.

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Mercredi à l'issue de sa réunion de politique monétaire, la Réserve fédérale américaine a mis à jour ses prévisions économiques. Elle anticipe que le ralentissement de l'activité provoqué par les hausses de taux, conduira à une hausse du chômage un peu plus forte qu'elle ne prévoyait auparavant.

Des « pressions inflationnistes provenant du marché du travail »

La pénurie de travailleurs que connaît le marché du travail américain et qui conduit à une hausse des salaires, est l'une des sources de l'inflation, a indiqué la ministre, évoquant « probablement des pressions inflationnistes provenant du marché du travail », et soulignant que « c'est le travail de la Fed (...) de remédier aux déséquilibres de l'offre et de la demande ».

Le taux de chômage devrait atteindre 3,8% en moyenne en 2022 (3,7% précédemment anticipés), puis grimper à 4,4% en 2023 (contre 3,9%). Il était en août de 3,7%, l'un des plus bas des 50 dernières années. Mais certains économistes estiment que ces prévisions sont trop basses. Ainsi, l'ancien secrétaire américain au Trésor, Larry Summers, a prévenu mercredi dans un tweet, qu'il faudrait sans doute que le taux de chômage dépasse les 5% pour voir un ralentissement fort et durable de l'inflation.

Janet Yellen a reconnu qu'il y a « besoin d'atténuer la pression du marché du travail », sans cependant « que le taux de chômage (doive) augmenter autant », a-t-elle ajouté.

« Nous pouvons encore avoir un bon marché du travail solide. Sans autant de pression sur les salaires.»

Assumant devoir « ralentir l'économie » pour réduire la croissance et attendre plus longtemps avant d'envisager de baisser le taux directeur, le président de la Banque centrale américaine, Jerome Powell, a de son côté averti que la lutte contre l'inflation aux Etats-Unis serait douloureuse pour l'économie. Il s'est toutefois gardé de prononcer le mot de « récession ».

Vague de relèvements de taux de plusieurs autres banques centrales

La forte impression laissée mercredi par la Fed a été accentuée jeudi par une vague de relèvements de taux de plusieurs autres banques centrales ailleurs dans le monde, de la Banque nationale suisse à la Banque d'Angleterre.

En Europe, la Banque nationale suisse (BNS) a relevé elle aussi son taux directeur de trois quarts de point, rompant ainsi avec les taux négatifs, et la Norges Bank, la banque centrale norvégienne, a opté pour une hausse d'un demi-point en laissant la porte ouverte à une poursuite du resserrement. La Banque d'Angleterre a quant à elle annoncé un relèvement d'un demi-point de son taux directeur.

Ce mouvement synchronisé isole un peu plus la Banque du Japon, qui a fait le choix de maintenir sa politique monétaire ultra-accommodante, creusant ainsi l'écart de taux avec les autres grandes économies développées. Un décalage qui a conduit les autorités japonaises à intervenir directement sur le marché des devises.

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 24/09/2022 à 4:05
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Manifestement les médias tirent des conclusions erronées sur le discours de Janet Yellen car elle n'a pas dit que l'emploi ne serait pas plombé par la politique monétaire de la Fed qui officiellement essaient de lutter contre l'inflation (officieu...

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