À la verticale des eaux turquoise du lac des Quatre-Cantons, la vue est imprenable sur les montagnes de la Suisse centrale. Loin des problèmes du monde, à 2 500 kilomètres de la ligne de front, le complexe hôtelier de Bürgenstock, près de Lucerne, accueille ce week-end quelque 90 États et organisations internationales pour une « conférence de haut niveau sur la paix en Ukraine ». Parfait pour une photo de famille, mais tous n'y figureront pas.
La Russie n'a pas été invitée et a tout fait pour torpiller l'événement, qualifié de « cirque » par le Kremlin. La Chine a décliné l'invitation. L'Inde participe, de même que l'Arabie saoudite, mais le Brésil et l'Afrique du Sud se sont contentés d'envoyer des observateurs. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, n'a pas jugé utile de faire le déplacement. Dans le camp occidental, Joe Biden s'est fait représenter par la vice-présidente, Kamala Harris, et le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan. Et quelques jours après la dissolution surprise de l'Assemblée nationale, de retour du sommet du G7 dans les Pouilles, Emmanuel Macron n'y fait qu'une apparition rapide.
À quelques heures de la réunion, le président russe, Vladimir Poutine, a dénoncé un « stratagème » destiné à « détourner l'attention de tout le monde » de ceux qu'il désigne comme les véritables responsables du conflit : les Occidentaux et les autorités de Kiev. L'homme fort du Kremlin se présente comme un artisan de la paix, tout en posant des conditions maximalistes pour une paix négociée : le retrait des troupes ukrainiennes des quatre régions annexées par la Russie (Donetsk, Louhansk, Kherson, Zaporijjia) et l'abandon par l'Ukraine de son projet d'adhésion à l'Otan.