Pascal Canfin : "nous allons avancer deux fois et demie plus vite pour le changement climatique dans la décennie qui vient"
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Pascal Canfin, vous êtes député Européen et président de la Commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire du Parlement européen. Quel sont les enjeux du Green Deal en cours de débat en Europe ?
Le Green deal, qui consiste à changer 54 lois, est en train d'entamer un changement systémique de Europe. Nous avons fixé les nouveaux objectifs dans la loi climat européenne, en visant la réduction de 57% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Pour illustrer l'accélération, nous allons avancer deux fois et demie plus vite pour le changement climatique dans la décennie qui vient, qu'au cours des 10 dernières années. Cela veut dire passer d'un monde où on roulait à 50 km/h, à un monde où on roule à 125 km/h. Le Green Deal européen, c'est une stratégie économique, de souveraineté industrielle et commerciale, qui n'est pas déconnectée de la notion de puissance géopolitique et de croissance. C'est une politique environnementale, mais c'est surtout une politique économique et géopolitique qui nous met au centre de la discussion mondiale, avec les Etats-Unis, avec qui nous avons une concurrence saine, qui nous attend.
Comment faire en sorte que la transition écologique se fasse sans créer des "Gilets Jaunes" dans toute l'Europe ?
Il faut accompagner le changement. Nous vivons un moment darwinien, où ceux qui s'adaptent survivent, les autres meurent. Mais l'écologie que je défends et c'est l'ADN du Green Deal, c'est de transformer sans fracturer. Pour cela, il faut les bonnes règles, avoir les bons outils de redistribution sociale. Nous avons, par exemple, adopté de manière définitive, le fonds de transition juste, doté de 17,5 milliards d'euros, pour les régions européennes les plus négativement impactées par la fin du charbon.
Nous aurons en juillet une autre discussion sociale, avec la réforme qui est proposée par la Commission Européenne, visant à augmenter significativement le prix du carbone. La tonne de CO2 a déjà dépassé les 50 euros. On vise les 60 euros, parce qu'à ce niveau, il y a des impacts notables pour les industries. Donc, il faut les accompagner, avec le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. Pour les citoyens, l'extension qui sera proposée par la Commission européenne du marché du carbone aux transports routiers et au chauffage, va poser des problèmes importants qu'il faut traiter en amont. Sinon il vaudra mieux ne pas faire cette réforme. Car si on augmente le chauffage et l'essence, sans avoir des dispositifs financiers et sociaux, on risque en effet de générer des gilets jaunes à l'échelle européenne. Les mesures d'accompagnement pour l'acceptabilité sociale sont un enjeu majeur du Green Deal.
Concernant les indicateurs extra financiers, où en est-on pour les imposer aux entreprises ?
Pour bien mesurer l'ampleur du changement qui va être généré, il faut connecter trois réformes : la taxonomie, qui va définir les investissements "décarbonés", le reporting extra-financier (la directive NFRD) et la politique monétaire. Une fois qu'on aura validé la taxonomie et le texte sur le reporting extra-financier, la Banque Centrale Européenne aura la base légale démocratique pour mettre en facteur dans sa politique de rachats d'actifs les enjeux environnementaux. Vous aurez alors un effet de souffle colossal sur la valorisation des entreprises. Le titre financier d'une entreprise mal cotée sur la taxonomie, sera délaissé par les investisseur. Détenir un titre de cette entreprise, sera plus cher, plus risqué, moins liquide, donc moins incitatif.
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