Pascal Canfin : "nous allons avancer deux fois et demie plus vite pour le changement climatique dans la décennie qui vient"

PARTAGEONS L'ECONOMIE. Retour sur les meilleurs moments du forum "RSE : le temps des actes et des preuves". Dans un entretien avec La Tribune, le député européen Renew Europe Pascal Canfin décrypte la mécanique du Green Deal européen qui n'est pas que budgétaire mais réglementaire avec la taxonomie et le reporting extra-financier. Surtout, la création le 14 juillet prochain d'un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, applicable dès 2023, va changer les règles de la mondialisation, affirme-t-il dans cet entretien avec La Tribune. A retrouver aussi en replay en vidéo et en audio sur Spotify.
Philippe Mabille
(Crédits : UE)

Pascal Canfin, vous êtes député Européen et président de la Commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire du Parlement européen. Quel sont les enjeux du Green Deal en cours de débat en Europe ?

Le Green deal, qui consiste à changer 54 lois, est en train d'entamer un changement systémique de Europe. Nous avons fixé les nouveaux objectifs dans la loi climat européenne, en visant la réduction de 57% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Pour illustrer l'accélération, nous allons avancer deux fois et demie plus vite pour le changement climatique dans la décennie qui vient, qu'au cours des 10 dernières années. Cela veut dire passer d'un monde où on roulait à 50 km/h, à un monde où on roule à 125 km/h. Le Green Deal européen, c'est une stratégie économique, de souveraineté industrielle et commerciale, qui n'est pas déconnectée de la notion de puissance géopolitique et de croissance. C'est une politique environnementale, mais c'est surtout une politique économique et géopolitique qui nous met au centre de la discussion mondiale, avec les Etats-Unis, avec qui nous avons une concurrence saine, qui nous attend.

Comment faire en sorte que la transition écologique se fasse sans créer des "Gilets Jaunes" dans toute l'Europe ?

Il faut accompagner le changement. Nous vivons un moment darwinien, où ceux qui s'adaptent survivent, les autres meurent. Mais l'écologie que je défends et c'est l'ADN du Green Deal, c'est de transformer sans fracturer. Pour cela, il faut les bonnes règles, avoir les bons outils de redistribution sociale. Nous avons, par exemple, adopté de manière définitive, le fonds de transition juste, doté de 17,5 milliards d'euros, pour les régions européennes les plus négativement impactées par la fin du charbon.

Nous aurons en juillet une autre discussion sociale, avec la réforme qui est proposée par la Commission Européenne, visant à augmenter significativement le prix du carbone. La tonne de CO2 a déjà dépassé les 50 euros. On vise les 60 euros, parce qu'à ce niveau, il y a des impacts notables pour les industries. Donc, il faut les accompagner, avec le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. Pour les citoyens, l'extension qui sera proposée par la Commission européenne du marché du carbone aux transports routiers et au chauffage, va poser des problèmes importants qu'il faut traiter en amont. Sinon il vaudra mieux ne pas faire cette réforme. Car si on augmente le chauffage et l'essence, sans avoir des dispositifs financiers et sociaux, on risque en effet de générer des gilets jaunes à l'échelle européenne. Les mesures d'accompagnement pour l'acceptabilité sociale sont un enjeu majeur du Green Deal.

Concernant les indicateurs extra financiers, où en est-on pour les imposer aux entreprises ?

Pour bien mesurer l'ampleur du changement qui va être généré, il faut connecter trois réformes : la taxonomie, qui va définir les investissements "décarbonés", le reporting extra-financier (la directive NFRD) et la politique monétaire. Une fois qu'on aura validé la taxonomie et le texte sur le reporting extra-financier, la Banque Centrale Européenne aura la base légale démocratique pour mettre en facteur dans sa politique de rachats d'actifs les enjeux environnementaux. Vous aurez alors un effet de souffle colossal sur la valorisation des entreprises. Le titre financier d'une entreprise mal cotée sur la taxonomie, sera délaissé par les investisseur. Détenir un titre de cette entreprise, sera plus cher, plus risqué, moins liquide, donc moins incitatif.

Il faut regarder le Green Deal, non pas texte par texte, en fonction de son secteur économique, mais en connectant les points. On est dans une logique de dominos. Quand on en bouge un, cela a un effet sur les autres. Je suis convaincu que lorsqu'on sera allé au bout de cette mécanique, d'ici deux à trois ans, il vaudra mieux être du bon côté que du mauvais.

L'Europe et les Etats-Unis rivalisent d'annonces sur les investissements verts. Va-t-il y avoir une bataille pour le leadership, voire une guerre économique dans le cadre des stratégies "zéro carbone" de part et d'autre de l'Atlantique, voire demain avec la Chine ?

En Chine et des deux côtés de l'Atlantique, une course s'engage sur les technologies et les standards, pour la fixation des règles du jeu. Une de ces règles, qui fait partie des 13 lois qui seront présentées cet été par la Commission européenne, c'est le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières. Un mécanisme, qui sera le miroir du marché du carbone sur les importations pour les secteurs couverts. Si une entreprise Turque exporte de l'aluminium ou de l'acier en Europe, et qu'elle n'a pas payé de taxe carbone, elle devra la payer à l'entrée de l'UE, au nom de la concurrence équitable. C'était une revendication française depuis Jacques Chirac. Avec le Green Deal, c'est devenu une doctrine majoritaire. Ce sera présenté le 14 juillet et on s'est engagé à ce que ce mécanisme soit opérationnel au 1er janvier 2023.

Cela permettra de changer la façon dont nous échangeons avec le reste du monde, pour avoir une transition écologique juste et équitable, dont nous voulons être les leaders. 
L'Europe est le continent le plus riche en capital humain, le leader mondial des brevets verts et le plus pauvre en énergies fossiles. Décarboner l'économie et passer d'un monde dont on n'a pas les atouts, puisqu'on est obligé d'importer du pétrole et du gaz et que cela nous coûte cher, à un monde de l'énergie électrique où c'est nous qui avons les clés, c'est notre intérêt géopolitique.

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Philippe Mabille
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Commentaires 3
à écrit le 27/05/2021 à 9:43
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Encore du Charabia prononcé par des pseudo-autorités hors sol.

à écrit le 27/05/2021 à 9:24
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2.5 x 0 = 0

à écrit le 27/05/2021 à 5:11
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Je cite"une concurence saine avec les USA" Quelle naivete ! Et ce type pretend decider pour plus de 300 millions d'habitants. La soupe doit-etre bonne a bruxelles.

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